MONTREVEL
chez qui Chamillart d'un côté , et Mme la duchesse de Bourgogne de l'autre, l'initièrent, li 3ut tirer un merveilleux parti du mariage de cette princesse qu'il avoit conclu , et de toute la privance que la tendresse du roi et de Mme de Maintenon lui avoit donnée avec eux; elle se piqua d'aimer et de servir Tessé , comme ayant été l'ouvrier de son bonheur; elle sentit qu'en cela même elle plaisoit au roi, à Mme de Maintenon, à Mgr le duc de Bourgogne, et Tessé en sut bien profiter. Elle ne laissoit pas d'être quelquefois peinée et même embarrassée des pauvretés qui lui échappoient souvent, et de l'avouer à quelques-unes de ses dames du palais. L'esprit n'ctoit pas son fort: un grand usage du monde y suppléoit et une fortune toujours riante, et ce qu'il avoit d'esprit tout tourné à l'adresse, la ruse et les souterrains, et tout fait pour la cour. Il se retrouvera en plus d'un endroit dans la suite.
Montrevel primoit de loin cette promotion par la naissance. Il se pouvoit dire aussi que, jointe à une brillante valsur et à une figure devenue courte etgoussaude, mais qui avoit enc'anté les dames, elle suppléoit en lui à toute autre qualité. Le roi qui -..; prenoit fort aux figures (et celle de Tessé ne lui fut pas inutile) et r, ui avoit toujours du foible pour la galanterie, s'étoit fort prévenu po;:: Montrevel. La même raison le lia avec le maréchal de Villeroy , qui fuf toujours son protecteur. C'étoit raison : jamais deux hommes si semblables, à la différence du désintéressement du maréchal de Villeroy et (!u pillage de Montrevel, né fort pauvre et grand dépensier, qui auroit dépouillé les autels. Une veine de mécontentement du duc de Chevreuse résolut le roi à le faire défaire de la compagnie des chevau-légers de sa garde en faveur de Montrevel. Il lui en fit la confidence sous le plus entier secret. Montrevel, enivré de sa fortune, ne se put contenir; il en fit confidence à La Feuillade, son ami. Celui-ci qui ne l'étoitque de la fortune , et que sa haine pour Louvois avoit lié avec Colbert, courut l'avertir du danger de son gendre. Colbert en parla au roi, qui. moins touché en faveur de Clievreuse que piqué contre Montrevel d'avoir manqué au secret , rassura la charge à Chevreuse , et fut longtemps à faire sentir son mécontentement à Montrevel. Mais le goût y étoit: sa sorte de fatuité, qui pourtant étoit extrême, étoit toute faite pour le roi. Les dames, les modes , un gros jeu , un langage qu'il s'étoit fait de phrases comme en musique, mais tout à fait vides de sens et ro,-; rdinairement de raison, les grands airs, tout cela imposoit aux -l'ts . -t. plaisoit merveilleusement au roi, soutenu d'un service très-aî,ji;M dont toute l'âme n'étoit qu'ambition et valeur, sans qu'il ait su jarisais distinguer sa droite d'avec sa gauche, mais couvrant son ignorance universelle d'une audace que la faveur, la mode et la naissance protégeoient. Il fut commissaire général de la cavalerie avant Villars. il eut le gouvernement de Mont-Royal . il commanda en chef dans les pays de Liège et de Co" logne, où il ne s'oublia pas. Sa probité n^ passoit pas ses lèvres; soft peu d'esprit découvroit ses bas manèges et sa fausseté; valet, et so ■ verainement glorieux, deux qualités fort opposées, qui néanmoins se trouvent très-ordinairement unies, et qu'il avc;t toutes deu;-. suprêmement. Tel qu'il étoit, le roi se complut à le faire liiiiréchal de France,