‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 308 sur 348 · HARCOURT · texte numérisé non relu

HARCOURT

ami de Barbezieux et s'en faire respecter, plus encore de Chamillart jusqu'à ce qu'il trouvât son bon à le culbuter, et de Desmarels, fort bien avec Monseigneur et la Choin. et avec eux tous sur un pied de seigneur et de grande estime. On a vu pourquoi et comment il étoit si bien avec Mme de Maintenon. Cela même Técarta des ducs de Ghevreuse et de Beauvilliers et de Mgr le duc de Bourgogne même , sans rien perdre du côté de Mme la duchesse de Bourgogne. Il savoit tout allier et se rallier, jusqu'aux bâtards, quoique ami de toute sa vie de M. de Luxembourg, de M. le Duc et de M. le prince de Conti. Il étoit assez supérieur à lui-même pour sentir ce qui lui manquoit du côté de la guerre, quoiqu'il en eût des parties, mais les grandes il n'y atteignoit pas; aussi, fort dissemblable en tout au maréchal de Villeroy, tournat-il court vers le conseil dès qu'il espéra y pouvoir entrer.

Aucun seigneur n'eut le monde et la cour si généralement pour lui, aucun n'étoit plus tourné à y faire le premier personnage , peu ou point de plus capables de le soutenir: avec cela beaucoup de hauteur et d'avarice , qui toutefois ne sont pas des qualités attirantes. Pour la première il la savoit ménager: mais l'autre se raontroit à découvert jusque par la singulière frugalité de sa table à la cour, où fort peu de gens étoient reçus, et qu'il avoit avancée à onze heures le matin, pour en bannir mieux la compagnie. Il méloit avec grâce un air de guerre à un air de cour, d'une façon tout à fait noble et naturelle. Il étoit gros, point grand, et d'une laideur particulière, et qui surprenoit, mais avec des yeux si vifs et un regard si perçant . si haut et pourtant doux , et toute une physionomie qui petilloit tellement d'esprit et de grâce, qu'à peine le trouvoit-on laid. Il s'étoit démis une hanche d'une chute qu'il fit du rempart de Luxembourg en bas. où il commandoit alors, qui ne fut jamais bien remise et qui le fit demeurer fort boiteux et fort vilainement , parce que c'étoit en arrière ; natureUement gai , et aimant à s'amuser.

Il prenoit autant de tabac que le maréchal d'Huxelles , mais non pas si salement que lui . dont l'habit et la cravate en étoient toujours couverts. Le roi haïssoit fort le tabac. Harcourt s'aperçut, en lui parlant souvent, que son tabac lui faisoit peine; il craignit que cette répugnance n'éloignât ses desseins et ses espérances. Il quitta le tabac tout d'un coup : on attribua à cela les apoplexies qu'il eut dans la suite , et qui lui causèrent une terrible fin de vie. Les médecins lui en firent reprendre l'usage pour rappeler les humeurs à leur ancien cours , et les détourner de celui qu'elles avoient pris, mais il étoit trop tard; l'interruption avoit été trop longue , et le retour au tabac ne lui servit de rien. Je me suis étendu sur ces dix maréchaux de France; le mérite de quelques-uns m'y a convié, mais plus encore la nécessité de faire connoître des personnages qu'on verra beaucoup figurer eu plus d'une façon , comme les maréchaux d'Estrées , d'Huxelles , de 'fesse , de Tallard et d'Harcourt. Reprenons maintenant le courant.

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