CHAPITRE XXXVI
Comte d'ÉvreuT colonel général de la cavalerie ; son caractère. — Mariage de Beaumaiioir avec une liilc du duc de Noailles. — Généraux des armées. — Ridicules de Viliars sur sa femme. — Fanatiques; Monlrevel en Languedoc. — Encouragements aux officiers. — Gouvernement d'Aire à Mavsin, à vendre cent mille livres au maréchal de Vilhuoy. — Uarcourt capitaine des gardes du corps. — Électeur de Bavière déclaré pour la France et l'Espagne. — Kehl pris par Viliars. — Générosité de Vauban. — Barbezières pris déguisé; sa ruse heureuse. — Grand prieur en Italie sous son frère. — Duc de Guiche et Hautefenille colonel général et mestre de camp général des dragons. — Comie de Verue commissaire général de la cavalerie. — Bachelier. — Trois cent mille livres de brevet de retenue à M. de La Rochefoucauld. — Mort et héritage de la vieille Toisy. — Mme Guyon en liberté, mais exilée en Touraine. — Procès sur la coadjutorerie de Cluni, gagné par l'abbé d'Auvergne. — Vertamont plus que mortifié. — Fanatiques; raison de ce nom. — Bâville; son caractère; sa puissance en Languedoc. — Ressources secrètes des fanatiques ; triste situation du Languedoc. — Bals à Marly.
Les Bouillon, uniquement attentifs à leur maison, et toujours et en
toutes sortes de temps et de conjonctures, firent en ce temps-ci une fjrande affaire pour elle . malgré la profonde disgrâce du cardinal de Bouillon. Le comte d'Auvergne avoit eu la charge de colonel général de la cavalerie à la mort de M. de Turenne , dans laquelle M. de Louvois. ennemi de M. de Turenne et de tout ce qui lui appartenoit, lui avoit tant qu'il avoit vécu donné tous ;es dégoûts imaginables, et jiarbezieux après lui. Le roi, piqué d'avoir longtemps inutilement travaillé à l'engager de la vendre à M. du Maine . qu'il en consola enfin par mettre les carabiniers en corps sous sa charge , avoit continué à maltraiter le comte d'Auvergne dans ses fonctions, et à le traiter médiocrement bien d'ailleurs. C'étoit une manière de bœuf ou de sanglier fort glorieux et fort court d'esprit; toujours occupé et toujours embarrassé de son rang, et pourtant fort à la cour et dans le monde. D'ailleurs honnête homme, fort brave homme, et officier jusqu'à un certain point-, il étoit fort ancien lieutenant général, il avoit bien et longtemps servi. Lui et M. de Soubise, quoique se voulant donner pour princes, avoient été fort mortifiés de n'être point maréchaux de France, et tous deux ne servoient plus.
Le comte d'Auvergne , par les tristes aventures de ses deux fils laïques, n'en avoit plus que deux, l'un et l'autre dans l'Église; des trois fils de M. de Bouillon , les deux aînés étoient fort mal avec le roi : restoit le comte d'Ëvreux . dont la figure et le jargon plaisoient aux dames. Avec un esprit médiocre, il .savoit tout faire valoir, et n'étoit pas moins occupé de sa maison que tous ses parents. Il en tiroitfort peu, il n'avoit qu'un nouveau et méchant petit régiment d'infanterie, il étoit assidu à la guerre et à la cour. Il savoit se faire aimer. On étoit touché de le voir si mal à son aise , si reculé . si éloigné d'une meilleure fortune. 11 s'attacha au comte de Toulouse : cela plut au roi. de