‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 31 sur 348 · FAMILLE, FORTUNE ET MORT · texte numérisé non relu

FAMILLE, FORTUNE ET MORT

lui fut possible. Les gens les plus parfaits ne sont pas saas défauts; ii ne put comprendre tout ce que Mme de Soubise vouloit qu'il entendit. ni avoir la complaisance de sacrifier ce petit voyage à sou conseil et à son amitié. Pomponne est à six lieues de Paris. Pendant son absence, arriva le courrier de Bavière , et en même temps une lettre à M. de Louvois qui avoit ses gens partout : c'étoit la conclusion avec le détail de tous les articles du traité et du mariage. Louvois va tout aussitôt porter sa lettre au roi , qui s'étonne de n'avoir point de nouvelles par ailleurs. Les dépêches de Pomponne étoient en chiffres, et celui qui déchiffroit se trouva à l'Opéra . où il s'étoiL allé divertir en l'absence de sc;i maître. Tandis que le temps se passe à l'Opéra, puis à déchiffrer^ et cependant à aller et à venir de Pomponne , Colbert et Louvois ne perdirent pas de temps. Ils mirent le roi en impatience et en colère, et s'en surent £'. bien ser\'ir que Pomponne en arrivant à Paris trouva un ordre du roi delui envoyer les dépèches et sa démission , et de s'en retourner à Pomponne.

Ce grand coup frappé, Louvois. dont Colbert qui avoit ses raisons avoit exigé de ne pas dire un mot de toute cette menée à son père , se hâta de lui aller conter la menée et le succès : « Mais , lui répondit froidement l'habile Le Tellier. avez-vous un homme tout prêt, pour mettre en cette place? — Non , lui répondit son fils, on n'a songé qu'à se défaire de celui qui y étoit, et maintenant la place vide ne manquera pas. et ii faut voir de qui la remplir. — Vous n'êtes qu'un sot, mon fils . avec tout votre esprit et vos vues . lui répliqua Le Tellier. M. Colbert en sait plus que vous , et vous verrez qu'à l'heure qu'il est, il sait le successeur . et il l'a proposé : vous serez pis qu'avec l'homme que vous avez chassé , qui avec toutes ses bonnes parties n'étoit pas au moins plus à M. Colbert qu'à vous. Je vous le répète . vous vous en repentirez. y> En effet . Colbert s'étoit assuré de la place pour son frère Croissy lors à Aix-laChapelle , comme je l'ai dit en rapportant sa mort, et ce fut un coup de foudre pour Le Tellier et pour Louvois qui les brouilla plus que jamais avec Colbert. et par une suite nécessaire avec ce frère. Pomponne sentit sa chute et son vide, mais il le supporta en homme de bien et de courage avec tranquillité. Il eut peu après liberté de venir et de demeurer à Paris. Aucun de ses amis ne le délaissa, tout le monde prit part à sa disgrâce. Les étrangers en regrettant sa personne qu'ils aimoiont, et lui continuant toujours des marques de considération dans les occasions qui s'en pouvoient présenter, furent bien aises d'être soulagés de sa capacité.

Le roi après quelque temps voulut voir Pomponne par derrière dans ses cabinets. Il le traita en prince qui le regrettoit, et lui parla même de ses affaires. De temps en temps, mais rarement cela se répétoit, et toujours sur le même pied de la part du roi. A la fin en une de ces audiences, le roi lui témoigna la peine qu'il avoit ressentie en l'éloignant, et qu'il ressentoit encore, et Pomponne y ayant répondu avec le respect et l'affection qu'il devoit . le roi continua à lui parler avec beaucoup d'estime et d'amitié. Il lui dit qu'il avoit toujours eavie de le rapprocher de lui, qu'il ne le pouvoit encore, mais qu'illui demandoit sa parole de ne point s'excuser, et de revenir dans son conseil

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