DE M. DE POMPONNE
dès qu'il le mandcroit, et eu attendant de lui garder le secret de ce qu'il lui disoit. Pomponne le lui promit, et le roi l'embrassa. L'événement a fait voir ce que le roi pensoit îilors. C'étoit de se défaire de M. de Louvois en l'envoyant à la Bastille. La parenthèse en seroit déplacée ici , je pourrai avoir lieu ailleurs de raconter un fait si curieux. Dans le moment que ce ministre fut mort, le roi écrivit de sa propre main à Pomponne de revenir sur-le-champ prendre sa place dans ses conseils. Un gentilhomme ordinaire du roi fut chargé en secret de ce message, par le roi même. Il trouva cet illustre disgracié à Pomponne qui s'alloit mettre au lit. Le lendemain matin il vint à Versailles, et débarquer chez Bontems qui le mena par les derrières chez le roi. On peut juger des grâces de cette audience. Le roi ne dédaigna pas de lui faire des excuses de l'avoir éloigné et de l'avoir rapproché si tard ; il ajouta qu'il craignoit qu'il n'eût peine à voir Croissy faire les fonctions qu'il avoit si dignement remplies. Pomponne , toujours modeste , doux , homme de bien , répondit au roi , que puisqu'il le vouloit rattacher à son service , et qu'il s'étoit engagé à lui d'y rentrer , il ne songeroit qu'à le bien servir . et que . pour bien commencer , et ôter , en tant qu'en lui étoit toutes les occasions de jalousie . il s'en alloit de ce pas chez Croissy lui apprendre les bontés du roi et lui demander son amitié. Le roi , touché au dernier point d'une action si peu attendue, l'embrassa et le congédia. La surprise de Croissy fut sans pareille quand il s'entendit annoncer M. de Pomponne. On peut juger qu'elle ne diminua pas quand il apprit ce qui l'amenoit. Celle de la cour, qui n'avoit pas songé à un retour après douze années de disgrâce , et qui n'en avoit pas eu le moindre vent . fut grande aussi , mais mêlée de beaucoup de joie : il entra au premier conseil qui se tint , et M. de Beauvilliers en même temps.
Pomponne , dès le même jour . eut un logement au château assez grand, et vécut avec toutes sortes de mesures et de prévenances avec Croissy, qui y répondit de son côté, et qui avoit bien compris qu'il falloit le faire. Leur alliance que le roi voulut, je l'ai racontée en son temps. Pomponne et son gendre vécurent ensemble en vrai père et en vé'-itable fils. Il y trouva tout ce qu'il pouvoit désirer pour devenir un bon et sage ministre. Il y ajouta du sien toutes les lumières et toute l'instruction qu'il put. dont Torcy sut bien profiter. M. de Pomponne lia une amitié étroite avec M. de Beauvilliers. La confiance étoit intime entre eux et avec le duc de Chevreuse. Il fut aussi fort uni avec Pelletier, et honnêtement avec les autres ministres ou secrétaires d'Ëtat. Il mourut le 26 septembre de cette année à Fontainebleau, à quatrevingt-un ans, dans le désir depuis longtemps de la retraite que l'état de sa famille ne lui avoit pas encore permis. Sa tète et sa santé étoient entières. Il n'avoit jamais été malade: il mangea un soir du veau froid et force pêches; il en eut une indigestion qui l'emporta en quatre jours. Il reçut ses sacrements avec une grande piété, et fit une fin aussi édifiante que sa vie. Torcy son gendre eut les postes, et sa veuve douze mille livres de pension. C'étoit une femme avare et obscure qu'on ne voyoit guère Elle avoit une sœur charmante par son esprit , par se»
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'j;:àces, par sa beauté, par sa vertu , femme de M. de Vins, qui étoil lieutenant général, et qui eut les mousquetaires noirs. Ils avoient un fils unique beau, aimable, spirituel comme la mère, avec qui j'avois été ilevé. M. de Pomponne étoit ami particulier de mon père et ils logeoient chez lui. Ce jeune homme fut tué à Steinkerque à sa première campagne. Le père et surtout la mère ne s'en sont jamais consolés: elle n'a presque plus voulu voir personne depuis , absorbée dans la douleur et dans la piété ;out le reste de sa longue vie. Je regrettai extrêmement son fils. M. de Pomponne ne fut pas heureux dans ceux qui se destinèrent au monde Le cadet, qui promettoit, fut tué de bonne heure à la tète d'un régimen. de dragons. L'aîné, épais, extraordinaire, avare, obscur, quitta le service, devint apoplectique, et fut toute sa vie compté pour rien jusque dans sa famille. L'abbé de Pomponne fut aumônier du roi. Il se retrouvera occasion d'en parler.
Le roi revint de Fontainebleau et nomma Briord ambassadeur à la Haye en la place de Bonrepos qui demanda à revenir; et Phélypeaux, lieutenant général, qui étoit à Cologne, ambassadeur à Turin; Bonac, neveu de Bonrepos. alla à Cologne.