‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 317 sur 348 · DUCHESSE DE BRANCAS · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE BRANCAS

Madame jui l'aimoit fort, et qu'elle avoit bien servie à la mort de Jlonsieur, ^ntra dans ses vues, et chercha quelque duchesse sans pain et brouillée avec son mari, comme étoit la duchesse deVentadour. quand elle fit l'étrange planche d'entrer à elle, au scandale public, à letcnnement du roi, qui eut peine à l'accorder aux instances de Monsieur, et qui voulut savoir si sa famille y consentoit.

Madame fut quelque temps à trouver cette misérable duchesse. A la fin, la duchesse de Brancas se présenta . et fut acceptée avec une grande ioie. Elle étoit sœur de la princesse d'Harcourt, et lui étoit parfaitement dissemblable : c'étoit une femme de peu d'esprit, sans toutefois manquer de sens et de conduite, très-vertueuse et très-véritablement dévote dans tous les temps de sa vie , et la plus complètement malheureuse. Elle et son mari étoient enfants des deux frères, lesquels étoient fils du premier duc de Villars, frère de l'amiral, et d'une sœur de la belle et fameuse Gabrielle. et du premier maréchal duc d'Estrées. Le duc de Brancas avoit perdu son père et sa mère à seize ans, qui n'avoient jamais figuré. Son oncle, le comte de Brancas, avoit fort paru i la cour et dans le monde . et parmi la meille"ure , la plus galante et la plus spirituelle compagnie de son temps, et fort bien avec le roi et les reiiics. Nous avons vu en son lieu qu'il fut encore mieux avec Mme Scarron, depuis la fameuse Mme de Maintenon, qui s'en souvint ioute sa vie. Le comte de Brancas est encore célèbre par ses prodigieuses distractions, que La Bruyère a immortalisées dans ses Caractères. Il l'est encore par la singularité de sa retraite à Paris, au dehors des Carmélites, qu'il exhortoit à la grille depuis qu'il fut dans la dévotion, qui ne l'empèchoit pas de voir toujours bonne compagnie et de conserver du crédit à la cour. II avoit marié l'aînée de ses deux Slies au prince d'Harcourt. N'ayant pas grand'chose à donner à l'autre , il jeta les yeux sur son neveu , qui étoit assez pauvre et encore plus abandonné, n'ayant que cet oncle qui en pût prendre soin. Il étoit plus jeune de plusieurs années que sa cousine: son oncle, partie par amitié, partie par autorité, l'engagea à l'épouser, et lui en fit même parler par le roi. A dix-sept ans, et sans parents à qui avoir recours, il n'en faut pas tan' pour paqueter un homme. II se maria malgré lui en 1680, ivec cent mille livres que le roi donna à sa femme , et fort peu de son )eau-père, qu'il perdit six mois après, et avec lui tout le frein qui pouroiX le retenir.

C'étoit un homme pétillant d'esprit, mais de cet esprit de saillie, de plaisanterie, de légèreté et de bons mots, sans la moindre solidité . sans aucun sens, sans aucune conduite, qui se jeta dans la crapule et dans les plus infâmes débauches, où il se ruina dans une continuelle et profonde obscurité. Sa femme devint l'objet des regrets d'un mauvais mariage fait contre son goût et contre son gré, dont elle n'étoit pas cause; elle passa sa vie le plus souvent sans pain et sans habits, et souvent encore parmi les plus fâcheux traitements , que sa vertu , sa douceur et sa patience ne purent adoucir. Heureusement pour elle, elle trouva des amies qui la secoururent, et sans la maréchale de Chamilly , elle seroit morte souvent de toutes sortes de besoins. EUe per-

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