‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 327 sur 348 · TRISTE SUCCÈS DU PROJET DU TYROL · texte numérisé non relu

TRISTE SUCCÈS DU PROJET DU TYROL

temps de hausser le pont-levis ; quatre de leurs escadrons furent renversés dans le Danube: ils perdirent environ quinze cents hommes tués , peu de prisonniers, tant l'acharnement fut grand, et sept étendards. Du Héfon, dont ce fut grand dommage, y fut tué avec cinquante officiers et quatre ou cinq cents hommes. Légal se retira le lendemain, 1" août, en bon ordre, craignant quelques gros détachements du prince Louis de Bade. Cette action, qui fut belle, fit grand plaisir au roi, qui en fit compliment à la femme de Légal, qu'il rencontra dans la galerie, venant de la messe , et fit son mari lieutenant général.

La course vers Trente eut le succès qu'on en devoit attendre. L'électeur et M. de Vendôme furent, chacun de leur côté, arrêtés à chaque pas. Ce ne furent que pas retranchés dans les montagnes, châteaux escarpés et bicoques irès-fâcheuses à prendre, à chacun desquels M. de Vendôme se paradoit et amusoit le roi, tantôt d'un courrier, tantôt d'un officier pour apporter ces grandes nouvelles. Il ne put jamais recevoir qu'une seule fois des nouvelles de l'électeur. On s'épanouissoit déjà de ses succès comme d'une communication sûre et établie , lorsque l'électeur, qui étoit maître d'Inspruck où il avoit fait chanter le Te Deum, auquel, par une étrange singularité, la mère de l'impératrice et l'évèque d'Augsbourg, frère de l'impératrice, qui y avoient été pris, assistèrent; l'élecleur, dis-je, avancé vers Brixen , trouva toute la milice et toute la noblesse du pays en armes, tellement que, craignant de manquer de tout et de trouver sa communication avec son pays coupée , il s'en retourna tout court. Il étoit temps : le pain manqua; nul moyen d'en avoir du pays, où tout leur couroit sus, et les défilés déjà assez occupés pour se remercier de n'avoir pas différé de vingt-quatre heures; encore y perdit-on assez de monde et même autour de l'électeur. Il rejoignit le maréchal de Villars avec ses troupes diminuées et horriblement fatiguées d'une course dont il ne tira pour tout fruit que la perte de tout le temps qu'il y employa et qui eût pu l'être bien utilement en Allemagne; ra;iis on a vu à qui en fut la faute. M. de Vendôme eut au moins le plaisir de bombarder Trente, à qui il ne fit pas grand mal. Il revint comme il put. Staremberg tourmenta fort ce retour, sur lequel il sut gagner trois marches, faire pe.dre force monde en détail à son ennemi et pousser à bout ses troupes de fatigues. Vaudemont, qui cependant avoit fait battre Murcé avec un gros détachement d'une manière plus que grossière, étoit àSan-Benedetto , faisant fort le malade pressé d'aller aux eaux. Sa conduite, toujours soutenue, rendra toujours difficile à croire qu'il ne fût pas dans la bouteille, et qu'il ne fût pressé de se mettre à quartier de ce qui alioit arriver. Dès que le duc de Vendô.me fut à San-Benedetto , il en partit pour s'aller mettre à l'abri de tous événements. L'aveuglement sur lui fut tel, qu'il eut sur-le-champ qu'il le demanda le régiment d'Espinciial, tué à ce détachement de Murcé, pour le prince d'Elbœuf, neveu de sa femme.

M.fde Vendôme manda au roi une belle et singulière action de Duquesne-Monier , qui commandoit les vaisseaux du roi dans le golfe de Venise. Il sut que les Impériaux avoient de grands magasins dans Aquilée , qui est à sept lieues dans les terres. Il s'embarqua sur des cha-

Page 1