DE LA FORTUNE DE MM. DE VILLEBOY
M de Puysieux, secrétaire d'État, fils du chancelier de Séguier et genare de M. de Villeroy , secrétaire d'État, tous deux en vie et en
t . et lui personnellement aussi , entre ses deux disgrâces , vendit, sa charge de grand trésorier de l'ordre à M. Morand . trésorier de l'épargne , et sur l'exemple de M. de Rhodes, quelque disproportion qu'il y eût entre un Pot et un Brûlart, il eut le même brevet de promesse d'être mit chevalier de l'ordre à la première promotion, et de permission de coulinuer en attendant à porter l'ordre.
Oette dernière planche faite, M. d'Avaux, ce célèbre ambassadeur, surintendant des finances , vendit sa charge de greffier de l'ordre en 1G43 a M. de Bonelles, qui, malgré l'alliance qu'il fit de Charlotte de Prie, soeur aînée de la maréchale de La Mothe, ne fut jamais que conseiller d'honneur au parlement, et n'auroit pas cru que son petit-fils deviendroit chevalier de l'ordre. M. d'Avaux eut le brevet de promesse et de permission pareil à celui qu'avoit obtenu M. de Puysieux.
Enfin la charge de chancelier et de garde des sceaux de l'ordre ayant été séparée e.\ deux, pendant la prison du garde des sceaux de France de Chàteauneuf, en 1633, les sceaux de l'ordre furent donnés à M. de Bouillon , surintendant des finances et président à mortier au parlement de Paris. Il les vendit, en 1G36, à M. le premier président Le Jay, et il eut un brevet pareil aux précédents.
Ces éeux charges ayant été réunies, en 1645, en rendant les sceaux de l'ordre à M. de Châleauneuf, il la vendit entière, peu de mois après, à La Rivière, évêque-duc de Langres, ce favori de Gai^ton, si connu dans tous les Mémoires de la minorité de Louis XIV et les commencements de sa majorité. Comme M. de Chàteauneuf avoit des abbayes, quoiqu'il ne fût point dans les ordres, le brevet qu'il eut, pareil aux autres, porta avec la permission de continuer à porter l'ordre, promesse de la première des quatre places de prélat qui viendroit à vaauer dans l'ordre qu'il n'a jamais eue, non plus qu'aucun des vendeurs ae charges, qui, presque tous jusqu'à aujourd'hui, ont eu de pareils Brevets, et n'ont jamais été chevaliers de l'ordre. Outre le ridicule général de ces brevets , ils en ont un particulier qui échappe et qu'il est curieux d'exposer ici.
Cm a vu ci-dessus que le chancelier de l'ordre, entre les distinctions quii a par-dessus les autres grands officiers ou laïijues, a celle d'avoir le grand manteau de l'ordre semblable en tout à ceux des chevaliers, et avec le collier de l'ordre brodé tout autour comme eux ; il n'a même de difierence d'eux que le dernier rang après tous et avec les trois autres officiers, et de n'avoir point le collier d'or massif émaiUé. De cette privation du collier, le statut en fait comme une excuse, disant que le chancelier n'a point de collier parce qu'il est censé être personne de robe longue, et c'est toutefois à cette personne de robe longue, et par cela même exclue du collier, qui n'est propre qu'à ceux de la noblesse et dont la profession est les armes, que ce collier est promis en vendant sa charge, et aux autres grands officiers en se défaisant des leurs, tous de robe ou de plume, par ce brevet illusoire qui n'a eu d'exécution dans aucun, dont aucun n'a espéré l'accomplissement.
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et qu'aucun roi n'a jamais imacriné d'effectuer. Je me contente ae marquer le premier de chacune de ces quatre charges qui l'a obtenu il sufrit de dire que depuis cet exemple de vendre et d'obtenir ces oreveLs que je viens d'exposer, l'usage en a été continuel parmi tous ces grraDds officiers de l'ordre, et que ce brevet n'a été refusé à pas un. excpnté peut-être à quatre ou cinq tombés en disgrâce, et à qui, en leur ôtant teurs charges de l'ordre, il n'a pas été permis de continuer à le porter. Jusque-là que pendant la dernière régence , Crosat et Montargis , trèsriches financiers, ayant obtenu permission d'acheter les charges de grand trésorier et de greffier de la succession du frère aîné du garde, des sceaux Chauveliu, et du président Lamoignon, ont obtenu les mêmes brevets de promesse d'être faits chevaliers de l'ordre à la première promotion, et de continuer à le porter en attendant, en même temps qu'aux approches du sacre du roi , ils eurent commandement de vendre leurs charges , l'un à M. Dodun , contrôleur général des finances, l'autre à M. de Maurepas , secrétaire d'Etat , par l'indécence qu'on trouva à voir faire à ces deux financiers les fonctions de ces charges, lorsque, le lendemain du sacre , le roi recevroit l'ordre des mains de l'archevêqueduc de Reims.
Voilà donc un étrange abus tourné en règle par l'habitude ancienne et non interrompue; il n'en est pas demeuré là. 11 a donné naissance à un autre encore plus étrange et plus ridicule; celui qu'on vient d'expliquer est connu sous le nom de vétérans , celui qui va l'être sous celui de râpés. Le premier nom est pris des officiers de justice qui . ayant exercé leurs charges vingt ans, prennent, en les vendant, des lettres de vétérance qu'on ne leur refuse pas , pour continuer à jouir . leur vie durant, des honneurs et séances attachés à ces charges. Mais ceux de l'ordre ont de tout temps gardé la plupart leurs charges peu d'années , et à force de les garder peu , ont donne ouverture aux râpés.
Ce sobriquet ou ce nom est pris de l'eau qu'on passe sur le marc au raisin , après qu'il a été pressé , et tout ie jus ou le moût tiré , qui est le vin; cette eau fermente sur ce marc, et y prend une couleur et une impression de petit vin ou de piquette , et cela s'appelle un râpé de vm.
On va voir que la comparaison est juste et le nom bien appliqué. Vowi la belle invention qui a été trouvée par les grands officiers de l'orûve. Pierre, par exemple, a une charge de l'ordre depuis quelques années il la vend à Paul, et obtient le brevet ordinaire. Jean se trouve en place , et veut se parer de l'ordre sans bourse délier. Avec l'agremeG^ du roi , et le marché fait et déclaré avec Paul . Jean se met entre Pierre et lui, fait un achat simulé de la charge de Pierre, et y est reçu par le roi. Quelques semaines après il donne sa démission, fait une vente simulée à Paul , et obtient le brevet accoutumé . et Paul est reçu dans la charge. Avec cette invention on a vu pendant la dernière régence, jusqu'à seize officiers vétérans ou râpés de Tordre vivant tous en même temps.
Le premier exemple fut le moins grossier de tous. Bonelles vendit efîectivement la charge de greffier de l'ordre à Novion, président à mortier, qui fut depuis premier président : ce fut en 166è; il la garda
COLLIER DE l'ORDRE AUX ARMES DES GRANDS OFFICIERS. 481
quelques mois et la vendit eu 1657 à Jeanin de Castille. Le second exemple se traita plus rondement. Barbezieux eut à la mort de Louvois , son père, sa charge de chancelier de l'ordre. Boucherat, chancelier de France, en fut simultanément pourvu d'abord, et huit jours après qu'il eut été reçu , il fit semblant de se démettre comme il avoit fait semblant d'acheter, et Barbezieu.x fut reçu. Depuis cet exemple tout franc, tous les autres n'ont pas eu plus de couverture dans les huit ou douze qui l'ont suivi jusqu'à présent.
Ces vétérans et ces râpés prennent tous sans difficulté la qualité de commandeurs des ordres du roi, sans mention même de la charge qui la leur a donnée , mais qui , à la vérité , n'a pu la leur laisser , non plus que le brevet de promesse et de permission qu'ils obtiennent, la leur conférer. A la vérité, ni vétérans ni râpés ne font nombre dans les cent dont l'ordre est composé.
A tant d'abus qui ne croiroit qu'il n'y en a pas au moins davantage? Mais ce n'cst pas tout. De ce que le chancelier de l'ordre a le collier brodé autour de son grand manteau comme les chevaliers, il a quitté le cordon bleu qu'il portoit autour de ses armes , comme les cardinaux et les prélats de l'ordre, et quoiqu'il n'ait point le collier d'or massif, émaillé comme les chevaliers de l'ordre, il l'a mis partout à ses armes. Cet exemple n'a pas tardé à être suivi par les autres grands officiers , quoique le collier ne soit pas brodé autour de leurs manteaux , et que tout leur manque jusqu'à ce vain prétexte. Je ne puis dater cet abus avec la même assurance et la même précision que je viens de laire les précédents. De ceux-là, l'origine s'en voit, mais de celui oui a dépendu de la volenté de l'entreprise plus ou moins tardive , et d'une exécution domestique faite par un peintre ou par un graveur sur des armes , ce sont des dates qui ne se peuvent retrouver.
Qui pourroit dire maintenant qui a commencé l'usurpation des couronnes? Il n'est si petit compagnon qui n'en porte une, et les ducales sont tombées à la plus nouvelle robe. Il est pourtant vrai que cet abus n'a pas cinquante ans, et qu'un peu auparavant nul homme de robe ne portoit aucune sorte de couronne. Il en existe encore un témoignage évident. Les armes de M. Séguier alors chancelier, et non encore duc à brevet, sont en relief des deux côtés du grand autel de l'église des Carmes-Déchaussés , dont le couvent est à Paris, rue de Vaugirard; toutes les marques de chancelier y sont, manteau sans armes au revers, masses, mortier, et point de couronne. Tout ce que je puis dire, c'est qu'étant allé voir Mme la maréchale de Villeroy à Villeroy, de Fontainebleau peu avant sa mort, c'est-à-dire vers 1706 ou 1707, j'ai vu les armes de Villeroy en pierre avec le cordon autour et la croix , comme le portent les prélats de l'ordre et sans collier. Je les ai vues de même dans une église de Paris, je ne me souviens plus laquelle assez ferme ment pour la citer. J"ai vu aussi une chapelle de sépulture des L'Aubépine aux Jacobins de la rue Saint-Jacques , leurs armes plusieurs fois répétées sans collier, et entourées du cordon, et la dernière année de la vie du maréchal de Berwick , tue devant Philippsbourg en 1734, je l'allai voir à FitzJames, d'où je m'allai promener un matin à Verde-
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