‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 338 sur 348 · III. HCMMAG2 LIGS ET HOMM.'V.GE SIMPLB · texte numérisé non relu

III. HCMMAG2 LIGS ET HOMM.'V.GE SIMPLB

Page 51.

L'hommage était la cérémonie dans laquelle un vassal se reconnaissait l'homme de son seigneur, et prêtait serment de fidélité entre ses mains. On distinguait deux espèces d'hommage : l'hommage simple ou franc, et l'hommage lige , par lequel le vassal se liait plus étroitement à son sel neur. Pour l'hommage simple, le vassal se tenait debout, gardait son épée et ses éperons, pendant que le chancelier lisait la formule du serment. Le vassal se bornait à répondre , quand la lecture éta.'t terminée : Voire {verum , c'est vrai). Celui qui devait l'honamage lige ne gardait ni éperons, ni baudrier, ni épée. Il fléchissait le genou devant son seigneur, mettait les mains dans les siennes, et prononçait la formule suivante, qui nous a été conservée par Bouteiller, dans sa Somtne rurale : a Sire, je viens à votre hommage et en votre foi, et deviens votre homme de bouche et de mains. Je vous jure et promets foi et loyauté envers tous et contre tous . et garder votre droit en mon pouvoir. »

s. Voy. reliai; *^- û«! tiji»=t;au.

L'hommage rendu par un noble était souvent terminé par un baiser. De là l'expression devenir Phomme de bouche et de mains, que l'on trouve dans la formule précédente. Si le vassal , lorsqu'il se présentait pour rendre hommage, ne trouvait pas son seigneur à son logis, il devait accomplir certaines formalités, qui variaient avec les coutumes. D'après les lois de quelques contrées, il devait heurter trois fois à la porte du manoir seigneurial et appeler trois fois. Si l'on n'ouvrait pas; il heurtait l'huis (la porte) ou le verrou de la porte, et récitait la formule de l'hommage comme si le seigneur eût été présent. La formalité de rhomma;3e était alors regardée comme légalement accomplie.

IV. PORTRAITS DU BOT PHILIPPE V, DE LA REINE LOUISE DE SAVOIE ET DES PRIÎ^CIPAUX SEIGNEURS DU CONSEIL DE PHILIPPE V, TRACÉS PAR LE DUC DE GRAMMONT, ALORS AMBASSADEUR EN ESPAGNE'.

Pages ^^7 el suivantes.

Voici le por+rait juste et au naturel du roi d'Espagne , de la reine et de la plupart des grands que j'ai connus à Madrid :

a. Le roi d'Espagne a de l'esprit et du bon sens. Il pense toujours juste, et parle de même; il est de naturel doux et bon, et incapable par luimême de faire le mal, mais timide, foible et paresseux à l'excès. Sa foiblcsse et sa crainte pour la reine sont à tel point que, bien qu'il soit né vertueux, il manquera sans balancer à sa parole, pour peu qu'il s'aperçoive que ce soit un moyen de lui plaire. Je l'ai éprouvé en plus d'une occasion. Ainsi l'on peut m'en croire , et tabler une fois pour toutes que . tant que le roi d'Espagne aura la reine , ce ne sera qu'un enfant de six ans . et jamais un homme.

« La reine a de l'esprit au-dessus d'une personne de son âge Elle est fière, superbe, dissimulée, indéchiffrable, hautaine, ne pardonnant jamais. Elle n'aime, à seize ans, ni la musique, ni la comédie, ni la conversation, ni la promenade, ni la chasse, en un mot aucun des amusements d'une personne de son âge; elle ne veut que maîtriser ouverainement , tenir le roi son mari toujours en brassière, et dépen- /Ire le moins qu'il lui est possible du roi son grand-père : voilà son génie et son caractère. Quiconque la prendra différemment ne l'a jamais connue.

« Veraguâ est la superbe même'; il est ingénieux, plein d'artiflce et d'esprit, et tel qu'il convient d'être pour parvenir au grade de favori de la princesse. Il hait la France souverainement , et autant que l'Espagne le méprise , qui est tout dire.

<x Aguilar est à peu près de ce même caractère , eî yuUr qu'il fût con-

<, Bibl. imp. du Louvre, ms. F, 325, i. XXI, pièce 29. Copie du temps. En lisant ces porlrails, tracés par le duc de Grammont, on ne doit pas oubHer ce que Saint-Simon dit du caractère de cet ambassadeur et de son peu de succès en Espagne. Cela contribue à expliquer la causticité de Grammont. On trouve d'ailleurs dans ces portraits la conlirmalion de ce que dit Sainl-Simcn de son antipathie contre la princesse des Ursins.

Page 1