Voy. p. 417 et <70 de ce volum
tent et bien à son aise, il faudroit que la nation franço'.se fût éteinte en Espagne'.
« Medina-Celi a la gloire de Lucifer, la tète pleine de vent et d'idées chimériques. De son mérite, je n'en parle pas, j'en laisse le soin aux y historiens de Naples. Il se dit attaché au roi et à la France -, mais sa conduite tous les jours le dément.
a Montalte a de l'esprit et une grande connoissance des affaires; mais il est naturellement foible et vacillant , peu secret et n'étant presque jamais d'accord avec lui-même'.
« Monterey ne manque pas aussi de sens pour les affaires ; mais c'est une girouette qui tourne à tous vents , qui condamne tout et ne remédie à rien*. Il a beaucoup de confrères en ce monde.
<r Mancera est un des plus raffinés ministres que j'aie connus; mais rien ne tient contre quatre-vingt-douze ans , et il faut bien à la fin que l'esprit et le bon sens cèdent à l'extrême vieillesse *.
« Arias est une des meilleures têtes qu'il y ait en Espagne. Il est incorruptible et sa vertu est toute romaine. Il aime l'État et la personne du roi d'Espagne, et a une vénération toute particulière pour le roi*. Il vit comme un ange dans son diocèse, et est généralement aimé et respecté de tout le monde dans Séville. Son seul mérite est la cause de sa disgrâce.
a Le cardinal Portocarrero est un homme de talents fort médiocres , mais d'une grande probité, fidèle et uniquement attaché à son maître, haut et ferme pour le bien de l'État , allant toujours à ce qui peut contribuer à sa conservation, esclave de sa parole, et qui mérite une grande distinction à tous égards possibles". C'est celui qui a mis la couronne sur la tête du roi, qui, envers et contre tous, la lui a conservée, et celui qui, pour avoir eu le malheur de déplaire à Mme des Ursins, est traité avec honte et ignominie ; ce qui fait gémir le peuple et la noblesse.
a Medina-Sidonia ' ne manque pas d'intelligence; il est très-galant homme , incorruptible et attaché au roi d'Espagne de même que l'ombre l'est au corps. Il est à naître qu'il ait reçu des grâces , et sa persécution est extrême, parce que l'on a imaginé que sa femme, qui n'y a jamais songé , aspiroit à être camarera-mayor. L'on jugera aisément de l'effet que cela produit.
a San-Estevan est un petit finesseux , plein de souterrains , et attendant le parti le plus fort pour s'y déterminer et s'y joindre».
a Benavente est un homme plein d'honneur, ennemi de cabale et d'intrigue , ne connoissant que son devoir et son maître '.
a L'Infantado est un jeune homme qui ne se mêle de rien. L'on peut dire de lui qu'il n'est ni chair ni poisson, et je suis très-persuadé qu'il n'a jamais mérité les bottes qu'on lui a données. Il ne veut que la paix et le repos, et n'est pas capable d'autre chose.
i. Voyoz p. 194 de ce volume. — 2 Ibid., p. H8. — 3. Ibid., p. -igi. — 4, Ihid., p Jlh et <88. — .5. riùd , p. m. — 6. I/'id., p. H& et U6. ~ 7. Tbcd., p. H 8 — 8. l/>id. p. H 7. — 9. Thid., p. 1(8.
» Villafranca est un des Espagnols les plus vertueux qu'il y ait ici', 11 est vrai en tout, plein ilc /ule et de liJtiillé pour le roi son maître. Personne ne désire plus ardemment que lui, ni avec plus de sagesse, que l'entier gouvernement de cette monarchie passe proraptement des mains où il est, en celles du roi, et que rien ne se décide que par sa volonté absolue. C'est là le bon sens ; tout le reste n'étant que plâtrage et ne conduisant qu'à perdition.
« Lécaos est une bête brute, tout à fait incapable de l'emploi qu'il exerce, et que la faveur de sa femme auprès de Mme des Ursins lui a lait obtenir^.
« Rivas est capable d'un grand travail. Il a des talents , de l'esprit et de l'intelligence , beaucoup de facilité pour les affaires, de la pénétration et une mémoire étonnante. Avec ces dispositions, il semble qu'il pourroit servir très-utilement; mais les qualités de son cœur entraînent peut-être malgré lui celles de son esprit. Il est né fourbe , et ne sait ce que c'est que 'le se conduire en rien avec droiture: il donne des paroles, mais il ne fait p:aS profession de les garder, et quand la chose doit servir à ses intérêts , il ne se fait pas scrupule de nier qu'il les ait données. Il est fort intéressé , et l'intérêt du roi et celui de l'Ëtat ne peuvent jamais entrer en considération avec le sien. Uniquement occupé de son élévation et de son opulence, il perd aisément de vue les intérêts de son maître. Ce qui a fait que , dans bien des rencontres , il a paru travailler contre lui; et, tout compté, comme le mauvais qui est en sa personne est bien plus dangereux que son bon ne peut être utile, je conclus par décider que gens de son caractère ne peuvent jamais être mis en place.
a Voilà le caractère fidèle des principaux personnages qui composent cette cour, que j'ai connus à fond et fort pratiqués. »
V. INTENDANTS , LIEUTENANTS CIVIL , CRIMINEL , DE POLICE , PRÉVÔT DES MARCHANDS.
Page 176.
Saint-Simon parle souvent dans ses Mémoires , et notamment dans ce volume (p. 176 et suiv.), des intendants des généralités, des lieutenants civil, criminel, de police, des prévôts des marchands, etc. Comme ces termes ne sont plus en usage et qu'ils ne présentent pas toujours au lecteur un sens précis , il ne sera pas inutile de rappeler l'origine de ces dignités et les fonctions qui y étaient attachées.