‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 342 sur 348 · VI. MORT DE MADAHB · texte numérisé non relu

VI. MORT DE MADAHB

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Saint-Simon dit que personne n'a douté que Madame (Henriette d'Angleterre . première femme du frère de Louis XIV) n'eût Hé empoisonnée et même grossièrement. Il raconte , dans la suite du chapitre , les détails de ce prétendu empoisonnement II est de l'équité historique de ne pas oublier les témoignages opposés. Nous ne pouvons que les indiquer rapidement, mais cette note suffira pour prouver que le doute est au moins permis. On y verra aussi que Saint-Simon a eu tort d'affirmer, comme il le fait p. 225, que Madame était alors d'une très-bonne santé.

Presque tous les contemporains de la mort de Madame , arrivée cl

I . T. 111, p. 160, du Journal historique et anecdotiqu< de l'avocal Barbier, publié par la Société de VHistoire de France.

1(570, cinq ans avant la naissance de Saint-Simon, attestent que cette princesse mourut des suites d'une imprudence qui brisa sa constitution , depuis longtemps débile et profondément altérée. Les médecins, dont nous avons les rapports, s'étonnèrent qu'elle n'eût pas succombé plus tôt aux vices de son organisation, qu'aggravait encore un mauvais régime. Ils appellent cholera-morhus la maladie qui l'emporta en quelques heures. Valet, premier médecin du roi, soutenait que, depuis trois ou quatre ans , elle ne vivait que par miracle. Ce sont les paroles mêmes de la dépèche adressée par Hugues de Lyonne à l'ambassadeur de France en Angleterre '. Le témoignage des médecins qui furent chargés de faire l'ouverture du corps de Madame et de recliercher les causes de sa mort fut unanime. Ils déclarèrent qu'il n'y avait {loint eu d'empoisonnement, sans quoi l'estomac en aurait porté des traces, tandis qu'on le trouva en état excellent.

Si l'attestation officielle des médecins et des ministres paraît suspecte, ou ne peut rejeter le témoignage de contemporains désintéressés. Mademoiselle ^ répète la déclaration des médecins : « Sur les bruits que je viens de dire , l'on fit assembler tous les médecins du roi , de feu Madame et de Monsieur . quelques-uns de Paris, celui de l'ambassadeur d'Angleterre, avec tous les habiles chirurgiens qui ouvrirent Madame. Ils lui trouvèrent les parties nobles bien saines : ce qui surprit tout le monde , parce qu'elle étoit délicate et quasi toujours malade. Ils demeurèrent d'accord qu'elle étoit morte d'une bile échauffée. Lambassadeur d'Angleterre y étoit présent, auquel ils firent voir qu'elle ne pouvoit être morte que d'une colique qu'ils appelèrent un c}iolera-morhus.y>

Un magistrat , qui notait jour par jour les événements remarquables avec une complète impartialité, Olivier d'Ormesson , parle de même des causes de la mort de Madame : après avoir rappelé les principaux détails de cet événement, il écrit dans son Journal : « L'on parla aussitôt de poison, par toutes les circonstances de la maladie et par le mauvais ménage qui étoit entre Monsieur et elle, dont Monsieur étoit fort ofiensé et avoit raison. Le soir, le corps fut ouvert en présence de l'ambassadeur d'Angleterre et de plusieurs médecins qu'il avoit choisis , quelquesuns anglois avec les médecins du roi. Le rapport fut que la formation de son corps étoit très-mauvaise , un de ses poumons attaché au côté et gâté ; et le foie tout desséché sans sang , une quantité extraordinaire de bile répandue dans tout le corps et l'estomac entier ; d'où l'on conclut que ce n'est pas poison ; car l'estomac auroit été percé et gâté. »

Mais ce qui est plus remarquable , c'est qu'un médecin qui n'avait pas de caractère officiel et qui, par humeur, était plus porté à soupçonner le mal qu'à croire au bien , Gui Patin , attribue aussi la mort de Madame à une cause naturelle. Un mois après l'événement , il écrivait ^ ;

4 . Voy. celte dépêche et plusieurs autres où il est question du même événement dans les Négociations relatives ci la succession d'Espagne, publiées par M. Mignet, l. 111, p. 207 etsuiv. [Docam. inédits relatifs à l'hist. de France).

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