Mémoires de Mademoiselle, à l'année
3. Celte lettre, en date du 30 jrillel 1670 , ne se trouvd pas dans l'édition récente du docteur Reveillé-Parise mais dans celle de la Haye (1726, s vol.
<t On parle encore de la mort de Mme la duchesse d'Orléans. Il y en â qui prétendent par une fausse opinion qu'elle a été empoisonnée. Mais la cause de sa mort ne vient que d'un mauvais régime de vivre , et de la mauvaise constitution de ses entrailles.... Il est certain que le peuple, qui aime à se plaindre et à juger de ce qu'il ne connoît pas , ne doit pas être cru en telle matière. Elle est morte, comme je vous ai dit, par sa mauvaise conduite (mauvais régime), et faute de s'être bien purgée selon le bon conseil de son médecin, auquel elle ne croyoit guère, ne faisant rien qu'à sa tête. » Ce qui donne plus d'autorité au témoignage de Gui Patin, c'est que si.x ans avant la mort de Madame, dans une lettre du 26 septembre 1664 , il parlait déjà de la mauvaise constitution de cette princesse : « Mme la duchesse d'Orléans , écrivait-il à Falconet, est fluette, délicate et du nombre de ceux qu'Hippocrate dit avoir du penchant à la phthisie. Les Anglois sont sujets à leur maladie de consomption, qui en est une espèce , une phthisie sèche ou un flétrissement de poumon. » L'autorité de Gui Patin suffirait pour prouver combien le doute est permis en pareille matière. On peut y ajouter la Relation de la maladie, mort et ouverture du corps de Madame, par l'abbé Bourdelot ' , et l'opinion de Valot sur les causes de la mort de Madame ^. Ces médecins , avec lesquels Gui Patin est si rarement d'accord, rejettent, comme lui, l'empoisonnement parmi les contes populaires.
Je terminerai l'énumération des autorités contemporaines qui repoussent le bruit de l'empoisonnement de Madame par la lettre de Bossuet, qui assista cette princesse à ses derniers moments; elle est datée de juillet 1670' : a Je crois que vous avez sçu que je fus éveillé, la nuit du dimanche au lundi, par ordre de Monsieur, pour aller assister Madame, qui étoit à l'extrémité, à Saint-Cloud, et qui me demandoit avec empressement. Je la trouvai avec une pleine connoissance . parlant et faisant toutes choses sans trouble , sans ostentation . sans effort et sans violence, mais si bien et si à propos, avec tant de courage et de piété que j'en suis encore hors de moi. Elle avoit déjà reçu tous les sacrements, même l'extrême-onction , qu'elle avoit demandée au curé qui lui avoit apporté le viatique, et qu'elle pressoit toujours, afin de les recevoir avec connoissance. Je fus une heure auprès d'elle, et lui vis rendre les derniers soupirs en baisant le crucifix ♦ , qu'elle tint à la main , aiti-
in-12). Elle a été citée par M. Floquet dans ses Études sur la vie de Bossuet, t. III, p. 410. On trouve réunis, dans ce savant ouvrage, tous les documents relatifs à la inorl de Madame.
\ . Cette relation a été publiée par Poncet de La Grave dans ses Mémoires intéressants pour servir a l'histoire Je France^ t. III, p. 4H .