‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 37 sur 348 · I 1699] DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

I 1699] DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE LORRAINE

nulles visites actives ni passives pour M. de Lorraine, et nuls honneurs dus ou prétendus. Tout alloit à la petite-fille de France , son épouse . et se coafûudoit sous son nom ; après quoi ils demeuroient sur leurs pieds. avec cet incognito , en liberté de l'expliquer avec tous les avantages quïls s'en èfDient bien proposés. Ce grand point gagné, tout le reste leur fut facile.

Le vendredi 20 novem'bre Monsieur et Madame allèrent à Boady au-devant de M. et de Mme de Lorraine, qui tous deux se mirent sur le devant de son carrosse. On remarqua avec scandale que M. le duc de Chartres étoit à la portière. On déldta que le devant lui faisoit mal. Cela auroit pu s'éviter , mais ce n'étoit pas le compte de la maison de Lorraine, qui fit en sorte que Mme la duchesse de Chartres demeurât à Versailles, avec laquelle il n'eût pas été si aisé de bricoler. Ils furent à l'Opéra dans la loge de Monsieur, qui retint à souper toutes les princesses de la maison de Lorraine , avec d'autres dames. Le lendemain samedi , Monsieur amena M. de Lorraine à Versailles. Ils arrivèrent un moment avant midi dans le salon. Nyert, valet de chambre en quartier, avertit le roi qui étoit au conseil et qui avoit la goutte. Il se fit aussitôt roulerpar lui dans sa chaise. Il n'y avoit dans le salon qu'eux trois , et la porte du cabinet étoit demeurée ouverte , d'où les ministres les voyoient. M. de Lorraine embrassa les genoux du roi baissé fort bas, et fut reçu fort gracieusement, mais sans être embi'assé. La conversation dura un bon quart d'heure, pendant laquelle Monsieur alla causer une fois ou deux à la porte du cabinet avec les ministres, pour laisser M. de Lorraine seul avec le roi. Monsieur lui demanda ensuite permission que le lord Carlingford. et un ou deux hommes principaux de M. de Lorraine, pussent entrer et lui faire la révérence. Alors le duc ae Gesvres , premier gentilhomme de la chambre en année, M. le maréchal de Lorges, capitaine des gardes en quartier, et quelques principaux courtisans, entrèrent avec les gens de M. de Lorraine, mais aucun de sa maison, et je n'ai pu en découvrir la raison. Monsieur demanda ensuite au roi s'il trouvoit bon qu'il fît voir son petit appartement à M. de Lorraine, à qui il nomma les ministres en passant dans le cabinet du conseil. Du petit appartement ils entrèrent dans la grande galerie , où ils furent assez longtemps , et où M. de Lorraine vit Mme la duchesse de Bourgogne qui revenoit de la messe, mais sans l'approcher. De là Monsieur le mena dîner à Saint-Cloud, où Mme de Lorraine ne put se trouver, parce que la fièvre l'avoit prise. Seignelay , maître de la garde-robe, alla le lendemain matin savoir de ses nouvelles de la part du roi . qui rapporta que ce n'étoit rien , et qu'elle viendroit à Versailles le mardi suivant. Mme la duchesse de Chartres l'avoit été voir de Versailles le jour de son arrivée, et MM. les ducs d'Anjou et de Berry l'allèrent voir le dimanche après dîner. Elle leur donna des fauteuils où ils s'assirent, et elle prit un tabouret comme de raison. Mgr le duc de Bourgogne ni Monseigneur n'y furent point: on laissa aller les cadets comme par galanterie. Le père et le fils étoient ce jour-là à Meudon, ce que je remarque pouf la courte distance de Paris , d'où leur visite eût été plus aisée s'ils l'avoient voulu faire. Le mardi, Mme de Lorraine devoit venir à Saint-Simon u. 4

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Versailles dîner chez Mme la duchesse de Chartres, puis aller chez le roi . etc. , et Mme la duchesse de Bourgogne , après l'avoir vue . c'est-àdire reçue , aller à l'Opéra à Paris. Mais ia petite vérole qui parut rompit les voyages. M. le duc de Chartres le vint dire au roi. Monsieur, M. de Lorraine, ni personne ne la vit que Madame, qui s'enferma presque seule avec elle, et Mme de Lenoncourt, dame d'atours de Mme de Lorraine , seule dame qu'elle eût amenée , qui gagna la petite vérole , ei qui en fut fort mal.

J'achèverai de suite pour ne point interrompre la narration du voyage de M. de Lorraine, quoique ce fût ici le lieu de le faire pour raconter ce qui m'arriva, ce que je ferai après. Le mercredi 25 novembre, jour marqué pour l'hommage, Monsieur amena M. de Lorraine à Versailles, qui en mettant pied à terre s'en fut attendre chez M. le Grand , et Monsieur monta tout droit chez le roi. M. le duc de Chartres ne vint point avec eux. Monsieur avoit eu soin de l'éviter pour plaire au chevalier de Lorraine. Un peu après que Monsieur fut chez le roi. Monsieur envoya dire à M. de Lorraine d'y venir : c'étoit vers les trois heures après midi. Il fut suivi de tous ceux de ses sujets qui l'avoient accompagné dans son voyage, et passa toujours entre une double haie de voyeux et de curieux de bas étage. Il traversa les salles des gardes sans qu'ils fissent aucun mouvement, non plus que pour le dernier particulier. Le roi l'attendoit dans le salon, qui étoit lors entre sa chambre et le cabinet du conseil , et qui depuis est devenu sa chambre. Il étoit dans son fauteuil, le chapeau sur la tête, M. le maréchal de Lorges derrière lui, au milieu de M. le chancelier et du duc de Gesvres, en l'absence de M. de Bouillon, grand chambellan, qui étoit à Évreux: Mgr le duc de Bourgogne debout et découvert, un peu en avant de M. le chancelier, mais sans le couvrir, M. le duc d'Anjou de même, de l'autre côté, sans couvrir le duc de Gesvres, qui avoit derrière lui Nyert, premier valet de chambre du roi. M. le di'.c de Berry, Monsieur. M. le duc de Chartres, les princes du sang et les deux bâtards étoient tous en rang . faisant le demi-cercle, avec force courtisans derrière eux, et après eux. Aucun duc que les deux que je viens de nommer, parce qu'ils étoient en fonction de leurs charges et nécessaires, ni aucun prince étranger. Les secrétaires d'Etat étoient derrière M. le chancelier et les princes du même côté. Monseigneur ne se soucia pas de voir la cérémonie.

M. de Lorraine trouva fermée la porte de la chambre du roi qui entre dans le salon, et l'huissier en dedans. Un de la suite de M. de Lorraine gratta, l'huissier demanda : « Qui est-ce? » Le gratteur répondit: <i C'est M. le duc de Lorraine, y et la porte demeura fermée. Quelques instants après, même cérémonie. La troisième fois le gratteur répondit : « C'est M. le duc de Bar; » alors l'huissier ouvrit un seul battant de la porte. M. de Lorraine entra, et de la porte . puis du milieu de la chambre , enlin assez près du roi, il fit de très-profondes révérences. Le roi ne branla point, et demeura couvert sans faire aucune sorte de mouvement. Le duc de Gesvres alors suivi de Nyert. mais ayant son chapeau sous le bras, s"avança deux ou trois pas. et prit le chapeau, les gants t répée de M. de Lorraine qu'il lui remit, et le duc de Gesvres tout de

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