‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 36 sur 348 · DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

DU DUC ET DE LA DUCHESSE DE LORRAINE

chartraiii, qui avoit beaucoup d'esprit, et un e'sprit très-aimable et orné, extrêmement dans les meilleures œuvres, et extrêraerrient janséniste. Je me suis souvent fort diverti à disputer avec elle. J'éiois ravi quand je l'y trouvois.

Ou attendoit au retour de Fontainebleau M. de Lorraine pour rendra au roi sou hommage lige du duché de Bar et de ses autres tcire.i mouvantes de la couronne. Mme la duchesse devoil venir avec lui, et Monsieur les défraya à Paris et leur donna, au Pakii;-Royal , l'appartement de M. et de Mme la duchesse de Chartres. Nul embarras pour Mme de Lorraine, qui conservoit son rang de petite-fille de France. Il n'y en devoit pas avoir non plus pour M. de Lorraine. Ses pères, ducs de Lorraine comme lui, ont été bien des fois à la cour de France sans difficultés.

Charles l" duc de Lorraine , fut fait connétable de France après la mort ou plutôt le massacre du connétable d'Armagnac, le 12 juin 1418 . dans Paris, par le parti de Bourgogne. Il est vrai qu'il n'en jouit pas longtemps, pour avoir été institué par cette terrible Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, qui, dans un intervalle de sa triste maladie, le destitua à Bourges en avril 1423', et donna l'épee de connétable i J. Stuart, comte de Boucan et de Douglas, qui tut tue le 17 août suivant à la bataille de Verueuil au Perche contre les Anglois. Le comte de Richemont fut fait connétable en sa place ; il éloit fils , frère et oncle des ducs de Bretagne , et le fut lui-même après eux en 1457 , et voulut conserver l'épée de connétable avec laquelle il avoit acquis tant de gloire . et mourut duc de Bretagne et connétable de France en décembre 1458 dans son château de Nantes, portant lors le nom d'Arlus III. René II. duc de Lorraine . fut fait grand chambellan . 7 août 1486 . par Charles ^^IIÎ . qui avoit alors seize ans, à la place du comte de Longueville, - - u célèbre bâtard d'Orléans, destitue et ses terres confisquées pour avoir pris le parti du duc d'Orléans, depuis roi Lou'S XII , contie Mme de Beaujeu , sœur du roi , sa tutrice et gouvernante du royaume. Le duc de Lorraine ne demeura pas longtemps grand chambellan de Fiance. Il se ligua avec le même duc d"Orléans contre le roi, et Philippe de Bade, marquis d'Hochberg et comte de Neuchâtel , fut pourvu en sa place de cet office de la couronne en 1491.

Sans aller si loin, Louis XIII et le roi son fils ont vu Charles IV, duc de Lorraine, plus d'une fois en leur cour et y faire des séjours, et la duchesse Nicole a passé à Paris ses dernières années. La planche étoit donc faite , et il n'y avoit qu'à la suivre. On y peut ajouter que le père du duc de Lorraine a été aussi à Paris et à la cour: mais il s'y arrêta peu, quoique assez pour continuer les exemples et régler celui-ci. Mais cela même étoit ce qui incommodoit les cadets de sa maison établis en France, qui, tirant leurs prétentions de leur naissance, avoient grand in-

i . C'est évidemment par erreur que Saint-Simon atlril)iie à Charles Vî, mon en 1422, fa nomination de J. Sluarl. comte de Buckan ou Boucan, qui n'eut lieu qu'en avril 1423-1424. Ce fui Charles VU qui destitua Charles de Lorraine et le remplaça par J. Stuart.

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térêt de relever leur aîné, et grande facilité par Monsieur, entièrement abandonné au chevalier de Lorraine .jusqu'au point où je l'ai remarqué au mariage de Mme de Lorraine. Des geuo qui avoient osé vouloir élever leur aîné jusqu'en compétence de M. le duc de Chartres , n'étoient pas pour s'accommoder de celle des princes du sang . et ceux-ci encore moins pour la souiïrir. Jamais aucun duc de Lorraine ne leur avoit disputé, pas même le père de celui-ci, beau-frère de l'empereur et à la tète de son armée , aux deux princes de Conti , volontaires dans la même armée . auquel l'électeur de Bavière qui y servoit ne disputoit pas. Le second de ces princes étoit vivant et existant à la cour, et cet électeur étoit frère de Mme la Dauphine alors vivante et gendre de l'empereur. On n'avoit pas oublié encore comment le fameux Charles-Emmanuel . duc de Savoie, gendre de Philippe II, roi d'Espagne, et qui fit tant de figure en Europe , avoit vécu avec les princes du sang, ni le célèbre mot d'Henri IV là-dessus. Charles-Emmanuel l'étoit venu trouver à Lyon pour arrêter ses armes , après avoir séjourné longtemps à sa cour à Paris, dans l'espérance de le tromper sur la restitution du marquisat de Saluces. Il se trouva qu'un matin, venant au lever d'Henri IV, le prince de Condé et lui , qui venoient par différents côtés, se rencontrèrent en même temps à la porte de la chambre où le roi s'habiiloit. Ils s'arrêtèrent l'un pour l'autre : Henri IV , qui les vit, éleva la voix et dit au prince de Condé: « Passez, passez, mon neveu, M. de Savoie sait trop ce qu'il vous doit. » Le prince de Condé passa, et M. de Savoie tout de suite et sans difficulté après lui.

Ces considérations firent proposer un biais qui combloit les vues et les prétentions des Lorrains contre les princes du sang, et ce biais fut l'incognito parfait de M. de Lorraine , qui aplanissoit et voiloit tout en même temps. Mais cet incognito étoit aussi parfaitement ridicule; incognito tandis que Mme la duchesse de Lorraine n'y pouvoit être; incognito , et être publiquement logé , traité et défrayé par Monsieur dans le Palais-Royal aux yeux de toute la France : incognito , venant e.\près pour un acte dans lequel il falloit qu'il fût publiquement connu et à découvert: incognito enfin, sans cause ni prétexte, puisque ses pères avoient été publiquement à la cour et à Paris , et son père même : aussi prirent-ils un habile détour pour le faire passer. Monsieur , en le proposant au roi, ne manqua pas de bien faire les honneurs de son gendre, de l'assurer qu'il étoit bien éloigné de disputer rien aux princes du sang ; que , venu pour son hommage et ayant son pays enclavé et comme sous la domination du roi, il ne pouvoit songer qu'à lui plaire et à obéir sans réserve à tout ce qu'il lui plairoit de lui commander: mais que lui. Monsieur, croyoit lui devoir faire faire la réflexion qu'ayant donné le rang de princes du sang à ses enfants naturels, il ne voudroit peut-être pas e.xiger pour eux les mêmes déférences de M. de Lorraine que pour les princes du sang; qu'il répugneroit à sa générosité, eu étant le maître de l'y obliger . et que ne l'y obligeant pas , cela mettroit une différence entre eux qui ne leur seroit pas avantageuse. Ce propos humble et flatteur, qui dans le fond n'avoit que la superficie, éblouit le ûi et le toucha si bien qu'il consentit à l'incognito, moyennant lequel

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