‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 47 sur 348 · LE NONCE DELFINI FAIT CARDINAL · texte numérisé non relu

LE NONCE DELFINI FAIT CARDINAL

qua chez Torcy. Comme le cas étoit extraordinaire, To"cy le mena chez Mme de Maintenon où le roi éloit déjà, et le fit avertir. Le roi les fit entrer. Mme la duchesse de Bourgogne qui s'y trouva , et Mme de Maintenon lui firent là leur compliment; le tout dura fort peu. Le courrier du pape arriva enfin le soir , et lui apporta sa calotte. Il sut assez vivre pour la mettre dans sa poche , et de demeurer ainsi , depuis le dimanche qu'à son retour d'avoir remercié le roi il trouva le courrier arrivé, jusqu'au mercredi matin, jour de l'hommage, qu'il eut audience particulière du roi dans sou cabinet, auquel il présenta sa calotte pour la recevoir de sa main. Le roi la lui rendit , à la difi'érence de ses sujets à qui il la met sur la tète. Ce nonce avoit beaucoup d'esprit, et en avoit bien aussi la physionomie. Je n'ai jamais vu deux si petits yeux, ni qui disent tant. Il étoit galant, et peut-être quelque chose de plus: il aimoit à se divertir , et alloit fort souvent à l'Opéra. Le roi , qui étoit alors plus austère qu'il n'a été depuis dans sa dévotion , en fut scandalisé . et lui fit insinuer avec adresse que ce n'étoit pas l'usage ici que les évèques ni les prêtres allassent aux spectacles; il fut sourd et ne fit pas semblant de comprendre. Enfin le roi le lui fit dire de sa part. Le bon Delfin, glissant sur la conscience, et passant à côté de l'usage, se confondit en remercîments de la bonté avec laquelle le roi avoit soin de sa fortune . et répondit qu'il u'avoit jamais compté d'en faire aucune en France . mais bien en Italie , où l'Opéra et les spectacles n'étoient obstacle à rien , et y retourna tout de plus belle. Le roi, le voyant arrivé en eS"etau but malgré l'Opéra, voulut peut-être efl'acer la petite amertume de l'avis par l'agrément du billel , et ne pas renvoyer à Kome un cardinal mécontent.

Coigny, mestre de camp du Royal-Ëtranger. qui longtemps depuis a fait une si belle fortune , épousa en ce temps-ci Mlle du Bordage , du nom de Montboucher, fille Je qualité de Bretagne, très-jolie, et encore plus vertueuse et plus sainte toute sa vie. Toute sa famille étoit huguenote. On les rattrapa comme ils étoient à la frontière pour se retirer en Hollande. Son père se convertit comme il put , et fut tué devant Philippsbourg. Le roi mit le fils au collège . et la fille chez Mme de Miramion , où ils abjurèrent. Le fils eut un régiment que le roi lui donna pour rien de bonne heure. Il étoit bien fait, avec bien de l'esprit, aimant la bonne compagnie et encore plus la liberté et le jeu par-dessus tout , où il a passé sa vie sans se marier , a peu servi et peu paru à la cour. Leur mère étoit Goyon-Matignon, fille du marquis de La Moussaye, et d'une sœur de M.M. de Bouillon et de Turenne et de Mmes de La Trémoilie , de Duras et de Roye. Mlle du Bordage éloit ainsi nièce maternelle de M. de Quintin , mari sans enfants de la Montgommery qui se remaria à Mortagne , de laquelle j'ai parlé à cette occasion.

L'année finit par les holà que le roi mit entre les jésuites, qui en eurent apparemment besoin , puisqu'ils le firent parler, et les bénédictins. Ces derniers avoient donné depuis peu une belle édition de saint Augustin, dont la morale n'est pas celle des jésuites. Pour l'étouffer ils employèrent leur égide ordinaire ç,ui les a toujours si biea servis. Le

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