LE NONCE DELFINI FAIT CARDINAL
promenade. De là M. de Mayenne obtint de se couvrir aux audiences des ambassadeurs; à plus forte raison M. le Prince et l'heureux ducd'Épernon aussi par la fortune de s'être trouvé là en troisième avec eux. Avec M. de Mayenne, ceux de sa maison qui conduisoient les ambassadeurs à l'audience se couvrirent, et une fois couverts, s'y couvrirent toujours menant ou non les ambassadeurs. Sur cet exemple, les enfants de M. d'Kpernon se couvrirent de même, parce que cet honneur vint pour eux tous de la même origine à Monceaux. Les princes des maisons de Savoie et de Longueville , égalés en tout aux Lorrains , se couvrirent d j même, et par conséquent les cardinaux supérieurs à tous en rang, et les princes du sang, quand il y en eut en âge , autres que M. le Prince. Telle est l'origine de ce qui s'appelle le chapeau ; et ce chapeau , de si grand hasard pour M. d'Épernon. lui valut, et à ses fils et à son petitfils le rang et les honneurs des princes étrangers . quelque peu bien qu'il fût dans le goût et les bonnes grâces d'Henri IV. Mais ce roi et ses successeurs à qui ce chapeau étoit échappé, comme je- viens de l'expliquer, ont été continuellement jaloux de ne pas le laisser étendre au delà des audiences de cérémonie des ambassadeurs , et jamais en aucune autre occasion ils n'ont permis aux princes étrangers de se couvrir, et c'est pour cela aussi qu'aucun d'eux ne se trouve aux audiences publiques des souverains que le roi fait couvrir, ni en aucune autre, où autre que lui puisse être couvert, ni les cardinaux non plus qu'eux. Ils ont essayé plus d'une fois d'obtenir cette extension d'honneur. Les ducs aussi ne se trouvent jamais nulle part où d'autres se couvrent . excepté le premier gentilhomme de la chambre en année, et le capitaine des gardes en quartier , par le service nécessaire de leurs charges. On a vu que quand ils sont mandés par le roi à une audience, comme il arriva à celle du cardinal Chigi, légat a latere , que les princes étrangers ne s'y couvrent point: ainsi on n'en répétera rien. Mais voilà assez d'explication sur cette matière , il est temps de reprendre les événements qui ont fini cette année.
Mme de Marsan mourut avant le départ de Paris de Mme la duchesse de Lorraine. C'étoit une nièce paternelle de MM. de Matignon , et de plus sœur de Mme de Matignon, femme altière, impérieuse, de peu d'esiirit, et parfaitement gâtée par la place, la splendeur. l'autorité et l'étrange hauteur de Seignelay, son premier mari, et par le rang et la naissance du second. Elle étoit en couche de son second fils. La nourrice fit je ne sais quoi qui lui déplut; la colère la transporta, la couche s'arrêta , il n'y eut jamais moyen de la sauver : elle mourut et ne fut regrettée de personne, ni des siens que, par crédit, et après par rang, elle avoit toujours traités avec beaucoup d'humeur et de hauteur, ni de son mari qu'elle tenoit de court , et qui demeuroit riche usufruitier d'une partie de ses biens.
Le nonce Delfiui fut fait cardinal dans une promotion de nonces et d'Italiens. Le courrier de M. de Monaco devança celui du pape. Le roi crut avoir ses raisons pour lui faire une faveur singulière: il lui écrivit un billet de sa main pour le lui apprendre et s'en réjouir avec lui. Dès qu'il l'eut reçu , il s'en vint à Versailles remercier lui-même , et débar-