MADAME DE MONTESPAN ACHETE OIRON
M. d Elbœuf attrapa assez adroitement quatre-vingt mille livres du roi; ii lui propesa de séparer l'Artois de son gouvernement de Picardie, -^t de lui permettre de vendre, et qu'il en trouvoit cent mille écus. Le roi, qui ne voulut ni de celte nouveauté ni du premier venu pour gouverneur d'Artois, qui ne pouvoit être autre puisqu'il en vouloit bien donner cent mille écus, mais qui toute sa vie avoit eu du foible pour M. d'Elbœuf, crut y gagner que de lui donner cette gratification en le refusant de la vente, et sûrement M. d'Eibœuf n'y perdit pas.
Presque en même temps, le roi envoya cent mille francs à Mme de Montespan pour lui aider à faire l'acquisition d'Oiron. Ce présent ne fut pas gratuit. Mme de Montespan étoit déjà dans la pénitence, elle avoit renvoyé au roi depuis quelque temps un parfaitement beau fil de perles qu'elle en avoit eu . et qu'il donna encore augmenté à Mme la duchesse de Bourgogne; il étoit alors de vingt et une perles admirables, et valoit cent cinquante mille livres. Mme de Montespan , entre autres réparations, s'appliquoit à former du bien à dAntin. Elle auroit pu mieux choisir qu'Oiron. beau château et beau parc à la vérité en Poitou, et qui avoit fait la demeure et les délices des ducs de Roannais; mais cette terre relevoit de celle de Thouars avec une telle dépendance, que, toutes les fois qu'il plaisoit au seigneur de Thouars , il mandoit à celui d'Oiron qu'il chasseroit un tel jour dans son voisinage, et qu'il eût à abattre une certaine quantité de toises des murs de son parc pour ne point trouver d'obstacles en cas que la chasse s'adonnât à y entrer. On comprend que c'est un droit si dur qu'on ne s'avise pas de l'exercer: mais on comprend aussi îu'il se trouve des occasions où on s'en sert dans toute son étendue, et alors que peut devenir le seigneur d'Oiron?