‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 56 sur 348 · MORT DU CÎTEVALIER DE VILLEROY · texte numérisé non relu

MORT DU CÎTEVALIER DE VILLEROY

d'Harcourt , par ordre du roi , à demander publiquement pardon à la duchesse de Rohan-Chabot , à Versailles , chez Mme la chancelière , dans laquelle M. le Grand avoit voulu donner le change au roi sur Mme de Saint-Simon . à qui j'expliquai le fait . dont M. le Grand essuya pour lui et pour Mme d'Armagnac une petite réprimande, qui l'outra d'autant plus qu'il étoit fort accoutumé à tout le contraire. Mme d'Armagnac , faute de mieux . s'en prit à elle-même pour piquer son frère , et dégoisa sur sa propre naissance d'une manière fort fâcheuse. Ils ne s'étoient pas vus depuis. La réconciliation étoit d'autant plus difficile que le maréchal de Villeroy étoit personnellement ami intime de M. le Grand et du chevalier de Lorraine et fort aussi de M. de Marsan, et qu'il y mettoit une dose de subordination fort à leur goût et fort peu de celui de la maréchale. Cette triste occasion fit entremettre des amis communs pour que , sans parler plus de ce qui s'étoit passé , le maréchal et la maréchale voulussent bien recevoir la visite de M. le Grand et de Mme d'Armagnac. Ils se raccommodèrent en effet, et furent aussi bien depuis que jamais : mais , pour les belles-sœurs qui n'eurent en aucun temps que des bienséances réciproques . cela ne les réchauffa pas plus qu'à l'ordinaire.

Ils perdirent en même temps un fort honnête homme, brave et autrefois beau et bien fait , mais qui n'étoit pas fait pour être leur beaufrère. Il s'appeloit M. d'Hauterive. Son nom étoit Vignier, comme la mère de M. de Noyon-Tonnerre , et ces Vignier n'avoient aucune naissance. Celui-ci avoit servi avec réputation et avoit été cornette des chevau-légers de la reine mère. La sœur du maréchal de Villeroy . aînée de Mme d'Armagnac , veuve en premières noces du dernier de la maison de Tournon , en secondes . du duc de Chaulnes . frère aîné de celui qui a été ambassadeur à Home, etc.. et gouverneur de Bretagne, puis de Guyenne, s'amouracha de ce M. d'Hauterive. et l'épousa publiquement malgré toute sa famille qui ne l'a jamais voulu voir depuis. Hauterive se conduisit avec tant d'égards et de respects avec le maréchal de Villeroy et M. et Mme d'Armagnac, qu'au bout de quelque temps ils voulurent bien le voir, et l'ont toujours bien traité toute sa vie. Toute sa vie aussi il fut galant . jusque dans sa vieillesse. Il y a lieu de juger qu'il en mourut. Il se trouva fort mal après avoir mis une paire de gants, et mourut brusquement avec des symptômes qui persuadèrent qu'il en avoit été empoisonné. Il étoit mal avec sa femme depuis assez longtemps, qui vivoit fort obscure.

Cossé enfin termma ses affaires et fut reçu duc et pair au parlement, bien servi par la liaison qui étoit entre le maréchal de Villeroy et le premier président Harlay. Je ne répète rien de cette affaire que j'ai expliquée à l'occasion de la mort du duc de Brissac , mon beau-frère , frère de la maréchale de Villeroy et cousin germain de celui-ci.

Rome perdit en Casanata un de ses plus illustres cardinaux, par sa piété, par sa doctrine, par le nombre et le choix des livres qu'il ramassa, et par le bien qu'il fit aux lettres. Il légua sa bibliothèque à la Minerve, à Rome, la rendit publique et y joignit tout ce qui étoit nécessaire pour l'entretenir et la rendre utile. Il mourut bibliothécaire de l'Église . dans la vingt-troisième année de son cardinalat.

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