FORCE BALS A LA COUR
composé de peu de pièces et petites, trouva moyen de surprendre la cour par la fête du monde la plus galante , la mieux entendue et la mieux ordonnée. Uu bal paré, des masques, des entrées, des boutiques de tout pays , une collation dont la décoration fut charmante ; le tout sans refuser personne de la cour . et sans foule ni embarras.
Une femme, depuis fort de mes amies, et qui, quoique bien jeune, commençoit à pointer par elle-même à la cour, qui y figura tôt après , et qui y seroit parvenue apparemment aux situations les plus flatteuses , si la petite vérole ne l'eût emportée quelques années après . y essuya une triste aventure. Le comte d'Évreux lui avoit plu ; à peine commençoit-on à s'en apercevoir. Un masque entra vers le milieu du bal avec quatre visages de quatre personnes de la cour: celui du comte d'Évreux en étoit un , et tous quatre en cire parfaitement ressemblants. Ce masque étoit couvert d'une robe ample et longue qui déroboit sa taille , et avoit dans cette enveloppe le moyen de tourner ces visages tout comme il vouloit avec facilité et à tous moments. La singularité de la mascarade attira tous les yeux sur lui. Il se fit force commentaires sur les quatre visages , et il ne fut pas longtemps sans être pris à danser. En ce premier menuet il tourna et retourna ses visages et en divertit fort la compagnie. Quand il l'eut achevé, voilà mon démon qui s'en va faire la révérence à cette pauvre femme , en lui présentant le visage du comte d'Évreux. Ce n'est pas tout, il dansoit bien et étoit fort maître de sa danse , tellement qu'il eut la malice de si bien faire . que , quelques tours et retours qu'il fît en ce menuet, ce même visage tourna toujours si à point, et avec tant de justesse, qu'il fut toujours vis-à-vis de la dame avec qui il dansoit. Elle étoit cependant de toutes les couleurs ; mais, sans perdre contenance, elle ne songea qu'à couper court. Dès le deuxième tour, elle présente la main; le masque fait semblant de la prendre , et d'un autre temps léger s'éloigne et fait un autre tour. Elle croit au moins à celui-là être plus heureuse : point du tout , même fuite et toujours ce visage sur elle. On peut juger quel spectacle cela donna, les personnes les plus éloignées en pied , d'autres encore plus reculées debout sur les bancs, pourtant point de huée. La dame étoit grande dame , grandement apparentée , et de gens en place et en crédit. Enfin elle en eut pour le triple au moins d'un menuet ordinaire. Ce masque demeura encore assez longtemps , puis trouva le moyen de disparoître sans qu'on s'en aperçût. Le mari masqué vint au bal dans ce temps-là; uu de ses amis en sortoit, je crois pour l'attendre ; il lui dit qu'il y avoit un flot de masques, qu'il feroit bien de laisser sortir s'il ne vouloit étouffer, et le promena en attendant dans la galerie des Princes. A la fin il s'ennuya et voulut entrer ; il vit le masque à quatre visages ; maiis , quoiqu'il en fût clioqué, il n'en fit pas semblant, et son ami lui avoit sauvé le menuet. Cela fit grand bruit, mais n'empêcha pas le cours des choses qui dura quelque temps. Ce qui est fort rare , c'est que , ni devant ni depuis, il n'a été question de personne avec elle, quoique ce fût un des plus beaux visages de la cour, et qui, sérieuse à un cercle ou à une l'ète. défaisoit toutes les autres iémmes et même plus belles qu'elle.
Un des bals de Marly donna encore une ridicule scène. J'en nommerai
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les acteurs, parce que la conduite publique ne laisse rien à apprendre. M. et Mme de Luxembourg étoient à Marly. On manquoit assez de danseurs et de danseuses . et cela fit aller Mme de Luxembourg à Marly , mais avec grand'peine, parce qu'elle vivoit de façon qu'aucune femme ne vouloit la voir. On en étoit là encore quand le désordre etoit à un ce rtain point : maintenant ou est malheureusement revenu de ces délicatesses. M. de Luxembourg étoit peut-être le seul en France qui ignorât la conduite de sa femme, qui vivoit aussi avec lui avec tant d'égards, de soins et d'apparente amitié, qu'il navoit pas la moindre défiance délie. Par même raison de faute de gens pour danser, le roi fit danser ceux qui en avoient passé l'âge , entre autres M. de Luxembourg. Il falloit être masqué ; il étoit, comme on a vu , fort des amis de M. le Duc et de M. le prince de Conti , et fort bien aussi avec M. le Prince , qui étoit l'homme du monde qui avoit le plus de goût pour les fêtes, les mascarades et les galanteries. 11 s'adressa donc à lui pour le masquer. M. le Prince . malin plus qu'aucun singe . et qui n'eut jamais d'amitié pour personne , y consentit pour s'en divertir et en donner une farce à toute la cour ; il lui donna à souper , puis le masqua à sa fantaisie. Ces bals de Marly . rangés ou en masque . étoient touj-ours , comme à Versailles , un carré long. Le fauteuil du roi , ou trois , quand le roi et la reine d'Angleterre y étoient, ce qui arrivoit souvent, et des deux côtés sur la même ligne la famille royale , c'est-à-dire jusqu'au rang de petitfils de France inclusivement. Quelquefois par dérangement, au milieu du bal. Mme la Duchesse et Mme la princesse de Conti s'approchoient sous prétexte de causer avec quelqu'un à côté ou derrière , et s'y mettoient aux dernières places. Les dames, les titrées les premières et sans mélange, puis les autres, occupoient les deux côtés longs à droite et à gauche; et vis-à-vis du roi les danseurs, princes du sang et autres: et les princes du sang qui ne dansoient pas . avec les courtisans derrière les dames; et, quoique en masque, tout le monde d'abord à visage découvert, le masque à la main. Quelque temps après le bal commencé, s'il y avoit des entrées ou des changements d'habits , ceux et celles qui en étoient en différentes troupes avec un prince ou une princesse sortoient . et alors on revenoit masqué , et on ne savoit en particulier qui étoient les masques. J'étois. moi surtout et plusieurs de nous, demeuré tout à fait brouillé avec M. de Luxembourg. Je venois d'arriver, et j'étois déjà assis lorsque je vis par derrière force mousseline plissée , légère . longue et voltigeante . surmontée d'un bois de cerf au naturel sur une coiffure bizarre, si haut qu'il s'embarrassa dans un lustre. Nous voilà tous, bien étonnés d'une mascarade si étrange, à nous demander avec empressement, qui est-ce? et à dire qu'il falloit que ce masque-là fût bien sûr de son front pour l'oser parer ainsi , lorsque le masque se tourne et nous montre M. de Luxembourg. L'éclat de rire subit fut scandaleux. Le hasard fit qu'un moment après, il vint s'asseoir entre M. le comte de Toulouse et moi , qui aussitôt lui demanda où il avoit été prendre cette mascarade. Le bon seigneur n'y entendit jamais finesse , et la vérité est aussi qu'il étoit fort éloigné d'être fin en rien. Il prit bénignement les rires , qui ne se pouvoient contciir