MARIAGE DU ROI DES ROMAINS
monde et parmi ses confrères . ami intime de M. de la Trappe . et ami aussi de mon père, ainsi que ses frères. Il vint trop tard à Paris se faire tailler, et en mourut de la manière la plus sainte, la plus édifiante, et qui répondit le mieux à toute sa vie.
Le duc de Choiseul. las de sa misère, épousa une sœur de l'ancien évêque de Troyes , et de la maréchale de Clérembault . fille de Chavigny , secrétaire d'État. Elle étoit veuve de Brûlart . premier président du parlement de Dijon, et fort riche, dont elle n'avoit qu'une fille. Quoique vieille . elle voulut tâter de la cour et du tabouret; elle en trouva un à aclieter. el le prit.
Malgré la paix , l'empereur gardoit peu de bienséances : il fut plus de trois mois sans donner part au roi du mariage du roi des Romains', son fiis. avec la seconde fille de la duchesse d'Hanovre qui avoit été ici longtemps . et que j'ai rapporté ci-dessus en être sortie de dépit de son aventure avec Mme de Bouillon. Elles étoient à Modène. où l'aînée avoit épousé le duc de Modène qui avoit quitté le chapeau qu'il avoit porté longtemps, pour succéder à son frère, mort sans enfants, et se marier. Le prince de Salm , grand maître de la maison du roi des Romains . dont il avoit été gouverneur, et en grand crédit auprès de lui et dans la cour de l'empereur, fit ce mariage. Il étoit veuf de la sœur de Mme la princesse et de la duchesse d'Hanovre, et compta avec raison faire un grand coup pour lui que de faire sa nièce reine des Romains. L'empereur les fit venir de Modène, et fit célébrer ce mariage dans le mois de janvier. Ce fut par un simple courrier qu'il en donna enfin part . chargé d'une lettre en italien de sa main pour le roi. Il n'avoit aucun ministre ici. La morgue impériale est telle qu'elle refuse encore la Majesté a.u roi, dans les lettres qu'on appelle de chancellerie, c'est-à-dire qui commencent par les titres très-haut, etc., et sont contre-signées. La morgue francoise n'en veut point recevoir sans Majesté . de sorte que ces sortes de lettres sont bannies entre eux. et qu'ils s'écrivent toujours l'un à l'autre de leur main, avec la Majesté réciproque, et une égalité en tout parfaite. Le roi y avoit Villars. avec caractère d'envoyé. La préséance de la France sur l'Espagne ne perraettoit pas d'avoir un ambassadeur à Vienne , que cette cour eût fait précéder tant qu'elle auroit pu par celui d'Espagne . pour la dignité de la maison d'Autriche.
"Villars avoit reçu une incivilité très-forte dans l appartement de l'empereur, du prince de Lichtenstein , sur ce qu'il ne voyoit point l'archiduc , que les ministres du roi ne visitoient point . à cause de quelque ombarras de cérémonial. Villars prétendit une réparation authentique, se "étira de la cour, et dépêcha un courrier. Le nonce de Vienne et les autres ministres étrangers s'en mêlèrent inutilement; Villars eut ordre de s'en revenir sans prendre congé, si la réparation ne lui etoit point faite. On la différa tant, que Villars résolut de partir : sur le point qu'il alloit monter en voiture , on le pria de rester , et on l'assura de la satis-
i. On donnait le litre de roi des Romains au prince désigné par les électeurs pour succéder au irôno impérial. Ce prince était :Uors Joseph, né en 4676, roi des Romaine depuis 4690, empereur en 4705, mort en 4744.