‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 62 sur 348 · ABBÉ DE SOUBISE · texte numérisé non relu

ABBÉ DE SOUBISE

d'Henri IV se retira à la Flèche, qu'il partageoit avec les jésuites , qu'il avoit plus que personne fait rappeler et rétablir, et dont j'ai raconté la mort singulière à propos du mariage d'un de ses descendants avec une fille de Tessé. Cette La Vareune étoit donc la bisaïeule de l'abbé de Soubise. Comment la compter parmi les seize quartiers à prouver? comment lasauter? Cette difficulté n'étoit pas médiocre. On ne fit ni l'un ni l'autre. Camilly , fin Normand, de beaucoup d'esprit et d'adresse, étoit grand vicaire de Strasbourg et de ces sous-chanoines sans preuves, et Labatie . qui n' avoit ni moins d'esprit , de souplesse et d'industrie , se trouvoit lieutenant de Strasbourg , et tous deux gens vendus à leurs vues . à la cour et à tout faire. Par le conseil de la comtesse de Fiirstemberg , de laquelle je parlerai après , Mme de Soubise se livra à eux , mais avec le roi en croupe, qui leur fit parler à l'oreille en maître et en amant: car, bien que le commerce fini . il le demeura toute sa vie , ou en usa commt s'il l'eût encore été. Ces deux hommes firent si bien que les preuves tombèrent à des commissaires , bons Allemands , grossiers , ignorants . et fort aisés à tromper; on les étourdit du grand nom de MM. df Rohan : on les éblouit de leurs dignités et de leurs établissements ; on les accabla de leur rang de prince étranger , et on les mit aisémen: hors de tout doute sur les preuves qu'on ne leur présenta que comme une cérémonie dont personne n'étoit dispensé, et dont l'abbé de Soubise avoit moins besoin d'être dispensé que personne.

Ces Avaugour prennent très-franchement le nom de Bretagne.MM.de Bohan ont épousé plusieurs filles ou sœurs des ducs de Bretagne; on ne le laissa pas ignorer aux commissaires qui ne se doutèrent point de la totale différence de cette dernière Bretagne-ci : et, quant à sa mère, on la leur donna effrontément pour être d'une ancienne maison de La Vareune eu Poitou, depuis longtemps éteinte , avec qui ni les Avaugour ni les Rohan n'eurent jamais aucune alliance. Par ces adresses, ou plutôt hardiesses, l'abbé de Soubise passa haut à la main, fut admis et reçu dans le chapitre , et. sa brillante Sorbonne achevée , y alla faire ses stages, y déployer ses agréments et ses charmes, et capter le chapitre et tout ce qui est à Strasbourg. Ce grand pas toutefois n'étoit que le premier échelon et le fondement indispensable de la grandeur où la belle dame destinoit un fils, en la fortune duquel le roi ne se croyoit pas moins intéressé qu'elle . et qu'il désiroit par d'autres détours égaler à MM. du Maine et de Toulouse; il ne s'agissoit donc de rien moins que de lui assurer l'évêché de Strasbourg.

Quelle que fût la bonne volonté du roi pour Mme de Soubise , il se trouvoit des obstacles à cette affaire, qui furent peut-être autant surmontés par la conjoncture que par la seule faveur. L'abbé d'Auvergne étoit depuis longtemps chanoine de Strasbourg , il y avoit fait de longs séjours; il avoit. mis un de ses frères dans ce chapitre : depuis que le cardinal de Bouillon étoit à Rome il lui en avoit obtenu la première dignité, qui e.st celle de grand prévôt, et le cardinal lui-même s'y étoit fait chanoine. L'abbé d'Auveru-ne étoit prètro-coadiiteur do Cluni. et son oncle, pour l'avancer, n'avoit pas trouvé au-ilessou^ de sa vanité de le faire grand vicaire de l'archevêque de Vienne Moutmorin , et de

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