COADJUTORERIE DE STRASBOURG
Ut pouvoit s'en passer. Elle étoit prodigue en toutes sortes de dépenr ; des habits sans fin , plus beaux les uns que les autres: des dear lies parfaites en contusion, et tant de garnitures et de linge qu'il ne !. ; blanchissoit qu'en Hollande; un jeu effréné où elle passoit les nuits (.!;ez elle et ailleurs, et y faisoit souvent le tour du cadran; des parures, des pierreries, des joyaux de toutes sortes. C'étoit une femme qui n'airaoit qu'elle, qui vouloit tout, qui ne se refusoit rien, non pas même, disoit-on , des galanteries, que le pauvre cardinal payoit comme tout le reste. Avec cette conduite elle vint à bout de l'incommoder si bien qu'il fallut congédier la plupart de sa maison, et aller épargner six à sept mois de l'année à la Bourdaisière, près de Tours, qu'elle emprunta d'abord de Dangeau et qu'elle acheta après à vie. Elle vivoit dans cette détresse pour avoir de quoi se divertir à Paris le reste de l'année , lorsque Mme de Soubise songea tout de bon à la coadjutorerie pour son fils.
Elle avoit rapproché de loin la comtesse, et je n'ai pas vu que personne se soit inscrit en faux , ni même récrié contre ce qui se débitoit d'abord à l'oreille, et qui fit après grand fracas, qu'elle avoit donné beaucoup d'argent à la comtesse pour s'assurer d'elle . et par elle du cardinal. Ce qui est certain, c'est que, outre les prodigieuses pensions que le cardinal tiroit du roi , toujours fort bien payées, il toucha en ce temps-ci une gratification de quarante mille écus. qu'on fit passer pour promise depuis longtemps. Mme de Soubise , s'étant assurée de la sorte de la comtesse et du cardinal , scella sou affaire . et les faisant remercier par le roi à Toreille , et tout de suite, fait envoyer ordre au cardinal de Bouillon de demander au pape , au nom du roi , une bulle pour faire assembler le ch-apitre de Strasbourg pour élire un coadjuteur avec future succession, et un bref d'éligibilité pour l'abbé de Soubise.
Cet ordre fut un coup de foudre pour le cardinal de Bouillon , qui ne s'attendoit à rien moins. Il ne put soutenir de se voir échapper cette magnifique proie , qu'il croyoit déjà tenir par tant d'endroits. Il lui fut encore plus insupportable d'en être le ministre. Le dépit le transporte et l'aveugle assez pour s'imaginer , qu'en la situation si différente où Mme de Soubise et lui sont auprès du roi , il lui fera changer une résolution arrêtée , et rompre l'engagement qu'il a pris. Il dépêche au roi un courrier, lui m.'.niie qu'il n'y a pas bien pensé, lui met en avant des scrupules , comme s'il eût éto un grand homme de bien , et par ce mêmt courrier i cril aux chanoines de Strasbourg une lettre circulaire pleine de fiel , d'esprit et de compliments. Il leur mandoit que le cardinal d'V Fùrstemberg i toit aussi en état de résider que jamais (c'étoit à dire qu'Ei n'y avoit jamais résidé et qu'on s'en passeroit bien encore), que l'abbé de Soubise étoit si jeune qu'il y avoit d( la témérité à s'y fier, et .;u'un homme qu'on mettoit en état sitôt de n'avoir plus à craindre ni à espérer se gâtoit bien vite, et il leur l'aisoit entendre, comme il l'avoit fait au roi, que le cardinal de Fiirstemberg, gouverné comme il l'étoit par sa nièce, n'étoit gagné au préjudice de ses neveux que par le gros argent qu'elle avait touché de Mme de Soubise. Il est vrai qu'il eu-