S6 TRAITÉ DE PARTAGE [ITOO
de secrétaire d'Etal et de greffier de l'ordre données à son Gis, en épousant Mlle de MaiUy, et le râpé de l'ordre au chancelier. — Cauvisson, lieutenant général de Languedoc par M. du Maine. — Noailles, archevêque de Paris, lail cardinal. — Abbé de Vaubrun exilé. — Ruses et opiniâtre ■ désobéissance du cardinal de Bouillon qui devient doyen et que le roi dépouille. — Argent à Mgr le duc de Bourgogne. — Cent mille livres à ^Mansart. — Détails de rassemblée du clergé. — Jésuites condamnés par la Sorbonne sur la Chine. — P. de La Rue, confesseur de Mme la duchesse de Bourgogne, au lieu du P. Le Comte renvoyé — Rage du P. Tellicr. — Jésuites affranchis pour toujours des impositions du clergé. — Pelletier va visiter les places et ports de l'Océan. — M. de Vendôme retourne publiquement suer la vérole. — Mort de la duchesse d'Uzès. — Mariage du duc d'Albemarle avec Mlle de Lussan. — Mme Chamiliarl, pour la première femme de contrôleur général, admise dans les cai rosses et à manger avec Mme la duchesse de Bourgogne. — L'évèque de Chartres gagne son procès contre son chapitre de la voix du roi unique. — M. de Reims cède la présidence de l'assemblée générale du clergé à M. de \oailIes. — Comte d'Albert cassé. — Etrange embarras de M. le prince f!e Conti avec M. de Luxembourg. — Mme de Villacerf admise dans les carrosses et à manger avec Mme la duchesse de Bourgogne. — Dons pécuniaires à M. le prince de Conti, à M. de Duras et à Sainte-Maure. — Fiançailles de La Vrillière et de Mlle de Mailly et leur mariage. — P. Martineau, confesseur de Mgr le duc de Bourgogne, à la place du feu P. Valois — Mort de Le Nôtre. — Mort de LalrilTe, procureur général. — D'Aguesseau , avocat général, fait procureur général en sa place.
Le traité de partage de la monarchie d'Espagne commençoit à faire grand bruit en Europe. Le roi d'Espagne u'avoit point d'enfants ni aucune espérance d'en avoir. Sa santé, qui avoit toujours été très-foible. étoit devenue très-mauvaise depuis deux ou trois ans , et il avoit été à l'extrémité depuis un an à plusieurs reprises. Le roi Guillaume, qui, depuis les succès de son usurpation, avoit fort augmenté son crédit par la confiance de tous les ahiés de la grande alliance qu'il avoit ourdie contre la France, et dont il avoit été l'âme et le chef jusqu'à la paix de Ryswick. et qui se l'étoit depuis conservée sur le même pied, entreprit de pourvoir de façon à cette vaste succession que , lorsqu'elle s'ouvriroit, elle ne causal point de guerre. Il n'aimoit ni la France ni le roi, et dans la vérité il étoit payé pour les bien haïr; il eu craignoit l'agrandissement; il venoit d'éprouver, par l'union de toute l'Europe contre elle, dans une guerre de dix ans. quelle puissance c'étoit. après toutes celles dont ce règne n'avoit été qu'un tissu plein de conquêtes. Malgré les renonciations de la reine, il n'osa espérer que le roi vît passer toute cette immense succession sans en tirer rieu: il avoit vu. par les conquêtes de la Franche-Comté et d'une partie de la Flandre , le peu de frein de ces renonciations. Il songea donc à un partage que l'appât de le recueillir en paix, et sous la garantie des puissances principales, pût faire accepter au roi. et qui filt tel en même temps qu'il n'augmentât pas sa puissance, ne fût qu"uû arror^dissement léger vers des frontières bien assurées, et que ce qu'il auroit do plus fût si éloigné que la difUculte de le conserver le tînt toujours en brassière et ses successeurs après lui. En même teiuiis il voulut
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bien assurer les bords de la mer . du côté de l'Angleterre , et mettre ses chers Hollandois à l'abri de la France, et parta^jer l'empereur si grandement, qu'il eût lieu de s'en contenter, et de ne pas regretter une totalité qu'il n'avoit pas la jiuissance d'espérer contre la France. Il ne destinoit donc à celle-ci. jiour ainsi parler, que des rognures. Ce fut pour cela qu'il s'en voulut assurer d'abord . comme la prévoyant la plus .jifficile à se contenter de ce qu'il lui vouloit offrir, et que, sûr, s'il le pouvoit, de son acceptation, il n'eût à présenter à l'empereur que la plus riche et la plus grande partie avec un nom qui pouvoit passer pour le tout, et que la tentation d'une si ample monarchie, sans coup férir, le consolât du reste, et la lui fît promptemeut accepter.
Son plan arrêté fut donc de donner à l'archiduc, deu.xième fils de l'empereur , l'Espagne et les Indes avec les Pays-Bas et le titre de roi d'Espagne : le Guipuscoa à la France , parce que l'aridité et la difficulté de cette frontière est telle, qu'elle étoit demeurée en paix de tout ce règne, au milieu de toutes les guerres contre l'Espagne; Naples et Sicile , dont l'éloignement et le peu de revenu étoit plutôt un embarras et un sauve-l'honneur qu'un accroissement, et dont la conservation tiendroit à l'avenir la France en bride avec les puissances maritimes; la Lorraine, qui étoit un arrondissement très-sensible: mais qui ne portoit pas la France au delà d'où elle étoit . et qui en temps de guerre ne la soulageoit que d'une occupation qui ne lui coùtoit rien à faire : et pour dédommagement le Milanois à M. de Lorraine , qui y gagnoitles trois quarts de revenu et d'étendue, et, d'esclave de la France par l'enclavement de la Lorraine . de devenir un prince puissant et libre en Italie , et qui feroit compter avec lui.
Le roi d'Angleterre fit donc d'abord cette proposition au roi, qui, las de la guerre et dans un âge et une situation qui lui faisoient goûter le repos, disputa peu et accepta. M. de Lorraine n'étoit ni en intérêt ni en état de ne pas consentir au changement de pays que l'Angleterre avec la Hollande lui proposèrent d'une part , et le roi de l'autre qui lui envoya Caillières. Cela fait, il fut question de l'empereur. Ce fut où tout le crédit et l'adresse du roi d'Angleterre échoua : l'empereur vouîoitla succession entière : il se tenoit ferme sur les renonciations du mariage du roi; il ne pouvoit souffrir de voir la maison d'Autriche chassée d'Italie (et elle l' étoit entièrement par le projet du roi d'Angleterre qui donnoit à la France les places maritimes de Toscane que l'Espagne tenoit , connues sous le nom de y H Presidii). Pressa par YiUars . envoyé du roi , par l'Angleterre , par la Hollande . qui avoient signé le traité . et qui lui faisoient entendre qu'ils se joindroient contre lui s'il s'opiniâtroit dans le refus d'un si beau partage , il se tint ferme à répondre qu'il étoit inouï , et contre tout droit naturel et des gens . de partager une succession avant qu'elle fût ouverte: et qu'il n"entendroit jamais à rien là-dessus pendant la vie du roi d'Espagne, chef de sa maison, et qui lui étoit si proche. Cette résistance, et plus encore l'esprit de cette résistance . divulgua bientôt le secret qui devoit durer jusqu'à la mort du roi d'Espagne, qui fut averti par l'empereur et pressé de faire son testament en faveur de l'archiduc et de sa propre maison