‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 72 sur 348 · DÉSOBÉISSANCE DU CARDINAL DE BOUILLON · texte numérisé non relu

DÉSOBÉISSANCE DU CARDINAL DE BOUILLON

nat n'échappât pas aux François, et ajoutoit qu'il altendroit ses ordres à Caprarole, qui est une magnifique maison du duc de Parme, à huit lieues de Rome, à faire des remeiies dont sa santé avoit, disoit-il. grand besoin. Il avoit pris le parti de s'adresser au P. de La Chaise, parce que M. de Torcy lui avoit enfin mandé (iue le roi lui avoit défendu d'ouvrir aucunes de ses lettres, ni de lui en rendre aucunes dt lui. Les jésuites lui étoient de tout temps entièrement dévoués; et il espéra de la voix touchante et accréditée du confesseur. Mais il trouva cette porte aussi fermée que celle de M. de Torcy , et le P. de La Chaise lui manda qu'il avoit reçu les mêmes défenses. Il avoit offert en même temps la (îémission de son canonicat de Strasbourg. Comme on n'en avoit aucun besoin, elle fut refusée, et un nouvel ordre d'obéir et de partir sur-lechamp lui fut renvoyé par un nouveau courrier.

Tous ces divers prétextes , les courriers du cardinal de Bouillon . chargés de faire peu de diligence, ceux du roi retenus par le cardinal le plus qu'il pouvoit, tirèrent tant de long qu'il parvint à atteindre ce qu'il désiroit. Le cardinal Cibo mourut à Rome le 21 juillet. Le cardinal de Bouillon, qui n'en étoit qu'à huit lieues, à Caprarole. averti de son extrémité, alla à Rome la veille de sa mort, et dépêcha un courrier par lequel il manda au roi qu'il avoit reçu son dernier ordre de partir, mais que l'extrémité du cardinal Cibo l'avoit fait retourner à Rome pour opter le décanat et partir vingt-quatre heures après, persuadé que le roi ne trouveroit pas mauvais un si court délai à lui obéir par l'importance de conserver le décanat à un François. Cela s'appeloit se moquer du roi et de ses ordres, et être doyen malgré lui. Aussi le roi en témoigna-t-il sa colère le jour même qu'il reçut cette nouvelle, en parlant à Monsieur et à M. de Bouillon, quoique avec bonté pour lui: cependant la mauvaise santé du pape empêcha qu'il ne pût tenir ' consistoire . et par conséquent le cardinal de Bouillon d'opter l'évêcaé ti'Ostie . tant qu'enfin le roi, ne pouvant plus souflrir une si longue dérision de ses ordres, envoya ordre à M. de Monaco, son ambassadeur, de lui commander de sa part de donner la démission de sa charge de grand aumônier, d'en quitter le cordon bleu , et de faire ôter les armes de France de dessus son palais, et de défendre à tous les François de le voir, et d'avoir aucun commerce avec lui.

M. de Monaco, qui haïssoit le cardinal de Bouillon, surtout pour avoir traversé sa prétention d'altesse, exécuta cet ordre fort volontiers, après l'avoir concerté avec les cardinaux d'Estrées. Janson et Coislin-, le cardinal répondit qu'il recevoit avec respect les ordres du roi et ne s'expliqua pas davantage. Quoiqu'il dût bien s'attendre qu'à la fin la bombe crèveroit, il en parut accablé; mais, comme il n'avoit pu se résoudre à obéir sur le départ et perdre le décanat, il ne le put encore sur la démission de sa charge : il se crut si grand d'être doyen du sacré collège qu'il ne pensa pas au-dessus de lui de commencer avec éclat une lutte avec le roi. qu'il n'avoit jusqu'alors soutenue qu'à la sourdine, et .sous le masque des adresses et des mensonges. Mais il faut encore interrompre ici cette matière qui arriéreroit trop sur les autres.

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