‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 75 sur 348 · M. DE REIMS CÈDE A M. DE NO AILLES · texte numérisé non relu

M. DE REIMS CÈDE A M. DE NO AILLES

modération et l'estime qu'il ne pouvoit lai refuser facilita fort le retour Ce prélat étoit fort loin d'être janséniste ni quiéliste, comme on a vu, mais d'autre part, il n'airaoit point les jésuites, les tenoit de court et bas, et partageoit fort avec le P. de La Cliaise la distribution des bénéfices sans en prendre pour soi ni pour les siens. Malheureusement comme je l'ai dit ailleurs, ses choix ne furent pas bons; il infecte l'épiscopat d'i-'norants entêtés, ultramontains, barbes sales de Saint- Sulpice et de tous gens de bas lieu et du plus petit génie , ce qm n'a élu [ue trop suivi depuis.

L'archevêque de Reims . ravi de présider l'assemblée du clergé lors fort bien composée , y brilla par sa doctrine, par sa capacité, par sa dépense. Il étoit fort bien avec le roi et fort soutenu de Barbezieux. .son neveu, qui tiroit de sa place une grande autorité. Dans les commencements , le prélat contraignoit son naturel brutal comme sont tous ceux de sa famille , et plus que qui ce soit les bourgeois porp/ti/ro(/enè<es', c'est-à-dire nés dans toute la considération et le crédit d'un long et puissant ministère; mais peu à peu l'homme revient à son naturel. Celui-ci bien ancré . ce lui sembloit . dans l'assemblée , s'y contraignit moins et de l'un à l'autre se permit tant de brutalités et d'incartades qu'il la banda entièrement contre lui; il y reçut tant de dégoûts et y essuya tant de refus de choses que le moindre de l'assemblée eût fait approuver s'il les eût proposées , qu'il se détermina au remède du monde le plus honteux et dont il fit le premier exemple. M. de Paris étoit devenu cardinal depuis l'ouverture de l'assemblée, et depuis peu de jours le roi lui avoit donné le bonnet apporté par l'abbé de Barrière . camérief d'honneur du pape. S'il l'eût été avant Couverture . la présidence lui pouvoit être offerte et acceptée. C'eût été un dégoût pour M. de Reims, l'ancien des archevêques députés, mais moindre par la qualité de diocésain, jointe à celle de cardinal, dans le cardinal de Noailles; mais da se le mettre, à la moitié et plus de rassemblé?, sur la tête, cela ne s'étoit jamais pratiqué. C'est pourtant ce que fit l'archevêque de Reims, qui lui-même y fit entrer le roi , en lui avouant qu'il ne trouvoit plus qu'obstacles personnels à tout ce qu'il étoit a propos de faire, tellement que le cardinal de Noailles présida tout le reste de l'assemblée, et M. de Reims n'y fît plus de rien que de sa présence en second. Avec son siège , sa pourpre , sa faveur , sa douceur , ses mœurs , sa piété et son savoir , il gouverna toute l'assemblée sans peine , et s'y acquit beaucoup de réputation.

C'étoit un homme fort modeste, et continuellement résidant à Châlons,où il n'y avoit pas occasion de faire montre de sa capacité ea affaires ni en doctrines. Un air de béatitude que sa physionomie preseutoit, avec un parler gras, lent et nasillard, la faisoit volontiers prendre pour niaise, et sa simplicité en tout pour bêtise. La surprise fut grande, quand par des discours sur-le-champ, et sur des matières de doctrine ou d'affaires qui . naissant dans les séances - ne pouvoient laisser aucun

i . On donnait le nom de porphjrogtinttes, ou nés dans la pourpre, aux fils des empereurs byzantins nés depuis l'avéneraent de leur père vu trône.

iOO COMTE D' ALBERT CASSÉ. [1700]

soupçon de la préparation la plus légère , on reconnut un grand fond d'érudition d'une part, de capacité de l'autre, d'ordre et de netteté en tous les deux, avec le même style de ses mandements et de ses écrits contre M. de Cambrai, et sur d'autres matières de doctrine, et sans sortir de sa simplicité ni de sa modestie. On vit cet homme, qui à Paris comme à Châlons se contentoit de son bouilli avec deu.x petites et grossières entrées, servi splendidement et délicatement, et, l'occasion passée, retourner tout court à son petit ordinaire, en gardant toujours ses officiers pour s'en servir quand il étoit nécessaire. Jamais grand sei.a:neur ni cardinal qui. sans sortir d'aucune bienséance, fût moins l'un et l'autre, et jamais ecclésiastique plus prêtre ni plus évéque qu'il le fut toujours.

Le roi ordonna que les comtes d'Uzès et d'Albert, acc\isés de duel contre les comtes de Rantzau . Danois , et de Schwartzenberg . Autrichien, se remettroient à la Conciergerie ; ils prirent le large. Barbezieux envoya courre après son beau-frère, qui sur sa parole se remit: le comte d'Albert ne revint que longtemps après dans la même prison. Il fut cassé pour sa désobéissance . et le roi voulut que Monseigneur disposât de son régiment de dragons qu'il avoit. A la fin ils sortirent l'un et l'autre, mais le comte d'Albert, avec tout le crédit de M. de Chevreuse . et la belle action qu'il avoit faite de s'être jeté dans Namur à travers les assiégeants et d'y être entré à la nage son épée entre ses dents, ne put jamais être rétabli. Il étoit plus que bien avec Mme de Luxembourg . Rantzau aussi ; cela fit la querelle . dont la raison fut sue de tout le monde et fit un étrange bruit. M. le prince de Conti me conta en revenant de Meudon qu'il n'avoit jamais été si embarrassé, ni n'avoit tant soufl'ert en sa vie. Il étoit, comme on l'a vu, ami intime de feu M. de Luxembourg et l'étoit demeuré de même de celui-ci. A Meudon on ne parloit que de ce combat et de sa cause.

M. de Luxembourg étoit le seul qui l'ignorât. Il la demandoit à tout le monde . et , comme on peut croire . personne ne la lui voulut apprendre; lui aussi ne comprit jamais ce secret, et alla à maintes reprises à M. le prince de Conti pour le savoir, avec des presses et des instances à le mettre au désespoir. Il en sortit pourtant sans le lui dire , et il m'assura qu'il n'avoit jamais été si aise de sortir de Meudon et delà fin du voyage , pour éviter M. de Luxembourg jusqu'à ce qu'il n'en fût plus question.

Le roi , pressé par Mme la duchesse de Bourgogne . bonne et facile , permit l'entrée de ses carrosses et de manger avec elle, à Mme de Villacerf , qui étoit Saint-Nectaire et femme de son premier maître d'hôtel, sur l'exemple de Mme de Chamarande, quoique Mme de ViUacerf. la mère , en pareille place et femme d'un homme bien plus accrédité et considéré, n'eût jamais osé y prétendre; mais aussi d'elle, elle n'étoit rien.

Il donna aussi à M. le prince de Conti dix-huit mille livres d'augmentation de pension, et à M. de Duras vingt-mille livres d'augmentation d'appointements de son gouvernement de Franche-Comté. Monseigneur donna aussi deux mille louis à Sainte-Maure . qui lui fit représenter

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