Louise de Savoie, première femme de Philippe V
118 CONSEIL d'État D ESPAGNE [1700]
premières secrétaireries en Espagne. Il étoit arrivé à l'Universelle ' par s'être distingué dans divers endroits importants. Il avoit l'esprit souple, poli , délié , fin , avec cela ferme , net et voyoit clair avec grande capacité et pénétration dans les affaires , intègre pour un homme élevé dans ces emplois-là , et uniquement attaché au bien , à la grandeur et à la conservation de la monarchie.
J'oubliois le vieux Mancera , de la maison de Tolède , qui aroit eie ambassadeur à Venise et en Allemagne , puis vice-roi de la Nouvelle- Espagne , à son retour majordome-major de la reine mère , enfin conseiller d'État. C'étoit encore un personnage à l'antique, en mœurs, en vertu , en désintéressement , en fidélité , en attachement à ses devoirs , avec une piété effective et soutenue, sans qu'il y parût, doux, accessible poli , bon , avec l'austérité et l'amour de toutes les étiquettes espa- 'jnoles. C'étoit un homme qui pesoit tout avec jugement et discernement, et qui , une fois déterminé par raison à un parti , y étoit d'une fidélité à toute épreuve, savant avec beaucoup d'esprit et le plus honnête homme qui fût en Espagne.
Outre ce conseil d'État, que je n'ai pas rangé dans l'exactitude du rang ni parlé de tous ses membres, il y avoit encore quelques seigneurs dont les grands emplois ne permettoient pas qu'il se délibérât rien d'aussi important sur la monarchie sans eux. Tels étoient le duc de Medina- Sidonia, l'aîné des Guzman, majordome-majoi' du roi; le comte de Benavente, l'aîné des Pimentel, sommelier du corps; don Fernand de Montcade dit d'Aragon, duc de Montalte, président des conseils d'Aragon et des Indes; don Nicolas Pignatelli, duc de Monfeléon, chevalier de la Toison, qui a été vice-roi de Sardaigne, et un des plus grands seigneurs des royaumes de Naples et de Sicile; et le marquis de Villena ou duc d'Escalona, par son rare mérite et les grands emplois par lesquels il avoit passé.
Medina-Sidonia 2 étoit un homme très bien fait, d'environ soixante ans, qui ne manquoit pas d'esprit, vrai courtisan, complaisant, liant, assidu, fort haut, très glorieux ; en même temps très poli, libéral, miignifique, ambitieux à l'excès et d'une probité peu contraignante, de ces hommes enfin à qui il ne manque rien pour cheminer et pour arriver dans les cours, et grand autrichien. Il étoit aîné de la maison de Guzman.
Benavente, fort bon homme et le meilleur des hommes, sans esprit, sans talent aucun, mais plein d'honneur, de droiture, de probité et de piété.
Montalte, homme d'esprit, de courage, de capacité et d'une foi suspecte, mais qui en savoit plus qu'aucun, fort autrichien, profond dans ses vues et dans ses voies, que tous regardoient mais sans se fier en lui.
Montelcon, italien jusque dans les moelles et autrichien de même, c'est-à-dire tout plein d'espiii, de sens, de vues, et, au besoin, de perlidii-, avec beauc(jup de capacité et des dehors fort agréables, mais trop connu pour que personne osât lui faire aucune ouverture ni qu'on pût
1. A la secrétairerie universelle, sorte de ministère d'État.