ET QUELQUES AUTRES SEIGNEURS
jamais compter sur lui. Il avoit épousé la petite-fille et héritière de cette duchesse de Terranova qui fut camarera-mayor de la reine , fille de Monsieur . à qui elle donna tant de déplaisirs , et qui à la fin se la fit ôler , chose sans exemple en Espagne , et qui l'a fait duc de 'l'erranova.
Escalona, mais qui plus ordinairement portoit le nom de Villena. étoit la vertu, l'honneur, la prohité, la foi, la loyauté, la valeur, la piété, l'ancienne chevalerie même, je dis celle de l'illustre Bayard, non pas celle des romans et des romanesques. Avec cela beaucoup d'esprit, de sens, de conduite, de hauteur et de sentiment, sans gloire et sans arrogance , de la politesse , mais avec beaucoup de dignité , et par mérite et sans usurpation , le dictateur jjerpétuel de ses amis , de sa famille , de sa parenté, de ses alliances qui tous et toutes se rallioient à lui. Avec cela beaucoup de lecture, desavoir, de justesse et de discernement dans l'esprit, sans opiniâtreté, mais avec fermeté, fort désintéressé, toujours occupé, avec une belle bibliothèque et commerce avec force savants dans tous les pays de l'Europe , attaché aux étiqu«ttes et aux manières d'Espagne , sans en être esclave , en un mot un homme du premier mérite , et qui par là a toujours été compté , aimé , révéré beaucoup plus que par ses grands emplois , et qui a été assez heureux pour n'avoir contracté aucune tache de ses malheurs militaires en Catalogne'.
Enfin Villagarcias , qui n'étoit ni grand ni conseiller d'Ëtat, mais qui éloit Guzman, vice-roi de Valence, homme de beaucoup d'esprit et de talent, qui se trouvoit lors à Madrid, et parent proche et ami de confiance de plusieurs conseillers d'État^.
Villafranca fut un des premiers qui ouvrit les yeux au seul parti qu'ils avoient à prendre pour empêcher le démembrement de la monarchie , et se conserver par là toute leur grandeur particulière à eux-mêmes, en demeurant sujets d'un aussi grand roi. qui , retenant toutes les parties de tant de vastes États, auroit à conférer les mêmes charges, les mêmes vice-royautés , les mêmes grâces : il songea donc à faire tomber l'entière succession au deuxième fils du fils unique de la reine, sœur du roi d'Espagne. Il s'en ouvrit comme en tâtonnant à Medina-Sidonia . quoiqu'il ne fût pas du conseil, mais, par sa charge et son esprit, en grande figure et en faveur, et avec qui il étoit en liaison particulière. Celui-ci qui le respectoit et qui le savoit aussi autrichien que lui-même . mais qui étoit gouverné par soii intérêt, et qui, par conséquent, craignoit sur toutes choses le démembrement de la monarchie , entra dans le sentiment de Villafranca, et l'y affermit même par son esprit et ses raisons. Ces dernières étoient claires : la puissance de la France étoit grande et en grande réputation en Europe, contiguë par mer et par terre de tous les côtés à l'Espagne . en situation par conséquent de l'attaquer ou de la soutenir avec succès et promptitude, tout à fait frontière des Pays-Bas. et en état d'ailleurs de soutenir le Milanois, Naples et
4. Saint-Simon revient, à l'époque de son ambassade en Espagne, sur le marquis de Villena, mais sans répéter ce portrait, qui méritait bien d'être Eonservé.
■2. Fin du second passage supprimé dans les précéilciitcs édition».