‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 93 sur 348 · TESTAMENT DU ROI D'ESPAGNE. [17ÙÛ · texte numérisé non relu

TESTAMENT DU ROI D'ESPAGNE. [17ÙÛ

accepter le testament. — Monseigneur [parle] avec force pour accepter. — Résolution d'accepter le testament. — Surprise du roi et de ses ministres.

Cependant le roi d'Espagne étoit veillé et suivi de près , dans l'espé rance où étoit le cardinal pour le disposer à une parfaite et promp obéissance à la décision qu'il attendoit, de manière que, lorsqu'ell arriva, il n'y eut plus à vaincre que des restes impuissants de repu gnance et à mettre la main tout de bon à l'œuvre; Ubilla, uni à ceux du secret, fit un autre testament en faveur du duc d'Anjou , et le dressa avec les motifs et les clauses qui ont paru à tous les esprits désintéressés si pleines d'équité , de prudence , de force et de sagesse , et qui est devenu si public que je n'en dirai rien ici davantage. Quand il fut achevé d'examiner par les conseillers d'État du secret . Ubilla le porta au roi d'Espagne avec l'autre précédent fait en faveur de l'archiduc; celui-là fut brûlé par lui en présence du roi d'Espagne , du cardinal et du confesseur, et l'autre tout de suite signé par le roi d'Espagne et un moment après authentiqué au-dessus, lorsqu'il fut fermé, par les signatures du cardinal, d'Ubilla et de quelques autres. Cela fait. Dbilla tint prêts les ordres et les expéditions nécessaires en conséquence pour les divers pays de l'obéissance d'Espagne avec un secret égal : on prétend qu'alors ils firent pressentir le roi sans oser pourtant confier tout le secret à Castel dos Rios , et que ce fut la matière de cette audience si singulière qu'elle est sans exemple , dont il exclut Torcy , auquel , ni devant ni après , il ne dit pas un mot de la matière qu'il avoit à traiter seul avec le roi.

L'extrémité du roi d'Espagne se fit connoître plusieurs jours seulement après la signature du testament. Le cardinal, aidé des principaux du secret qui avoient les deux grandes charges . et du comte de Benavente qui avoit l'autre , par laquelle il étoit maître de l'appartement et de la chambre du roi , empêcha la reine d'en approcher les derniers jours sous divers prétextes. Benavente n'étoit pas du secret . mais il étoit ami des principaux du peu de ceux qui en étoient. et il étoit aisément gouverné, de sorte qu'il fit tout ce qu'ils voulurent. Ils y comptoient si bien qu'ils l'avoient fait mettre dans le testament pour entrer comme grand d'Espagne dans la junte qu'il établit pour gouverner en attendant le successeur, et il savoit aussi que le testament étoit fait, sans toutefois être instruit de ce qu'il contenoit. Il étoit tantôt temps de parler au conseil. Des huit qui en étoient, quatre seulement étoient du secret, Portocarrero , Villafranca, San-Estevan et Ubilla. Les autres quatre étoient l'amirante , Veragua, Mancera et Arias. Des deux derniers ils n'en étoient point en peine, mais l'attachement de l'amirante à la reine , le peu de foi de Veragua, et la difficulté de leur faire garder un si important secret, avoient toujours retardé jusque tout aux derniers jours du roi d'Espagne d'en venir aux opinions dans le conseil, sur la succession.

A la fin , le roi prêt à manquer à tous les moments , toutes les précautions possibles prises, et n'y ayant guère à craindre que ces deux conseillers d'État seuls , et sans appui ni confiance dt personne , et la reine

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dans l'abandon, osassent révéler un secret si prèl ;\ l'èlre , et si inulilement pour eux, le cardinal assembla le conseil et y mit tout de suite la grande affaire de la succession en délibération. Villafranca tint parole et opina avec grande force en la manière qu'elle se trouve ci-dessus. San-Estevan suivit avec autorité. L'amirante et Veragua, qui virent la partie faite, n'osèrent contredire. Le second ne se soucioit que de sa fortune, qu'il ne vouloit pas exposer dans des moments si critiques et dans une actuelle impuissance de la cour de Vienne par son éloignement. et la même raison retint l'amirante malgré son attachement pour elle. Mancera, galant homme et qui ne vouloit que le bien, mais effrayé d'avoir à prendre son parti sur-le-champ en chose de telle importance . demanda vingt -quatre heures pour y penser, au bout desquelles il opina pour la France. Arias s'y rendit d'abord , à qui on avoit dit le mot à l'oreille un peu auparavant. Ubilla . après que le cardinal eut opiné et conclu , dressa sur la table même ce célèbre résultat : ils le signèrent et jurèrent d'en garder un inviolable secret , jusqu'à ce qu'après la mort du roi il fût temps d'agir en conséquence de ce qui venoit d'être résolu entre eux. En effet, ni l'amirante ni Veragua n'osèrent en laisseï échapper quoi que ce fût, et l'amirante même fut impénétrable ladessus à la reine et au comte d'Harrach. qui ignorèrent toujours si le conseil avoit pris une résolution. Très-peu après le roi d'Espagne mourut, le jour de la Toussaint, auquel il étoit né quarante-deux ans auparavant: il mourut, dis-je, à trois heures après midi dans le palais de Madrid.

Sur les nouvelles de l'état mourant du roi d'Espagne , dont Blécourt avoit grand soin d'informer le roi. il donna ordre au marquis d'Harcourt de se tenir prêt pour aller assembler une armée à Bayonne . pour laquelle on lit toutes les dispositions nécessaires, et Harcourt partit le 23 octobre avec le projet de prendre les places de cette frontière , comme Fontarabie et les autres . et d'entrer par là en Espagne. Le Guipuscoa étoit à la France par le traité de partage: ainsi jusque-là il n'y avoit rien à dire. Comme tout changea subitement de face, je n'ai point su quels étoient les projets après avoir réduit cette petite province. Mais, en attendant qu'Harcourt fît les affaires du roi . il profita de la conjoncture et fit les siennes. Beuvron, son père, avoit été plus que très-bien avec Mme de Maintenon dans ses jeunes années. C'est ce qui fit la duchesse d'Arpajon, sa sœur, dame d'honneur de Mme la Dauphine-Bavière, arrivant, pour un procès au conseil, de Languedoc où elle étoit depuis vingt ans , et sans qu'elle , ni son frère , ni pas un des siens eût imaginé d'y songer. On a vu que Mme de Maintenon n'a jamais oublié ces sortes d'amis. C'est ce qui a fait la fortune d'Harcourt, de 'Villars et de bien d'autres.

Harcourt sut en profiter en homme d'infiniment d'esprit et de sens qu'il étoit. Il la courtisa dès qu'il put pointer . et la cultiva toujours sur le pied d'en tout attendre, et, quoiqu'il frappât avec jugement aux bonnes portes . il se donna toujours pour ne rien espérer que par elle. Il capitula donc par son moyen sans que le roi le trouvât mauvais . et il partit avec assurance de n'attendre pas longtemps à être fait duc hé-

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