‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 95 sur 348 · DEUX CONSEILS D'ÉTAT · texte numérisé non relu

DEUX CONSEILS D'ÉTAT

a'euL qu'à mettre dans son paquet. Harcourt. qui étoit à Rayonne, avoit ordre d'ouvrir tous les paquets du roi , afin d'agir suivant les nouvelles, sans perdre le temps à attendre les ordres de la cour qu'il avoit d'avance pour tous les cas j)révus. Le courrier de Blécourt arriva malade à Bayonne, de sorte qu'Harcourt en prit occasion d'en dépêcher un à lui avec ordre de rendre à son ami Barbezieu.x les quatre mots qu'il écrivit tant au roi qu'à lui , avant que de porter le paquet de BlécourL à Torcy. Ce fut une galanterie (ju'il fit à Barbezieux pour le faire porteur de cette grande nouvelle. Barbezieux la reçut, et sur-le-champ la porta au roi, qui étoit lors au conseil de tînance . le mardi matin 9 novembre.

Le roi, qui devoit aller tirer, conlremanda la chasse, dîna à l'ordinaire au petit couvert sans rien montrer sur son visage , déclafa la mort du roi d'Espagne, qu'il draperoit; ajouta qu'il n'y auroit de tout l'hiver ni appartement, ni comédies, ni aucuns divertissements à la cour, et, quand il fut rentré dans son cabinet, il manda aux ministres de se trouver à trois heures chez Mme de Maintenon. Monseigneur étoit revenu de courre le loup ; il se trouva aussi à trois heures chez Mme de Maintenon. Le conseil y dura jusqu'après sept heures, en suite de quoi le roi y travailla jusqu'à dix avec Torcy et Barbezieux ensemble. Mme de Maintenon avoit toujours été présente au conseil, et la fut encore au travail qui le suivit. Le lendemain mercredi, il y eut conseil d'État le matin chez le roi à l'ordinaire , et au retour de la chasse il en tint un autre comme la veille chez Mme de Maintenon, depuis six heures du soir jusqu'à près de dix. Quelque accoutumé qu'on fût à la cour à la faveur de Mme de Maintenon , on ne l'étoit pas à la voir entrer publiquement dans les affaires, et la surprise fut extrême de voir assembler deux conseils en forme chez elle, et pour la plus grande et la plus importante délibération qui de tout ce long règne et de beaucoup d'autres eût été mise sur le tapis.

Le roi, Monseigneur, le chancelier , le duc de Beauvilliers et Torcy, et il n'y avoit lors point d'autres ministres d'Stat que ces trois derniers, furent les seuls qui délibérèrent sur cette grande affaire, et Mme de Maintenon, avec eux, qui se taisoit par modestie, et que le roi força de dire son avis après que tous eurent opiné, excepté lui. Ils furent partagés : deux pour s'en tenir au traité de partage , deux pour accepter le testament.

Les premiers soutenoient que la foi y étoit engagée , qu'il n'y avoit point de comparaison entre l'accroissement de la puissance et d'Etats unis à la couronne, d'États contigus et aussi nécessaires que la Lorraine, aussi importants que le Guipuscoa pour être une clef de l'Espagne , aussi utiles au commerce que les places de Toscane , Naples et Sicile; et la grandeur particulière d'un fils de France, dont tout au plus loin la première postérité devenue espagnole par son intérêt, et par ne connoître autre chose que l'Espagne, se montrerut aussi jalouse de la puissance de la France que les rois d Espagne autrichiens. Qu'en acceptant le testament il falloit compter sur une longue et sanglante guerre, par l'injure de la rupture du traité de partage, et par l'intérêt de toute l'Europe à s'opposer à un colosse tel qu'alloit devenir la France

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