‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 97 sur 348 · AVIS PARTAGÉS · texte numérisé non relu

AVIS PARTAGÉS

détourné la guerre de ce côté-là , et permis même dans leur plus for une sorte de commerce entre les deux frontières sous prétexte de tolé. rance, sans qu'il s'y fût jamais commis aucune hostilité. Qu'enfin les places de la côte de Toscane seroient toujours en prise du souverain du Milanois qui pouvoit faire ses préparatifs à son aise et en secret, tomber dessus subitement et de plain-pied, et s'en être emparé avant l'arrivée d'un secours par mer q i ne pouvoit partir que des ports de Provence Que pour ce qui étoii du danger d'avoir les rois d'Espagne françois poui ennemis, comme ceux de la maison d'Autriche, cette identité ne pouvoit jamais avoir lieu . puisqu'au moins , n'étant pas de celte maison . mais de celle de France, tout ce qui ne seroit pas l'intérêt même d'Espagne ne seroit jamais le leur, comme au contraire, dès qu'il y auroit identité de maison, il y auroit identité d'intérêts, dont, pour ne parler maintenant que de l'extérieur, l'abaissement de l'empereur et la diminution du commerce et de l'accroissement des colonies des Anglois et des Hollan- (iois aux Indes feroit toujours un tel intérêt commun qu il domineroittous les autres. Que, pour l'intérieur, il n'y avoit qu'à prendre exemple sur !a maison d'Autriche, que rien n'avoitpu diviser depuis Charles-Quint, quoique si souvent pleine Je riottes ' domestiques. Que le désir de s'étendre en Flandre étoit un point que iè moindre grain de sagesse et de politique feroit toujours céder à tout ce que lunion de deux si puissantes monarchies et si contiguës partout pouvoit opérer, qui n'îiiloit à rien moins pour la nôtre qu'à s'enrichir par le comtaerce des Inaes, et pour toutes les deux à donner le branle , le poids et , avec le temps , le ton i toutes les affaires de l'Europe : que cet intérêt étoit si grand et si palpable , et les occasions de division entre lés deux rois de même sang si médiocres en eux-mêmes et si anéanties en comparaison de ceux-là , qu'il n'y avoit point de division raisonnable à en craindre. Qu'il y avoit à espérer que le roi vivroit assez longtemps non-seulement pour l'établir, et Monseigneur , après lui, entre ses deux fils, qu'il n'y avoit pas moins lieu d'en espérer la continuation dans les deux frères si unis et si affermis de longue main dans ces principes, qu'ils feroient passer aux cousins germains , ce qui montroit déjà une longue suite d'années : qu'enfin , si le malheur venoit assez à surmonter toute raison pour faire naître des guerres, il falloit toujours qu'il y eût un roi d'Espagne, et qu'une guerre se pousseroit moins et se termineroit toujours plus aisément et plus heureusement avec un roi de même sang , qu'avec un étranger et de la maison d'Autriche.

Après cet exposé , le chancelier vint à ce qui regardoit la rupture du traité de partage. Après en avoir remis le frauduleux, le captieux, le dangereux, il prétendit que la face des choses, entièrement changée du temps auquel il avoit été signé, mettoit de plein droit le roi en liberté, sans pouvoir être accusé de manquer de foi : que par ce traité il ne i^étoit engagé qu'à ce qu'il portoit : qu'on n'y trouveroit point de stipulation d'aucun refus de ce qui seroit donné par la volonté du roi d'Espafuie, et volonté pure, sans sollicitation, et mèm^ à i insu du roi. et

t. Querelles.

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