‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 99 sur 348 · SURPRISE DU ROI ET DE SES MINISTRES · texte numérisé non relu

SURPRISE DU ROI ET DE SES MINISTRES

lune , à plaire aux maîtres des affaires , et à préparer le successeur à le bien traiter. Ubilla, par son emploi, étoit encore d'un grand et solide secours au cardinal et à Arias.

La suite nécessaire d'une narration si intéressante ne m'a pas permis (le l'interrompre. Maintenant qu'elle est conduite à un point de repos il faut revenir quelque peu sur ses pas. Il n'est pas croyable l'étonnemeni qu'eut Blécourt d'une disposition si peu attendue, et dont on s'étoil caché de lui autant que du comte d'Harrach. La rage de celui-ci fut ex trème par la surprise , par l'anéantissement du testament en faveur de l'archiduc, sur lequel il comptoil entièrement, et par l'abandon et l'impuissance où il se trouva tombé tout à coup, et lui et la reine à qui il ne resta pas une créature , ni à lui un autrichien qui se l'osât montrer. Harcourt . en ouvrant les dépêches du roi à Bayonne . demeura interdit. Il sentit bien alors que les propositions que l'amirante lui avoit faites de la part de la reine étolent de gens clairvoyants, non pas elle, mais lui . qui craignoient que les choses ne prissent ce tour par le grand intérêt des principaux particuliers , et qui , à tout hasard du succès , vouloient faire leur marché. Il eût bien alors redoublé les regrets de son retour, et de la défense qu'il reçut d'entrer en rien avec l'amirante, s'il n'eût habilement su tirer sur le temps, et profiter de la protection de Mme de Maintenon pour emporter à Bayonne une promesse dont il se mit à hâter l'accomplissement.

La surprise du roi et de ses ministres fut sans pareille. Ni lui ni eux ne pouvoient croire ce qu'ils lisoient dans la dépêche de Blécourt , et il leur fallut plusieurs jours pour en revenir assez pour être en état de délibérer sur une aussi importante matière. Dès que la nouvelle devint publique, elle fit la même impression sur toute la cour, et les ministres étrangers passèrent les nuits à conférer et à méditer sur le parti que le roi prendroiî. et sur les intérêts de leurs maîtres, et gardoient à l'extérieur un grand silence. Le courtisan ne s'occupoit qu'à raisonner, et presque tous alloient à l'acceptation. La manière ne laissa pas d'en être agitée dans les conseils , jusqu'à y raisonner de donner la comédie au monde, et de faire disparoître le duc d'Anjou sous la conduite du nonce Gualterio qui l'emmèneroit en Espagne. Je le sus et je songeai à être de la partie. Mais ce misérable biais fut aussitôt rejeté , par la honte d'accepter à la dérobée tant de couronnes offertes, et par la nécessitéprompte de lever le masque pour soutenir l'Espagne trop foible pour être laissée à ses propres forces. Comme on ne parloit d'autre chose que ilu parti qu'il y avoit à prendre . le roi se divertit un soir dans son cabinet à en demander leur avis aux princesses. Elles répondirent que c' étoit d'envoyer promptement M. le duc d'Anjou en Espagne, et que c' étoit le sentiment général, partout ce qu'elles entendoient dire à tout le monde. « Je suis sûr, leur répliqua le roi, que quelque parti que je prenne, beaucoup de gens me condamneront. »

C'étoit le samedi 13 novembre. Le lendemain matin dimanche 14, •Jeille du départ de Fontainebleau , le roi entretint longtemps Torcy , qui îvertit ensuite l'ambassadeur d'Espagne , qui étoit demeuré à Fontainebleau , de se trouver le lendemain au soir à Versailles. Cela se sut et donna

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