DE L'ABBAYE DE SAINT-PÈRE
On n'est pas si bien informé de l'origine de l'abbaye de Saint-Père d'Ânxerre que de celle de Sain t-M arien dont je viens de parler, et il n'y a pas apparence d'en pouvoir faire remonter la fondation au-delà du VI® siècle. La vie de saint Aunaire est le premier monument qui en fasse mention* Cet évêque assigne à la basilique de saint Pierre, apôtre, comme aux autres églises de son diocèse, un jour et des calendes pour les prières qu'il avoit indiquées, ainsi qu'on peut voir ci-dessus (1). Il pourroit lui-même en être cru le fondateur, s'il suffisoit, pour le prouver, de dire qu'il exposa au pape qu'il y avoit dans son diocèse plusieurs nouvelles églises, et qu'à cause de cela il le supplioit de lui envoyer des reliques de saint Pierre. Mais il pouvoit aussi avoir en vue les églises d'Eppoigny, de Crevic ou Cravan, et tant d'autres qui sont sous l'invocation du même apôtre. Saint Didier, son successeur, fit mention dans son testament de la basilique de Saint-Pierre et Saint- Paul, située au-dessous de la ville d'Auxerre, et lui légua le village de Breteau vers l'an 620. Saint Télrique, vers l'an 700, lui donna simplement le nom de basilique de Saint-Pierre, dans la description de son diocèse. On est ensuite un temps considérable sans trouver rien qui parle de cette église; car il ne faut aucunement ajouter foi à la tradition moderne que Gérard de Roussillon, le même seigneur qui sous Charlesle-Chauve a fondé Pothières au diocèse de Langres, et Vézelay au diocèse d'Autun, est aussi fondateur de l'abbaye de Saint-Père d'Auxerre, puisque cela n'est appuyé que sur un roman qu'on a composé depuis quelques siècles, et où Ton a inséré quantité de faits insoutenables. En sorte que l'autorité du Nécrologe de cette maison, où l'on trouvoit cette tradition au 5 octobre, n'est d'aucun poids, parce qu'elle étoit prise du roman, et que d'ailleurs cet Obituaire faisoit mourir ce Gérard plus de cent cinquante ans avant Charles-le-^Gbauve.