‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 15 sur 122 · LAURENT PINON · texte numérisé non relu

LAURENT PINON

ce sermon une longue allusion de ce qui se lit dans la Genèse « sur l'accord d'Abraham et de Loth, avec le traité qui venoit d'être conclu et qu'un chanoine d'Ârras publia ensuite dans la même chaire. Par les articles de ce traité, le duc d# Bourgogne obtint de grands avantages sur le pays Âuxerrois ; cependant, il ne put y faire des levées sans opposition. Lorsqu'il en fit la tentative, l'année même du traité, l'évéque d'Âuxerre s'y opposa pour ses terres et pour celles du Chapitre ; de sorte que le duc déclara qu'il n'agissoit pas en qualité de duc de Bourgogne, mais comme jouissant des droits royaux en vertu du traité d'Arras (1).

Cet évêque fut souvent obligé de résider dans des villes des Pays-* Bas ; tantôt à Lille , au cloître Saint-Pierre, et tantôt à Bruges (2). Dans un de ces voyages en 1439, il apprit que Pierre de Longueil, son vicaire général, avoit été élu doyen du Chapitre d'Auxerre (5). Sur celte nouvelle , il adressa , le 9 septembre , une commission à l'abbé de Saint-Marien , pour qu'il reçût en son nom le serment de fidélité du nouveau doyen qui lui étoit déjà attaché par Toffice de grandvicaire. Dans le diocèse, il est peu de collégiales ou monastères où il ne reste quelque vestige du nom de ce prélat. Outre l'église de Saint- Martin de Clamecy, dont quelques-uns assurent qu'il fit la dédicace le 10 janvier 1458, il dédia celle de Sainte-Eugénie de Varzy, le premier dimanche de l'Avent de la même année (4), voulant cependant qu'on remit k un autre temps l'anniversaire de cette dédicace et y accordant des indulgences. Il demeuroit assez volontiers dans le château que les évêques avoient de temps immémorial dans cette ville de Varzy. Les habitants d'Auxerre ayant besoin de son secours au mois de juin 1444, lui dépêchèrent un courrier en ce lieu ; il affectionna beaucoup l'église collégiale de Sainte-Eugénie (5), et y fonda une chapelle sous le titre de deux fameux saints de son Ordre, saint Pierre, martyr, et saint Thomas d'Aquin ; il s'y fit représenter k genoux avec l'habit des Do-^ minicains. Le 25 août, et apparemment en 1445, il dédia l'église du prieuré conventuel de Sainte-Geneviève de Marcy, de l'Ordre du Val

(i) TaàuU S. Germ. AutUs. F. Preaves, {t) Ëchard in Scrip. Dominic,

(5) Viole.

(4) Obituar. Varxiac.

(5) :fabul S. Bugen. Varziac.

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des Ecoliers (1). S'étant recommandé aux prières de la petite commu- 1493 ^ 1449. naoté qui y subsistoit alors, il fut résolu le 14 octobre de chanter chaque année, le lendemain de Saint-Laurent, une messe du Saint- Esprit à l'intention du prélat , tant qu'il yivroit. L^église collégiale de Notre-Dame de Toucy avoil besoin d'être rebâtie. Le 9 mai 1445, il accorda des indulgences k ceux qui contribueroient de leurs aumônes au nouYcI édifice qu'on projettoit (a). Faisant la visite de son diocèse, les années 1446 et 1447 , il dressa des règlements pour les chanoines de Saint-Etienne de Gien. En 1458, il fit, h l'autel matutinal du prieuré de la Charité, une ordination de quelques moines acolytes (2); mais Pierre le Duc» sous-prieur et vicaire-général du prieur, lui demanda une déclaration , comme c'étoit du consentement delà communauté, aux libertés de laquelle il n'entendoit préjudicier et sur laquelle il n'avoit aucune juridiction, ce qu'il accorda le 27 janvier 1438. En 1445, étant à Varzy le 4 septembre, il permit de quêter par son diocèse avec une croix et un reliquaire , pour aider au bâtiment de l'église de Bethléem » nouvellement ruinée par les guerres» que l'évêque Àrnoul rebàtissoit. Il accorda même des indulgences aux bieniaitears.

Les évêques, tirés du corps religieux, laissent ordinairement beaucoup de marques d'affection envers les maisons de leur Ordre, situées dans leur diocèse. Laurent Pinon ne se distingua pas de ce côté-lk; et il ne paroit en relation avec ses confrères de la maison d'Âuxerre qu'en deux occasions : premièrement en 1440, lorsqu'ils tinrent chez eux le Chapitre provincial de l'Ordre auquel il assista, et en 1445, au sujet d'une dévotion qui lendoit au soulagement des âmes du purgatoire. Le motif de cet établissement vint de ce qu'étant mort un nombre considérable de fidèles pendant

(i) ObUuar. Mareiac. \ (i) Cartul CarU., p. 60..

(a) Uévéque rapporte dans la lettre qu'il donna pour cet objet que les Anglais Pavaient brûlée. Cet événement était arrivé dans les guerres civiles du commencement du siècle, en 1423, lorsque les Anglais s'étaient emparés de Toucy.— F. Preuves, t. iv, n. (JV, d. M.}.

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1133 à 1448. '^^ guerres précédentes, sans avoir eu la sépulture ecclésiastique, il parut nécessaire d'y suppléer en quelque manière. Les Frères Prêcheurs d'Auxerre proposèrent donc une confrairie qui feroit célébrer tous les jours de Tannée une messe dans leur église, k Tintention de tous ces défunts, et chaque semaine, une fois les vigiles des morts, excepté les semaines des grandes fêtes. Barthélémy Tixier, associa par avance tous les confrères de la future confrairie aux suffrages de rOrdre; il falloit munir le tout de l'autorité épiscopale (1). Laurent Pinon 9 non content d'approuver cette confrairie, dite des Trépassés, accorda les indulgences ordinaires a tous ceux et celles qui s'y enrôle-r roient, et ordonna de bien recevoir les Dominicains d'Auxerre qui les publieroient. Ces lettres, signées h Auxerre le vendredi après la Saint-Martin d'été 1445, furent suivies l'année d'après d'une augmentation d'indulgences que Pierre du Mont, évéque de Bresce et nonce du pape Eugène IV, accorda à Bourges le 8 octobre, à tous ceux qui feroient quelques aumônes ou legs k la même confrairie : tout cela regardoit une dévotion particulière. Quant k l'oflBce public, tel qu'il se chantoit alors dans le diocèse, ce prélat n'y toucha nullement; il laissa le calendrier comme il l'avoit trouvé, sans y faire insérer saint Dominique ni aucun autre saint de son Ordre, et sans augmenter le grade de la fête de saint Laurent, se contentant de faire écrire dans les pontificaux la bénédiction épiscopale selon le rit gallican, pour les années qu'il officieroit pontificalement chez les Jacobins le jour de saint Doniinique.

Il ne paroit proprement qu'un seul acte d'hommage rendu de son temps a l'église d' Auxerre : c'est celui de Charles, comte de Nevers, "pour la baronnie de Donzy (2). 11 fut rendu k la manière accoutumée par le comte , ayant les mains jointes en manière de suppliant et recevant le baiser de paix de Tévêque ; la cérémonie se fit k son retour de Cosne, dans la chapelle du château de Donzy, le 9 juin 1445; il fit marquer expressément dans l'acte, que par grâce il recevoit k Donzy cet hommage qui auroit dû lui être rendu k Auxerre, k quoi le comte acquiesça en présence d'un grand nombre de ses officiers et amis,

(1) Lettres de Lyon, 27 mai 1443. / (2) Toy» Preuves, adan. 1445.

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savoir : Milon de Paillars, chevalier , bailli de Niveraois et de Donzy; Gui de Jaucour , seigneur de Yillarnout et de Marrault, son premier chambellan ; Jean de la Rivière, seigneur de Ghamplemi; maître Pierre de Longueil, doyen de l'église d'Âuxerre ; frère Jean du Doyer, dominicain, et plusieurs écuyers. Jean de Salazar, qui avoit acquis, des héritiers du cardinal de Bar, la terre de Toucy, devoit pareillement lui en rendre hommage dès Tan J445; mais ce prélat lui donna des lettres de répit ou de souffrance jusqu'au mois de février 1448. Cependant, on lit dans l'inventaire des titres de Toucy, une saisie de la tour de Toucy, faite au nom de Tévéque par faute de foi et hommage, le 18 mai 1446. En la même année, 1445, il affranchit grand nombre des habitants de l'un et l'autre sexe, de la seigneurie d'Hodan, proche Varzy. Ce qui confirme que Yarzy fut le lieu de son diocèse où il se plut davantage après Âuxerre.

Nous ne savons pas où il mourut, ni même positivement quel jour arriva son décès, sinon que les comptes d'anniversaire de la cathédrale le marquant vers la fin du mois de mars, il y a assez d'apparence qu'il mourut pendant le cours de ce mois, l'an 1448. Le lieu de la sépulture a paru également incertain ; quelques modernes l'ont cru inhumé dans la nef de la cathédrale , devant le crucifix (1) ; ils pensoient que la tombe noire qu'on y voyoit, il y a soixante ans , étoit la sienne ; mais d'autres, plus instruits, ont écrit (2) que Laurent Pinon a été inhumé chez les religieux de son Ordre, a Âuxerre, où la sépulture se voyoit au côté gauche du grand autel, jusqu'à ce que les huguenots eussent entièrement détruit son tombeau et dissipé ses ossements.

Outre la traduction du Traité de la puissance temporelle qu'il avoit faite élant évêque de Bethléem , il reste de lui un catalogue des illustres de son Ordre que l'on montre manuscrit à Saint-Victor è Paris (5)« Il fit rédiger en 1455 un Pontifical à son usage; c'est un petit in-4<* conservé parmi les nianuscrits de la bibliothèque Colbert (4). On y voit, au bas de la première page, ses armoiries qui sont trois pommes

(1) Bvgeûé, assesseur. 1 (3) Num. 650. aniiquo.

{%) Noëi, cbanoine. I ^4) Num 5984.

de pin d^or dans un champ d'azur. Les mêmes armoiries s'aperçoivent encore dans la salle basse de Tévêché, au manteau d'une ancienne cheminée.

SECRBTVM (a) S. GBRMÀNI CAPITULI.

Sceau secret do couvent de Saint-Gcnnain d'Auxerre, 1335.

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