CHAPITRE VIII
PIERRE DE LONGUEIL, LXXXVIU» ÊVÊQUE D'AUX£RRE (6).
1449 il 1473. Depuis lougtemps on n'avoit vu d'évêque gouverner l'église d'Auxerre et y résider si grand nombre d'années que Pierre de Longueil. Sou épiscopat fournit beaucoup de faits remarquables, Pierre de Longueil, parut véritablement né pour l'église d'Auxerre, ayant été vicaire général de Jean de Gorbie, il continua la même fonction sous Laurent* Pinon. Il devint alors chanoine de la cathédrale, et enfin doyen; selon
(a) G^est par erreur que le graveur a mis sigiïlvm au Heu de teerelvm.
(b) Le 4 décembre 1150, l'évèque donna des statuts à la coUégiale Sainle- Eugénie de Varzy. (^. d. E.).
quàtre-yingt-hditième évêqub d'àuxerre. 59
les apparences , il ne songeoit pas k êlre évêque d'Auxerre , puisque étant doyen , la pensée de la mort lui fit fonder son obit. Cependant la providence l'appela k celte dignité après la mort de Laurent Pinon.
Il nous apprend lui-même qu'il étoil originaire d'Auxerre , Ju côté d'Adam Chanteprime , trésorier de France , qui en étoil natif. Il ajoute même que son père et sa mère y avoient été mariés , et que Tua de ses frères y éloit né sur la paroisse de Saint- Mamert (1). Il naquit k Paris en 1597 sur la paroisse de Saint- Benoit (2) , de Jean de Longueil , président au parlement , et de Jeanne de Bouju, dame du Rancher, inhumés Tun et l'autre chez les Gordeliers. L'historien de l'Université de Paris (5) le fait naître sept ans plus tôt ; si du Boulay s'est trompé pour cette date , il a pu dire vrai lorsqu'il ajoute que Pierre de Longueil passa maître ès-arts en 1415. Il fut chanoine de Notre-Dame de Paris et de Coiitances, selon qu'il le marque dans son testament, et peut-être est-il aussi le Pierre de Longueil qualifié trésorier de Beauvais, dans un ma- Duscrit de Dijon, k l'an 1455 (4). Mais il s'attacha par préférence à l'église d'Auxerre ; on croit «que des alliances entre les Chanteprime et les Corbie y avoient donné occasion , de sorte que Jean de Corbie, évêque d'Auxerre, s'étoit déterminé en 1427, k l'établir son vicaire-général. On a pu observer ci-dessus quelques effets de son zèle pour l'étendue de la juridiction épiscopale ; pendant qu'il exerçoit cet office , il fut quelquefois député par la ville vers le due de Bourgogne, Philippe-le-Bon, pour les intérêts du pays, et surtout en 1451 , 1452 et 1455. Etant devenu chanoine d'Auxerre, puis doyen, il continua k faire connoitre l'étendue de son génie. La communauté des habitants dont il fut gouverneur de la part du
(i) Ceci est tiré d'an mémoire qao cet éféque présenla aux gouverneurs de la ville, lors de son procès sur rassistanco k U messe de paroisse.
(2) Ex ejus testamento.
(3) Du Boolay, ScBC. XV. p. 915.
(4) II peut aussi se faire qu'il soit le même Pierre de Longueil qui a voit pris
possession d*un canonicat de Sens, auquel il prélendoit encore avoir droit en 1442. Il est au Feci de Sens de cette année>là. Dom Denis de Sainte-Marthe marque qu'il étoit devenu chanoine de Paris par permutation pour un canonicat de l'église de Bcauvais.
60 PIERRE DE LONGUBIL,
clergé (1), ne pouvoit que se louer de ses services. Dix ans après, il prenoit le titre de conseiller et maître des requêtes de rhôtel de monseigneur le duc, particulièrement en 1443; et en 1448 on le qtialifioit conseiller au parlement de Paris. Tous ces titres ne furent qu*un acheminement k Tépiscopat.
Ayant été nommé h Tévéché d'Auxerre en 1449 (2), on vit bientôt les préparatifs de sa prise de possession. Il donna, le 21 février de celle année , quatre mandements dont le premier fut signifié au comte d*Auxerre, dans le château de la ville , le 25 du même mois (5) ; le second, au duc de Bar, k Toucy, le 24; le troisième, au seigneur de Saint-Yerain , le 25 ; et le dernier » le 26 , à Donzy , au baron de cette seigneurie ou à ses oflBciers, pour qu'ils eussent k assister k son entrée et k le porter (4). Le 25 de février, le Chapitre de la eathé* drale consentit par écrit qu'il pût venir dans la ville avant que de faire son entrée k Tabbaye de Saint-Germain ; et coname il ne voaloit point nuire k ses successeurs', ni abolir la louable coutume, il donna le même jour, k Tabbé et au couvent (5) , quittance du marc d'argent pour son droit de réception en ce monastère comme si réellement il l'eût reçu , quoiqu'il en eût fait la remise et qu'il n'y eût point logé; il fit expédier pour le Chapitre un autre acte par lequel il déclaroit qu'il ne prétendoit point, abolir l'ancienne coutume de n'entrer dans la cité d'Auxerre qu'après avoir couché une nuit k Saint-Germain. Comme sa présence étoit nécessaire k Auxerre k cause des partis qui couroient autour de la ville, il se retira dans le prieuré de Notre-Dame-la-d'Hors de l'Ordre de Prémontré et y resta seize jours avant son entrée solennelle ; ne voulant point paroitre innover, il donna aux religieux une déclaration comme en cela il n'avoit point entendu préjudicier aux immunités de l'abbaye de Saint-Marien (6). Il choisit pour le jour de son entrée solennelle, le dimanche Lœtare, 15 mars, et le fit signi-
(i) Compte de la \ille d'Auxerre.
(2) Le 28 mai seloa les regi^^lres do Vatican.
(3) Ces formules éloient toujours selon Le style ancien, quoiqu'il n'y eût plus de
comte à Ànxerre.
(4) Inventaire des titres de Varzy.
(5) Archives de saint Germain.
(6) Tab. S. Mariant, Arcb. de l'Yonne.
QUATRE-VINGT-HUITIÈMS ÉYÉQOE d'aUXERRE. 61
fier à l'abbé de Saint-Germain , afin que lui et ses religieux le reçussent dans leur église. Le jour de cette grande cérémonie, k 8 heures du matin, il ne se trouva à Saint-Germain de députatioB convenable de la part des barons que celle du comte de Nevers. Il avoit commis, pour porter cet évéque en son nom, Jean de la Rivière , chevalier et bailli du Nivernois et s'étoit excusé de ce qu'il ne venoit pas lui-même, sur ce qu'il étoit occupé nu service du roi pour le recouvrement du duché de Normandie. Jean de Salazar , écuyer, possesseur de la tour de Toucy, avoit commis Guillanoie de Prades, son officier, parce qu'il devoit se rendre auprès du dauphin Viennois. Artaud Trousseau, seigneur de Saint -Yerain en partie, s'étoit contenté d'envoyer un homme chargé de sa procuration. A regard du duc de Bourgogne, il ne comparut ni en personne, ni par procureur ; ces défauts obligèrent Tévéque à les faire proclamer a hante voix, Tun après Tautre, jusqu'à quatre fois par Torgane de Jocelin Gourtjarret, son bailli, et à ne pas se servir du ministère de Jean de la Rivière, parce que les trois autres n'étoient point chevaliers comme lui. Il fut donc porté depuis le chœur de l'église de Saint- Germain jusqu^a la cathédrale, par quatre bourgeois forts de corps et d'honnête familles, qui étoient Jean Ferroul, Pierre Quatre-Langues, Guillaume Marillier et Jean Bureau , accompagnés du sieur de la Rivière , qui posoit la main sur la chaise. A l'instant qu'il arriva dans la place , devant la grande porte de l'église qui étoit fermée , les chanoines sortirent tous en chapes avec les croix et Teau bénite par les portes collatérales et vinrent au devant de lui. Jean Mauvoisin , trésorier, qui présidoit pour l'absence du doyen , le pria, au nom du corps, de faire le serment accoutumé. Il y consentit , prit des mains du trésorier le livre où étoit écrite la formule, et la main droite posée sur la poitrine , il prononça le Promittimus ordinaire , après quoi il sonna oue petite cloche attachée proche la grande porte ; et aussitôt celte porte étant ouverte, les quatre bourgeois le portèrent jusqu'au grand autel , le peuple criant Noël ! Noël ! Etant descendu de la chaise , il fit sa prière à genoux et dit une collecte de saint Etienne ; ensuite, Jean du Breuil , chanoine d'Auxerre» chargé de la procuration de Jean deNailly, archidiacre de Sens, fit la cérémonie de l'installation ac-
1449 il U73.
compagne de Jacques Odoart, oflBcial, et d'Etienne Bruneaa, chanoines de Sens. Sur quoi Jean Mauvoisin fit les protestations au nom do Chapitre, disant que ce seroit sans préjudicier à ses droits et à ceux de l'église d'Âuxerre. Plusieurs personnes de distinction assistèrent k la cérémonie, savoir : l'abbé de Pontigny, Pierre, abbé de Saint- Marien; Jean, abbé de Saint-Père; Simon Goignet, secrétaire du roi; Jacques de la Rivière, bailli de Donzy. Geoffroy Ghantereau, prieur de Saint-Eusèbe , y est nommé parmi les notables du clergé d'Auxerre, et parmi les citoyens Pierre Ghacheré , Martin du Breuil , Biaise Tribolé, licencié ès-lois; Etienne Gontier, Germain Vivien et Jean Darthe (1). L'archevêque de Sens, Louis de Melun, ne fut témoin que de ce qui se passa dans l'église de Saint-Etienne. Quelques-uns veulent que Pierre de Longueil ne différa pas d'aller à Sens prêter serment d'obéissance à cet archevêque ; mais comme la formule qu'on prétend être la sienne porte en termes formels et futuro ponttfiei Senonensi^ il est difficile de décider en quel temps ce serment fut prêté, ni même si véritablement il est de lui , puisque Louis de Melun fut archevêque de Sens depuis 1434 jusqu'en 1474, et qu'il n'y eut par conséquent aucune vacance de l'archevêché durant tout l'épiscopat de Pierre de Longueil. G'est une chose beaucoup plus certaine , qu'il paya à l'archidiacre de Sens le marc d'or accoutumé ; on a vu la quittance datée du 51 mars 1449.
Ge prélat, dès le commencement de son épiscopat, ne parut pas d'humeur k négliger ses droits, ni k se relâcher des soumissions qui lui étoient dues. Il se fit rendre, dès le 25 avril suivant, le serment d'obéissance du par le doyen. Louis Raguier , nouvellement pourvu de cette dignité, ne pouvoit venir en personne k Auxerre, k cause des occupations qui le retenoient au parlement dont il étoit conseiller ; il donna commission k Jean Mauvoisin, trésorier, de prêter le serment pour lui, et en effet, ce chanoine s'en acquitta dans la chapelle du chà" teau de Régennes. La suite montra bien que Pierre de Longueil avoit ce serment fort k cœur, puisque Thomas la Plolte, successeur de Louis Raguier, ayant refusé de le prêter , cela occasionna un procès dont on
(i) Ex Proc. verb, Quid. Prëvostat.