‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 20 sur 122 · QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUE D*AUXEBRE · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUE D*AUXEBRE

eoreol beau redemander leur prieur , Tévéque ne voulut point le 1449 ^^ 147s. rendre. Mais informé que Pierre de Longueil n'avoit point relevé son appel, ils représentèrent à la cour que leur communauté périssoit n'ayant plus de supérieur pour la conduire, ni d'aumônes pour vivre. La cour, touchée de leur situation, ordonna au bailli d'Âuxerre de faire sortir le prieur des prisons de Tofficialité, s'il étoit en voie d'élargissement , sinon qu'il fût conduit h Paris en celles de la Conciergerie , avec les charges et informations , pour être ensuite remis à ses supérieurs. Quelques jours après , Laurent Gervais , prieur du couvent de Paris, vicaire général de l'inquisiteur pour tout le royaume, prit la voie la plus sûre ; il alla trouver Pierre de Longueil h Varzy, le 25 septembre, et lui demanda son amitié et sa protection pour les religieux du couvent d'Auxerre. L'évéque témoigna qu'il étoit prêt de les remettre dans l'état où ils étoient auparavant, pourvu qu'ils lui fissent satisfaction. < Les € propositions qui leur ont déplu (reprit l'évéque) sont véritables : je € suis disposé à en prendre la défense , les soumettant cependant au c jugement de TËglise. » Après de longues discussions, on convint qu'un jacobin de la maison d'Auxerre, rétabli dans ses pouvoirs, et prêchant au premier jour dans la cathédrale, y liroit un billet qui contiendroit le fait tel qu'il étoit arrivé le mercredi d'après Pâques, ajoutant au bout, qu'ayant su que le révérend père en Dieu évéque d'Auxerre, ses vicaires et le Chapitre avoient été scandalisés de l'entreprise des Jacobins auteurs du tumulte, ils déclaroient en être fâchés, et demandoient qu'on oubliât le tout et qu'on leur pardonnât ; et quau regard despro-' positions préchées et reprises, le révérend père en Dieu s^en rapportoit à la détermination de noiremère sainte Église. Le prélat, pour cette réparation, désigna Ambroise Chantereau, qui, dès Tan 1454, étoit l'ancien de la maison. Le prieur de Paris ne prétendit point pour cela mettre fin aux poursuites contre l'augustin ; il pria même l'évéque de se joindre k lui ; mais Pierre de Longueil le renvoya à ce que son oi&cial lui en diroit. L'évéque ne vouloit point rétablir les Jacobins « h moins que les chanoines n'agréassent la manière dont l'acte de réparation étoit conçu. Le prieur de Paris vint de sa part les trouver en Chapitre, leur en communiqua la teneur, et se chargea du reste. Celte satisfaction fut faite avant le 10 octobre, puisque ce jour les vicaires généraux de l'évéque

1449 il 1473.

donoèreDt aux Jacobins des lettres adressées à tous les curés, qui déclaroieni qu'en vertu delà réconciliation, on devoilles regarder comme rétablis dans les mêmes pouvoirs qu'ils avoient auparavant. Quoique celte affaire ait été poussée avec vigueur, ainsi qu'on vient de le voir, on ne marque point sur quelles matières rouloient les propositions qui choquèrent lés Dominicains (1). Cependant, comme le zèle de Pierre de Longueil approchoit de celui de Ferrie Gassinel, l'un de ses prédécesseurs, sur l'immaculée conception de la sainte Vierge , il pourroit se faire que les propositions de Taugustin eussent été relatives à cette question. Quelques-uns l'ont cru; mais, outre qu'il n'y a aucune apparence que les Jacobins se fussent élevés publiquement contre des louanges données à la Sainte-Vierge, quand même elles auroient été opposées k leur sentiment, les mémoires de cette procédure apprennent qu'on avoit donné par écrit au prédicateur ce qu'il auroit à dire ; et les archives des Jacobins d'Auxerre découvrent qu'il s'agissoit du sens du canon du concile de Latran Omn%$ utriu$que sexus ; ce qui convenoit au temps auquel le sermon fut débité. Les Dominicains avoient exposé dans leur requête k Louis XI , que le prédicateur qui causa ces troubles éioit ud faux augustin qui avoit pris l'habit de l'Ordre dans une hôtellerie de la ville de Grevan, et qui l'avoit ensuite quitté au même lieu. Mais ce fait incident ne fut point éclairci , et la réparation prononcée par le père Âmbroise fit oublier tout le passé (2). L'évêqueles reçut si parfaitement k réconciliation, que peu de temps après il leur acporda des indulgences pour une nouvelle chapelle qu'ils avoient fait construire en mémoire de la Passion et de la Sépulture de Notre-Seigneur.

Cet évêque fut bien éloigné de laisser périr son droit sur l'hôpital de Clamecy, dit Bethléem. La dispute excitée au treizième siècle, touchant le diocèse dont devoit être cet hôjpital, fut réveillée vers l'an 1464 (a).

(1) G. Viole. i (2) Arch. Dom. Auliss. 27 jun. 1467.

(a) Le débat commença même dès 1442 , sous Laurent Pinon. L'évéqae de Bethléem , conseUler et confesseur du comte de Nevers , étant soutenu par son maître , éleva de nouveUes prétentions contre les droits de Pévéque d'Auxerre. Pierre de Longueil, ne se sentant pas assez fort pour résister ouvertement au comte^ se contenta de protester contre les envahissements. Il déclare par ses lettres datées du

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Le cardinal Rollio, évéque d'Âutun , sollicité par quelques religieux moâ hta, demeurant avec un ancien évéqne de Bethléem, avait nouvellement con«> féré le titre de celte Maison-Dieu à Antoine Buisson, carme, contre le droit deTévêque d'Auxerre, Pierre de Longueil, bien instruit de la décision rendue en i3iHj soutint que cet hôpital éloil de son diocèse et non de celui d'Âutun ; et cela éloit si constant , que Tévéque ihéme , actuellement titulaire, avoit payé la taxe ou décime apostolique au receveur du diocèse d*Auxerre. Il y eut des dispositifs pour une enquête nouvelle : Jean Chevalier fut choisi de la part de l'évéque d'Àuxerre ^ Gui de Montagu de la part de celui d^Autun, et Tabhé de Yézelay de^ voit être Tarhitre de la décision. On étoil même convenu que tant que doreroit le compromis, les deux évëques contendants pourroient célé^ brer les Ordres dans la chapelle de cet hôpital. Cette affaire ne fut point poussée, le temps éclaircitlcs choses, et on découvrit de la falsification, soit dans les provisions , soit dans la prise de possession du précédent évéque de Bethléem, à qui la maîtrise de cet hôpital passoit pour avoir été conférée par Tévéque d'Autun. Gui de Chacy, religieux et familier d'Antoine Buisson, évéque de Bethléem, passa pour auteur de la fourberie. Cette accusation, jointe h d'autres délits, fut cause que notre évéque Tentreprit et le cita par devant hii. N'ayant pas comparu, il fut déclaré excommunié par sentence prononcée en l'église paroissiale de Clamecy. Il appela de la sentence ; sur quoi Tévêque obtint de la cour des lettres du 17 mai 1466, par lesquelles il étoit défendu de traduire cette affaire hors du royaume. Ces lettres furent signifiées k Tévéque de Bethléem et à ce religieux le 28 du même mois. Le religieux demanda des lettres apostolos à l'évéque d'Auxerre qui les refusa. Etienne Belli, profès du même institut (1) que l'évéque de Bethléem, et demeurant avec lui au

(I) Ce reUf iem éloit venu d*ane maison du Carmel de Savoye dite Hupecuta.

27 novembre 1453, que Tévêque de Bethléem s'était ingéré depuis quatre ans en ça de conférer les Ordres dans sa chapelle près Gamecy , et que le comte de Nevers, ayant appris qn'ii voulait s'opposer à ces entreprises , lui avait adressé des lettres pidnes de menaces, écrites et signées de sa propre main. (Archives de T Yonne ; Fonds ^e Vévéché d'Auxerre). (JV. d. E.)

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82 FlfiRRE DE LONGUEIL ,

U49 à U7S. faulwurg de Clamecy, s'iogéra d'administrer les sacremenls dans la chapelle de Belhléem. Il fut pareillement cité k Âuxerre, et, faate de comparoitre, excommunié. Sur l'appel de la sentence d'excommunication, il lui fut expédié un acte qui déclaroit les causes de refus des lettres aposiolos; l'acte est signé par Jean Briant, notaire, trésorier de Cosne, le 48 juillet 4468. Etienne Belly et Guy de Chacy obtinrent du cardinal Rolliu, évéque d'Âutuu, une absolution ad cautelam au mois de janvier suivant, et sans doute disparurent. Pierre deLongueil avoiten vue principalement d'empêcher Tévéque de Bethléem de donner les Ordres dans la chapelle de l'hôpital ou dans l'intérieur de son hospice , si ce n'est aux religieux qui demeureroient ordinairement avec lui, ei de faire cesser le mauvais usage d'annoncer les ordinations générales que cet évéque indiquoit par affiches sur les portes de son hôpital. Le clergé de France y a enlBio remédié (4).

Les différents traits de Thisioire de Pierre de Longueil prouvent suffisamment sa fermeté et' son zèle pour la conservation du bon ordre. Il eut encore occasion d'en donner des preuves dans le concile provincial que Louis de Melun^ archevêque de Sens, assembla en 4460, au commencement de mars, puisqu'il fut principalement convoqué pour adopter les canons du concile de Bàle (2). Le Chapitre d'Àuxerre pria le 45 février Thomas la Plolte, doyen, Jacques Hodouart, Louis de Melun et Pierre des Portes, d'y agir en son nom. Le premier fut député pour y soutenir les droits du Chapitre en cas de litige ; il représentoil le Chapitre d'Âuxerre d'une manière plus particulière. Les deux suivants, outre leur prébende de l'église d'Âuxerre, en avoient chacun une dans celle de Sens où ils résidoient, et le dernier, étant secrétaire de l'évêque, devoit l'accompagner naturellement k ce concile. Les Chapitres de Paris, Chartres et Meaux, choqués de ce qu'on les avoit appelés à ce concile comme par une espèce de lettre de jussion, n'y envoyèrent personne et se plaignirent sur le ton dont on les avoit mandés. Les envoyés d'Orléans, d'Âuxerre, Nevers et Troyes appuyèrent les plaintes des absents, et prétendirent comparoltre , non comme cités , mais invités. L'archevêque sentit qu'il s'étoit trop avancé , et quelques jours après l'ouverture du

(1) Voy les Blém. du Clergé. | (2) Spicii T, v., p. 584.

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concile, il déclara que si la formule de convocalioû étoit un peu forte, ihq u 147.1. il ne Favoit pas employée pour s'acquérir un nouveau droit, et qu'il avoil seulement pensé à inviter les Chapitres de cathédrales. Thomas la Flotte se fit délivrer une copie authentique de cette déclaration, dont cinq évéques furent témoins, entre autres celui d'Àuxerre. Guillaume Pion, pénitencier, mort en 4464, n'ayant été remplacé que plus de deux ans après, Pierre des Portes, maître ès-arts, bachelier ès-lois, son successeur, ne se pressa pas de prendre possession. Ce délai obligea Pierre de Longueil k pourvoir h la rectorerie des écoles de la ville, qui vaquoit par le décès de Pierre Vivien. Il en fit donc expédier les provisions à Renaud-4e-Moine, maître ès*arts et licencié en décret, le 22 juillet 1466, y marquant que l'institution de cette charge appartient au pénitencier, et qu'il n'y pourvoit que par dévolution de droit, à cause de la vacance de la dignité.

Ce prélat qui avoit pris en afiection le lieu de Varzy, voulut y faire sa résidence la plus ordinaire sur la fin de sa vie; peut être fut*ce à cause des troubles qui agitoient le pays auxerrois attaché au duc de Bour* gogne. Ou voit, par différents actes, qu'il y demeura fort souvent en 1470, 447 1 et les deux années suivantes. J'en ai déjà rapporté quelquesuns, entre autres la fondation du Chapitre de Saint-Fargeau. Étant a Varzy en 4474, il pardonna aux habitants du lieu la faute qu'ils reconnurent avoir faite, en voulant établir un capitaine malgré lui, et il les chargea de payer six livres de cire par forme d'amende k la collégiale et k la paroisse. Son testament qu'il dressa en latin au mois d'août 4473, âgé de 75 ans, est sans désignation de lieu (4); mais ce fut k Varzy qu'il le ratifia, et le déposa entre les mains de Jean Garnier, bachelier ea décret, notaire apostolique, le 44 février de la même année (2). Aucun écrivain n'indique de quelle maladie fut atteint ce prélat; on sait seulement qu'il mourut le 46 février 4475, k dix heures du matin, dans le château de Varzy, alors situé derrière l'église de Sainte-Eugénie.

Il y a difierents sentiments sur le lieu de sa sépulture; les uns le

(i) Voyez parmi les Preuves. (S) En présence de Louis EailUrd , licencié en médecine, de Jean Bolemeau , tréso-

rier de réglise collégiale de SaioUÉtienne de Gien , et Guillaume Reboorseau , prêtre dunolue de Cône.

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isupposent eulerré dans la collégiale de SaiDle-Ëogéuie de Varzy, parce qu*il avait marqué qu'où l'iobumàt dans cette église, au cas qu'il mourût dans cette petite ville ; d*autres prétendent que ce fut a Âuxerre. Il y a moyen d^accorder ces deux traditions, eu disant qu'il eut d'abord la sépulture à Varzy» et que par la suite son corps fut porté à Âuxerre. Le testament de Pierre de Longueil ouvre cette voie de conciliation; il y désigne d'abord sa sépulture dans le tombeau de Ferrie Cassinel, supposé qu'il fut trouvé vide, sinon proche la chaire de pierre, dans le sanctuaire de la cathédrale ; et après avoir détaillé ses fondations dans la même église, il ajoute expressément qu'il n'entend point que sa sépulture et ses fondations en cette église aient lieu, à moins que la ville ne soit alors réduite sous l'obéissance du roi , ou de son consentement, et non autrement ; et , dans le cas qu'il se fût écoulé un grand nombre d'années sans apparence à cette réduction , il prioit ses exécuteurs testamentaires de convertir ses fondations en d'autres œuvres de piété. Comme Auxerre fut encore environ trois ans sans se remettre sous l'obéissance de Louis XI , le corps de cet évéque reçut d'abord la sépulture à Sainte-Eugénie de Yarzy. En effet, on lit dans les registres du Chapitre d'Auxerre au 26 février, qu'il fut inhumé dans la collégiale de cette ville le 17 du même mois, lendemain de sa mort. Quelques années après , lorsque les chemins furent plus sûrs , il fut apporté à Auxerre et inhumé au côté droit du sanctuaire. On mettoit là le drap mortuaire le jour de son anniversaire (1), avant que l'on eût embarrassé cet endroit par une crédence perpétuelle. Si on ne trouve point d'acte de la translation des ossements de cet évéque, c'est parce que depuis sa mort les registres capitulaires manquent pour le reste de ce siècle. En on iBot , il est évident, par le testament de Pierre de Longueil, qu'il n'avoit demandé k être à Varzy ou h Cosne qu'en dépôt, jusqu'à ce qu^on pût en sûreté le porter à Auxerre. Parmi les legs qu'il fit, il destina cent sols à chacune des deux églises cathédrales où il avoit été chanoine, savoir : Notre-Dame de Paris et Coutances , et même somme à celle de Saint-Benoit-le-Bien-Tourné, paroisse de Paris où il avoit été baptisé. Il nous apprend par le même testament que son père , sa mère , ses

(1) Lib. reter Succeutorum.

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