‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 21 sur 122 · QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUB O^AUXERRE · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUB O^AUXERRE

frères et plusieurs autres de sa famille étoient inhumés dans la chapelle mg >, 1473. de Saint-Jean-rËvangéliste des Gordeliers de la même ville. On y re« eénnoit que Pierre des Portes, chanoine qui lui servit longtemps de secrétaire, et qu'il (it pénitencier puis son exécuteur testamentaire avec Guillaume de Corbie , président du parlement, étoit son cousin (1). Parmi les autres parents ecclésiastiques, le plus proche fui Guillaume deLongueil, son frère, bachelier en médecine et procureur de la nation de France en 1429, puis docteur en médecine et doyen de cette faculté eni456 (2). Pendant son décanat, le baccalauréat de médecine commença à être réputé entre les grades, comme celui des autres Facultés. Pierre de Longueil lui conféra, l'année 1449 , qui étoit la première de son épiscopat , une prébende de son église, et cinq ans après le grand archidiaconé. A la mort de son frère il jouissoit encore de ces bénéfices, aussi bien que de l'office de grand-vicaire pour le spirituel et le temporel (3). Il fut aussi couché dans le testament de Tévéque pour une portion sur Féminage d'Auxerre que ce prélat avoit acquise de Pierre Duval, mari de sa nièce Guillemette de Longueil. Philippe, autre frère de notre évéque , fut prévôt de l'église de Reims , et décéda avant lui. Il est nommé incidemment dans son testament. Un troisième frère appelé Jean n'y est aussi que par rapport k Marie, son épouse, k qui il laisse une somme k prendre sur le comte de Nevers et sur son châtelain de Donzy , pour des dépens de procès auxquels le parlement les avoit condamnés. Entre plusieurs neveux dont l'évêque parle dans son testament, le plus notable est Pierre de Longueil qu'il appelle son filleul. Il l'avoit fait chanoine d^Auxerre le 31 mars 4465, lorsqu'il n'étoit encore que clerc et bachelier en décret. En 1465, le 24 octobre, il lui conféra l'archidiaconéde Puisaye vacant par la résignation d'Etienne Gerbaud. auquel temps et même un an après il n'étoit que sous-diacre. Les deux autres neveux de son nom mentionnés dans le testament sont Antoine et Nicolas de Longueil. Guillaume de Corbie, neveu du côté maternel, est pareil

(1) Le steur L*Hôle, qui a pablié la Coutume de LorrU^ voulant enrichir de notes historiques les marges du procés-Yerbal. a fait de co Pierre des Portes un éréqoe d'Aulerre , à cause qu*il aToit trouvé «on nom au

bas de l'acte de la fondation 4m Chapitre de Saint-Fergean.

(2) Hi*t. unir. Par. Smc^ xv, p. 880.

">^ Brg. Cap xv. Mars HTS

8G ENGUBRRàND SIGNART,

lement nommé dans le testament. Ce Guillaume paroit être père de Philippe de Gorbie, clerc parisien, pourvu au mots d*août 1467 d*un canonicat d'Auxerre , dans les provisions duquel Tévêque Pierre de Longueil le qualifie son petit-neveu (1). Martin du Brueil, chanoine de Bourges , nommé ci-dessus au sujet de la décime de la part du légat d'Avignon, éloit aussi neveu du c4té maternel. Un article singulier do testament de Pierre de Longueil, c'est la note qu'il y insère (2), savoir : que promu à Tévéché, il n'avoit reçu des héritiers de son prédécesseur que six- vingts livres pour les réparations des bâtiments , quoiqu'elles fussent taxées à quatre mille ; qu'ainsi il avait été obligé d'y suppléer par de grosses sommes. Gependant, Pierre de Longueil , pour lever les difficultés et afin que son successeur tint ses héritiers quittes de toutes réparations, lui légua ses mitres, sa crosse, ses deux anneaux, ses deux pontificaux, et la plupart de ses habits avec une bonne partie des mea-* blés de la maison épiscopale.

GHAPITRE IX.

ENGUERRAND SIGNART, LXXXÏX* ÈVÊQUE D'AUXERRE.

1473 à 1477. Quoique le Ghapitre d'Auxerre n'eût ni intention, ni intérêt de laisser le siège épiscopal vacant , il ne s'assembla néanmoins pour le remplir que le 14 mars, environ un mois après le décès de Pierre de Longueil ; et le 21 du même mois fut indiqué pour procéder k nouvelle élection. Ge jour, qui tomboit un lundi de la quatrième semaine de carême, on chanta une messe solennelle du Saint-Esprit, le doyen y officia. On alla ensuite au Ghapitre où Gérard Rotier, chanoine et ancien professeur en théologie, fit un discours en présence de tout le peuple; après l'hymne

(<) neg. Cap. 13. Àu^. i467. | BeîMeemit,

[t) Tàb. Fp. ÀuUss. in Satvat. de ceci.

QUATRE-VINGT-VEUVIÈMB ÉVÉQUE d'aDXERRB. 87

Veni Creator^ le doyen ayant proposé Enguerrand Signart, confesseur de Charles-le-Hardi, dac de Bourgogne, déjii é^éque in partibus (1), tous les chanoines, tant ceux qui éloient présents que ceux qui étoient chargés de la procuration du chantre absent et d^un autre, le choisirent unanimement et conclurent k le demander au duc. Gomme ce prince jouissoit non-seulement du comté d*Auxerre, mais même des droits royaux dans toute son étendue, par accord fait entre Charles VU et Pbilippe-le-Bon, les chanoines profitèrent de Toccasion pour rentrer dans leur ancienne liberté d'élire, et, afin de n*y pas être troublés, firent le choix dont je viens de parler. Le duc accorda la demande, et leur écrivit là-dessus des lettres dont le parlement de Paris prit depuis connoissance en 1479 (2).

L'évêque élu étoit natif d'un petit lieu appelé Condé-sur-Noireau, diocèse de Bayeux. Il avoit pris Tbabit de l'Ordre de Saint-Dominique, dans le couTcntdeCaen, et avoit poussé ses études jusqu'à être docteur en théologie. Charles-Ie-Hardi, duc de Bourgogne, le choisit pour son confesseur, et ce fut apparemment ce prince, encore simplement comte de CharoUois, ou le duc Philippe, qui lui procurèrent une abbaye dans les Pays-Bas ; au moins le nouveau Gallia Christiana marque, en 1466, un Enguerrand Signart parmi les abbés d'Haumont, diocèse de Cambrai. L'élection faite par le Chapitre d'Auxerre ne fut confirmée à Rome qu'au bout d'un an, par la bulle de Sixte IV, savoir, le 15 mars 1474 (5), auquel on comptoit en Italie 1475. Jusqu'à ce qu'elle eût été reconnue, le Chapitre eut soin de faire célébrer les ordinations par quelques évèques m partt6ttô, et de conférer les bénéfices (4). Guillaume, évêque d'Ëbron, conféra la tonsure, le mercredi 21 février 1475, et reconnut que c'étoit avec la permission du Chapitre sede vacante (5). Comme on étoit dans le plus fort des guerres de Louis XI contre le duc de Bourgogne, et que dans l'Àuxerrois les uns tenoient pour le roi, les autres pour le duc, le nouveau prélat ne se pressa point de faire son entrée,

1473 ii U77.

(1) Saluln'iensig.

(â) RegisL Parlam.

(3) Voyez les Preuves.

i4)ED 1474, le 17 août,le Chapitre admit la résignaUon d*an canooicat de Clamecy . Viole .

(5) Cet évêque sa retrouva encore à Auxerre, le 9 mars 1477, auquel temps le Chapitre lui 6t les accueils qu'on faisoit ordinairement aux personnes de distinction.

88 ENGUERRAND SIGNART ,

et il se déchargea sur les vicaires-généraux d'une partie de la soliicilude pastorale. Il en reste une preuve dans la collation qu'ils firent, le 21 juin 1476» de la léproserie de Cravan, à Germain de Tangy, chanoine. Mais, dans le mois suivant, il donna lui-même son consentement à Tannexe de l'église paroissiale do Saint-Pierre de Gien-le-Yieil , faite au Chapitre de Gien par le pape Sixte lY ; son approbation est du 26 juillet. Je ne sais si cette réunion auroit quelque rapport avec ce qu'on lit dans les registres du parlement au 9 avril H75 après Pâques, que le chantre et le Chapitre de cette église collégiale firent procéder par voie d'excommunication contre les paroissiens de Saint- Pierre-le- Vieil , et qu'en conséquence de la requête présentée par Tabbé et monastère de Saint- Benoit-surxLoire, par frèr^ Jean de Marensol, prieur de Gien, et par Jean de Chermes, curé de la paroisse, le parlement ordonna que les excommuniés, c si aucuns il y avoit, seroient absous à cautèle. » Cette excommunication suppose que les paroissiens en avoient mal agi envers le Chapitre de Gien ; et Ton peut croire, ou que la réunion projetée avoit déplu aux habitants, ou que leurs mauvaises manières y donnèrent occasion. 1.C changeraeni que la mort du duc de Bourgogne apporta à Auxerre, en janvier 1476, détermina Ënguerrand Signarl à y faire son entrée. Tout le pays ayant reconnu prompiement Louis XI pour légitime seigneur» il n'y 9voit plus difficulté à s'exposer dans les chemins, et les iosulles n'étoient plus a craindre. On ne dit point que cet évéque ait été accompagné des barons k cette cérémonie, ni même qu'il les eût mandé pour y être présents. On apprend seulement, far un ancien évangelier de la cathédrale, qn'il prêta le serment ordinaire des évêques, en prenant possession le 27 mars, le jeudi avant les Rameaux en 1476, selon la supputation frauçoi^e suivant laquellej Pâques , arrivé le 6 avril, commença l'année 1477. Les habitants lui présentèrent, le jour de son entrée, du meilleur vin de Bourgogne. Ce prélat passa dans le pays le reste du printemps et tout Télé, après lequel temps on ne le vit plus : il prêta le serment accoutumé h Sens, le 9 mai ,d'autres disent le 1^'mai, (a).

(a) Il était à Auxerre le 8 da ^ême mo^is^ Ior^(^i^*il donna aux religieux de Saint- Marien une reconnaissance de la réduction à 15 livre6 d'une rente de 26 liv. qa'tis prenaient sur le salage d'Auxcrre. L'évéque rapporte, dans facte qu'il en délivrait

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ËiaDt au prieuré de Notre -Dame-de-la-d'Hors, le 14 du même mois, 1173 ;, 1477 il accorda quarante jours d'indulgences h ceux qui visiteroient les reliques de saint Vigile et feroient quelques aumdnes pour le rétablissement de cette église qui menaçoit ruine. Il avoit accordé , dès le 24 avril , de semblables indulgences à ceux qui fourniroient à l'entretien de la célèbre confrérie des Trépassés, qui étoit encore dans sa grande vigueur chez les Jacobins d'Auxerre. Comme cela ne suffisoit pas, il approuva |ionr la prédication, le 24 septembre suivant, seize religieux, prêtres de la même maison, et le prieur Jacques de Brie, k la tête, accordant quarante jours d'indulgences \k ceux qui vraiment contrits et pénitents assisteroient à leurs sermons, outre les cent jours accordés pour le même sujet par le cardinal RoUin, évêque d'Aulun ; il ne leur épai^na pas plusieurs autres grâces semblables : le tout daté du palais épiscopal d'Auxerre, selon l'expression introduite du temps de son prédécesseur. Ce sont les seuls actes qui paroissent sous son nom. Avani la fin de cette année, il avoit résigné son évêché à Jean Baillet, chanoine de Saint- Merry, à Paris, et prieur d'Andrie, diocèse d'Auxerre, se réservant pension. Dans le temps que cette abdication se projetoit, Côme Guymier, célèbre jurisconsulte, fat reçu chanoine d'Auxerre (1).

Ënguerrand , quoique dépouillé du titre d'évêque d'Auxerre, ne cessa point d'exercer les fonctions épiscopalcs, puisqu'au sortir d'Auxerre il fut transféré à Maïorque^ au moins pour le titre. Il n'oublia pas l'église d'Auxerre, et envoya, au mois de mai J482, trois parements de soie pour la décoration du grand-autel , avec une somme pour fonder son anniversaire. Thomas Herri, professeur de théologie de son Ordre, en fut le porteur et s'acquitta de la commission le vendredi 24 de ce mois. Le Chapitre, auquel présidoit le chantre pour l'absence du doyen, reçut le loul et promit par acte (2) de chanter tous les ans, durant la vie

(I) Ex Comp. Cal. Mail 1478. | (i) Voy. les Preuves, à Van 1482.

« que les moines lui ont fait cette remise à canse de la pauvreté de Tevesché arrivée » au moyen des guerres qui darrenierement ont eu cours en ce pays d^Aucerrois, et ' » aussi aux grants interestz et despens que avons euz et faîz à la poursuit te de nostre » confinnacion etenta-ée audit evesché. » (Archiv. de ITonne. Fonds Saint-Marien, titres de la rente duc par Tévéché.) (S. d. E.)

90 JEAN BA1LLET,

U73 h 1477. d'Engaerrand. le iO de juillet, une messe du Saint-Esprit, et après sa mort, celle de Requiem. Selon sa demande, deux jacobins, prêtres du couvent d'Auxerre, furent admis à ce service et à y avoir chacun la distribution manuelle d'un chanoine. On croit qu'ayant quitté l'évécbé d'Auxerre, il demeura à Paris, où il avoit traité avec Jean Baillet ; au moins, il y a apparence qu'il y mourut le 22 mars 1485. Il fut inhumé au milieu de la nef du grand couvent de la rue Saint-Jacques. Sa tombe, autrefois couverte d'une statue couchée qui le représentoit, a élé depuis mise a côté ; on la voit conligue au mur proche la chaire du prédicateur; on y lit encore cette épitaphe : « Hic jacet reverendus in Chrislo pater et > Dominus» frater Inguerrandus Signart de conventu Cadomensi, » doclor in theologia et episcopus Autissiodorensis, atque confcssor » illustrissimi principis Caroli BurgundiaB ducis. Obiit anno Domini » 1485, die 22 mensismartii ; cujus anima in pace requiescat. Amen. » Les ornements qu^il avoit donnés subsistoient encore dans le trésor de la cathédrale, quand les huguenots surprirent Auxerre. On lit dans l'inventaire fait un peu auparavant, Tarticle qui suit : < Trois draps de » taffetas et un priant en forme de jacobin crosse, mitre, avec les » armes de feu M. de Maïorque, évéque d' Auxerre. »

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