‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 26 sur 122 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De deuxévêques UréB successivement de la maison deDinteville. FRANÇOIS DE DINTEVILLE, !•'. DU NOM, XCI. ÊVÊQUE D'AUXERRE.

On a TU, dans la quatrième partie de cet ouvrage, onze évêques qui isis ï isao. ont gouverné l'église d'Âuxerre environ cent quarante ans. J'en ai parlé uniquement sur des mémoires répandus de côté et d'autre dans les archives où sont des registres, des comptes et semblables enseignements. Il s'en présente maintenant deux de suite, dont la vie a été écrite peu de temps après leur mort, et qui pour cette raison fournissent une matière assez abondante, le second principalement, dont Fépiscopat a été plus long et plus rempli d'événements. Ce sont les deux François de Dinteville oncle et neveu, qui tiroient leur nom d'une terre

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1513 a 1590. sîtuée (laos la Champagne, et possédée anciennement par les Janconrt. Les actions du premier ont été écrites par un chanoine attaché ï luit appelé le Marchand (a), à qui il est échappé peu de faits importants, quoiqu'il n'en ait touché plusieurs qu'en général.

François de Dinteville, premier du nom, éloit fils de Gaude de Dinteville, seigneur Commarin en Bourgogne, d'Eschenetz, Polisy, etc., et de Jeanne de la Baulme, fille du seigneur de Mont-Saint-Sorlm , descendante des comtes de Mont-Revel, riche et puissante famille. Claude de Dinteville avoit été élevé à la cour des derniers ducs de Bourgogne; étant leur conseiller et surintendant de leurs finances, il fut tué à la bataille de Nancy avec Charles-le-Hardi a l'âge de 64 ans (1). Il eut quatorze enfants de son mariage , savoir quatre filles (2) et dix garçons; le dernier fut notre évêque. La jeunesse de François de Dinteville fut soigneusement cultivée. Après avoir étudié a Dijon et à Âutun, où il fit voir combien on devoit attendre de lui, il fut envoyé à Pavie en Italie, ou plutôt à Padoue, pour y étudier le droit. Y ayant été reçu docteur en l'un et l'autre droit, au bout de cinq ans, il retourna en France après la fin des guerres du duc de Bourgogne. Â peine y fat-il arrivé, que Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, admirant les qualités de corps et d'esprit du jeune François, le prit en afiection et l'attira auprès de lui. Cet archevêque, devenu cardinal ef ambassadeur, continua de le garder dans sa maison. Les parents de François n'oublièrent rien alors pour le faire connoitre à Louis XII et lui mériter sa bienveillance. Quelques-4ins ajoutent que Claude de DintevîHe, abbé de Régny, puis de la Ferté-sur-Grosne, fut la principale cause de sa fortune. Cet abbé peut avoir contribué à son avancement dans les sciences; mais François put être plus utilement protégé par Guillaume Pot, évéque de Toumay, son oncle. Il avoit déjà deux frères revêtus d'offices in^ortants ; ainsi il

(1 ) Anselme, Grands- Veneurs. \ abbeise de Maabaisson.

(2) De ces quatre fiUes fut Antoinelte,

(a) Ce chanoine, appelé François Mercator ou Marchand, écrivit la vie de Tévéque par ordre de son neveu, en 1848.— foy. le Ms. original du Gerta Pontif.

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né loi fut pas difficile d'obtenir des bénéfices. Gaucher de Dinlevitle, le plus âgé de ces deux frères, et qui continua la postérité, étoit maître d^hôtel du roi et chevalier de ses Ordres; il fut depuis lieutenant de la ville de Sienne pendant les guerres d'Italie, et gouverneur de François, Dauphin de France. Jacques, un peu plus jeune que Gaucher, fut grand-veneur de France. Avec de telles recommandai ions, François de Dînteville, leur frère cadet, ne manqua point de revenus ecclésiastiques. Il ajouta \k la cure de Ricej, diocèse de Langres, et au prieuré de Ghoisj, diocèse de Meaux ,' outre des canonicals dans les églises d'Autun , de Beaune et de Dijon, l'abbaye de Châtillon- sur -Seine et celle de Hontier-en-Der , dont il jouissoit au moins dès Tan 1507. 11 fut fait évéque de Sisteron en 4508. Deux ans après, le siège d'Âutun étant venu à vaquer , le Chapitre le demanda pour prélat. Mais Louis XII le pria de céder son droit à Jacques Hurault; ce qu'il accorda trèsvolontiers, n n'en fut pas de même pour l'évéché d'Àuxerre. Jean Baillet ayant laissé le siège épiscopal vacant au mois de novembre 1515, les chanoines, assemblés le 5 décembre suivant, indiquèrent le lundi 50 janvier pour l'élection , et en donnèrent avis par Philippe Gaveau, curé de Levis, aux confrères absents, qui étoient au nombre de plus de vingt. On ignore si tous se rendirent au jour désigné; mais le choix de l'assemblée tomba sur l'évêque de Sisteron (1). Ce fut la dernière élection. Le règne de François I®' , qui suivit de près, apporta du changement dans la manière de créer les évéques du royaume (a). Cela

(i) 11 est oommé dans les registres du Vatican an 6 mars 1513.

(a) Le changement s'étendit aussi au régime des monastères qui furent donnés en commande à des fils de grandes maisons, au lien d'être, suivant les règles canoni ques, gouvernés par des abbés élus par les moines.

Les abbayes du diocèse d'Auxerre subirent le sort commun. Les plus illustres, comme celles de Saint-Germain d'Auxerre et de Pontigny échurent à des cardinaux, à des évéques^ les autres furent données à titre de bénéfice aux aumôniers du roi, ou à d'autres ecclédastiques qm ne résidaient pas Ja plupart da temps dans leur monastère.

n advint de là que les moines étaient gouvernés par un prieur qu'ils élisaient* L'abbé payait aux moines une pension proportionnée à leur nombre, et souvent son fermier ou son procureur faisait languir les pauvres frères. De là des débats, des

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1613 il 1)90. ^^ <^usa aucun chaDgemeut dans la manière de gouverner les revenus de l'évêché^ le siège vacant. Dans celle-ci , le Chapitre fut encore maintenu à les régir, et révêché d'Auxerre déclaré exempt de la régale par arrêt du parlement du 25 mars 1515*

François de Dinteville, acceptant sa nomination à l'évéché d'Auxerre qui éloit d'un revenu considérable, ne conserva, de tous ses bénéfices^ que l'abbaye de Montier-en-Der. Il fit toute la diligence possible pour se rendre au plus lot à Auxerre, parce qu'il fut informé que sa présence étoit nécessaire , pour empêcher les gens de guerre d'endommager les biens de l'évéché. Au commencement du printemps il vint demeurer à Auxerre , sans y faire d'abord son entrée solennelle. Louis XII avoil écrit au Chapitre, qu'on trouvât bon qu'il demeurât dans son palais épiscopal avant cette cérémonie; et le 3 mai i 51 4 il donna lui même acte comme il ne prétendoit point déroger à la louable et ancienne coutume, selon laquelle les nouveaux évêques ne peuvent demeurer à la ville avant la veille de leur joyeuse réception, reconnoissant que par grâce les chanoines le dispensoient de cette loi , sans tirer à conséquence. L'année cependant ne s'écoula point sans la cérémonie accoutumée. Le 17 décembre 1514, il fut reçu à l'abbaye de Saint- Germain par l'abbé François de Beaujeu; et le lendemain il fit son entrée solennelle dans la cathédrale, assisté de François de la Rivière bailli du Donzios, comme représentant Françoise d'Albret, duchesse de Brabant, obligée, sous deux chefs, a porter l'évêque, savoir pour la baronnie de Donzy et pour celle de Saint-Verain. A l'égard du serment dû h l'église de Sens, il s'en étoit acquitté dès le cinquième du même mois entre les mams du vicaire-général de l'archevêque Tristan de Salazar, alors absent.

Il n'est pas parvenu jusqu'à nous beaucoup d'actes concernant la police extérieure du diocèse. Nous savons seulement que, dès le troisième avril suivant, il donna une ordonnance contre l'abbesse et les religieusea

procès intermiDables. Pour y couper court, les biens des monastères furent partagés en manse abbatiale et en manse conventuelle^ et chaque partie les administra h sa guise.

Il est à remarquer que les abbayes de femmes ne furent pas soumises à la commande, quoique les titulaires fussent aussi nommées par le roi. [N. d. E.)

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de Saint-Jalien-lès-Auxerre (1), par laquelle il leur eojoigDoit nonsealement de ne point sortir de leur clôture sans permission , mais de n'admettre dans Fintérieur de leur maison que leur médecin, et de veiller mieux qu'elles ne faisoient sur leur temporel (a). Je ne marquerai pas les réparations faites par François de Dinteville dans l'abbaye de Hontier-en-Der où les guerres avoieut tout détruit, et dans le château de Sommevoire qu'il rendit semblable à une forteresse ; je passe également sous silence celles qu'il fit dans l'abbaye de Cbâtillon- sur-Seine qu'il avoit eu en 1495 par résignation de Guillaume du Bois, abbé régulier, moyennant une pension assignée sur le domaine de Chaumes. Dans l'auteur de sa vie, on peut voir ce détail, qui ne regarde point son église. Il nous suffit de rapporter ce qu'il fit pour le bien de son éyêché. Il songea donc d'abord à réparer entièrement les maisons épiscopales de Yarzy et de Régennes. Il éleva , dans cette dernière , une tour considérable et rebâtit à neuf le corps du logis avec une galerie magnifique. C'est avec raison qu'on a vanté les ornements que François de Dinteville donna à son église cathédrale* Ils éclatoient en or et en pierreries, et certainement aucune église de France n'en avoit alors de pins beaux (2). Us furent depuis la proie des calvinistes (3). \e% orgnes qu'il fit construire proche la grande porte de Téglise coûtèrent

1518 il 1580.

(i) Ex autographe in Sehœdiê S. Martini a Camjns.

(2) Si ce n'est peut-être la Sainte-ChapeUe de Bourges.

(5) Les ho^enols s'emparèrent da trésor de la cathédrale en 1567; on fut assez heareux poor racheter de leurs mains Tun des somptueux parements d*antel qu*il avoit

donné avec quelques unes de ses chapes et dalmatiques ; mais on n'a pas eu l'avantage de conserver ce parement inestimable; il fut dérobé dans le dernier siècle; et les chapes avec quelques dalmatiques ayant paru à quelques chanoines hors d'usage, ont été vendues de notre temps a des juifs malgré les remontrances de quelques autres.

(a) 11 arriva vers Tan 1522, dans cette abbaye, un événement eitraordinaire que noQs a conservé une enquête de l'an 1580, relative au droit de justice de Tabbesse dans le faubourg de Saint-Julien. L'abbesse, qui s'appelait Marguerite de Saigny, fut chassée du monastère par M. de DinteviUe^ aux ordonnances duquel elle avait refusé d'obéir, et le prélat fit abattre Técusson de ses armes qu'on voyait auprès du moulin de Saint-Martin. Mais bientôt après, six mois environ, l'abbesse fut ramenée à Auxerre par 40 ou 50 Suisses, ses compatriotes, à la tête desquels était le corps de justice de la viUe.— Plusieurs des plus notables habitants étaient allés au-devant jusqu'à Annay-la-Côte — Arch. de V Yonne, fonds Saint-Julien. {N. d. E)

no FRANÇOIS DE DINTEVILLB , PREMIER DU NOM,

1518 ï lôdOc beaucoup. Les huguenots profitèrent depuis des tuyaux et n'y laissèrent que le buffet qui subsiste. Pour ce qui est du jubé, Técmain de sa vie n'a pas été si bien fondé à le préconiser; le goût de la nouvelle structure de ce temps-là ne mérite pas d'être suivi; outre ce défaut dont on ne pouvoit pas répondre alors, il pèche essentiellement en ce qu'il traverse toute la face du chœur (a). Il n'y avoit auparavant que deux pupitres ou tribunes : l'un du côté gauche pour les épitres , leçons et répons-graduels ; et l'autre du côté droit pour l'évangile ; cela n'offusquoit pas la vue. Pour soutenir la masse prodigieuse da nouveau jubé, il fallut jeter de nouveaux fondements sur les deux descentes qui conduisoient au chœur souterrain ; par là ont disparu entièrement ces descentes qui étoient un des ornements de l'église. Oo croit que le jubé fut commencé en 1525 et qu'il fut continué en 1524, selon le chiffre qui se voit à quelques colonnes pyramidales. Le portail de l'église du côté du septentrion, commencé cent ans auparavant sous Philippe des Essarts et achevé sous M. Baillel, n'avoit plus besoin qiie du vitrage. Le chantre, l'archidiacre de Puisaye et deux autres chanoines furent députés à la fin de Tannée 1527, le 6 avril (1), pour en conférer avec l'évéque, et ayant réussi dans leur conférence, on commença à y travailler au mois de mai suivant que Ton comptoit 1528. Ses armoiries, qui s'y voient en plusieurs endroits, sont une preuve de sa libéralité. Sa sentence favorite étoit : Virtutis fortuna cornes; faisant connottre par Ta, que s'il étoit riche, il essayoit de ne point mal user de ses biens, et de ne chercher querelle à personne, mais à être utile à tout le monde. On remarqua, en effet, que durant les quinze à seize années de son épiscopat, il n'eut aucune contestation ni même la moindre ombre de difiiculté avec le Chapitre, ni avec aucun des cha-

(!) ReffUL Capit. 6. Apr. 1526 ; 8 mai 1528.

(a) L'abbé Lebeuf apprécie avec le goût d'un vrai archéologue la disposition malencontreuse de ce jubé. On ne doit pas être étonné si ses confrères l'ont fait disparaître. -^ Le bon chanoine, auteur de la vie deTévéque, re^gardait ce jubé comme le plus beau de France, et ajoutait : « Miro lapidum tabulatû, raro artificio clegantique ut... »> {N.d.N.)

QOATRB-VlNGT-ONZliME ÉVÉQUE d'aUXERRE. iii

noines en particulier. Il aima aussi beaucoup les citoyens, et se les attacha 1513 ^^ i^^ par le soin qu'il prit pour leurs intérêts. Il demeura plus d'un an k Paris pour recommander au président Baillet, à Robert Thiboust et autres conseillers de la cour, la cause des Àuxerrois pour le bailliage transféré à Villen6UTe-le-Roi pendant que les ducs de Bourgogne jouissoient du comté d'Auxerre; et son crédit aida à procurer l'arrêt de l'an 1525 , qni adjugea au bailliage d'Auxerre les pays d'entre les rivières d'Yonne et de Loire, comme Donzy, Glamecy et les environs. Il se donna beaucoup de mouvement en 1526 pour obtenir des foires à la ville (1), aussi bien que le recouvrement de ce qui revenoit anciennement aux habitants sur la vente du sel. Il fut aumônier ordinaire de Louis XII et de François I^' ; ces deux rois le chérirent et le considérèrent. Pendant les trois ou quatre mois qu'il passoit en cour, il avoit un train superbe, et faisoit une dépensef proportionnéfe à sa qualité; ce qui lui gagna l'amitié des princes, des seigneurs, et de tous les courtisans. Malgré ses absences, l'hérésiedeLuther qui vint à s'élever, ne trouva aucune entrée dans son diocèse. Il assista exactement aux assemblées et aux conciles provinciaux que tinrent les archevêques de Sens, Etienne Poncher et Antoine Duprat. Il fut commis par le pape Léon X avec les évéques de Paris et de Grenoble pour faire l'information de la vie et sainteté de saint François de Paule (2). Presque toujours, un évêque inpartibus le soulagea dans les fonctions épiscopales. En 1520, c'étoit Philippe Brunet, docteur en théologie, lequel fit le 10 mai de la même année la dédicace de l'église de Saint-Bris. Deux ans après, c'étoit Jean, évêque de Simm... qui dédia celle de Saint-Pierre de Toucy, le 13 juillet 1522, et en 1525, Pierre, évêque d'Ebron le suppléoit dans le ministère épiscopal (5). Il eut pour vicaire-général et officiai, Guillaume Chausson, licencié-ès-lois qu'il fit chanoine en 1525 et lecteur en 1528 (4). L'autre vicaire-général fut Pierre de Monljot aussi licenciées-lois et chanoine. Entre les personnes de marque qu'il fit chanoines de son église, l'un des plus célèbres est le savant auxerrois Germain

(t) Compte de Laorent Barault, fol. 25. 1 (5) Reg. 11. JuL 1527. (2) Procés-Terbal du 13 août 1557. ; (4) 15 maii 1528.

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