FRANÇOIS DE DINTEVILLE, PREMIER DU MOU
1513 k 1&80. ^^ Brie, plus connu sous le nom de Germanus BrixiuSj reçu en 1515 (1). La même année 1520 il donna à son neveu François de Dinteville (2) une prébende qui vaquoit par la mort de Vincent Souef; (5) et en 1527 une autre à Philippe de Courtenai , sousdiacre, bachelier eo droit (4). Sou neveu ne resta pas simple chanoine, il parvint à la dignité de doyen; et, dès Tan 1527, il fut fait évoque de Riez où il ne résida point ; il resta auprès de son oncle dont il étoit le conseil, et qui enfin lui résigna son évéché. Dans Tun des voyages que notre évéque fit en 1526, François P' Tadmit à être présent au contrat de mariage d'Anne de Montmorency et de Magdeleine de Savoie, fille de René de Savoie. Dans une autre occasion, le même roi lui avoit donné la commission de recevoir de sa part la somme de 50,000 livres que les Etats de Bourgogne, comtés de Maconois, Auxerrois, Ghâtellenies de Bar^ur- Seine et de Noyers , comté d'Auxonne, etc. lui avoient accordée poor les francs fiefs et nouveaux acquêts de tous ces pays-là , de laquelle somme les Auxerrois dévoient payer 1,700 livres. On a tout lien de croire que ce fut par ses sollicitations que François I®' , demandant au clergé de Bourgogne des droits d'amortissement, k l'occasion de la guerre contre le roi d'Angleterre, se contenta, pour tous les biens ecclésiastiques du diocèse d'Auxerre , de la somme de 5,500 livres par lettres données à Saint -Germain- en -Laye, au mois d'octobre 1522 (5). Au reste, ce prélat, quoique souvent en cour, et faisant grosse dépense , augmenta les revenus de son évêché. La doucear qui lui étoit naturelle, et ses différentes occupations , ne lui firent pas négliger ses intérêts temporels. Ayant appris que l'ancienne tour et la maison seigneuriale de Toucy avoient été démolies par Aymar de Prie, baron de ce lieu, pour y bâtir un nouveau château, il fit comparoitre par devant lui, à Auxerre, ce seigneur, afin de lui faire reconnoUre qn'il tenoit ce château nouvellement édifié, aux mêmes conditions et chaires que ses prédécesseurs avoient tenu la grosse tour et le vieux château, c'est-à-dire, en fief de l'évêché d'Auxerre, et pour me servir des termes
(1)19 iltifif. 1524.
(S) Ex Computit Capit,
[Z) Il résigna sa prébende en 1520 à
Jacques Joce. clerc.
(À) Reg. Cap. 1527., 27 Mars.
(5) Voy. les Preuyes, t. iv. à Tan 1522.
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do droit, qu'il éioii jurable et rendable k l'évêque quand bon lui sembloit. Cet acte du 20 juillet i525 contient le reste des engagements des barons de Toucy envers l'évêque qu'il seroit ennuyant de rapporter {i ). Aymar survécut peu à cet aveu ; mais l'évêque ayant exigé un pareil acte de foi et hommage des enfants qui lui survécurent, il ne put refuser le délai ou souffrance que demanda Marc de la Baulme, leur tuteur, et il accorda du retard par acte du 14 mars 1527 (a).
Cet évêque k 66 ans fut atteint d'un dévoiement qui, par sa durée, le conduisit au tombeau. Il sentit approcher sa fin le dimanche 24 avril 1530. Il s'y prépara ce jour-là par une confession générale de toute sa vie, et par la réception de la sainte Eucharistie k la fin de la messe. Le mardi suivant, il réitéra la confession et la communion ; ensuite il fit venir Louis Bride, son secrétaire, qui étoit notaire apostolique, Guillaume Chausson, son officiai, Jean le Foui, chanoine lortrier, son confesseur, et il écrivit son testament qu'il fit signer par le notaire apostolique. Il y demanda d'être inhumé sous le jubé de la cathédrale proche l'autel de la Magdeleine, ou dans le chœur; ce qui prouve qu'il n'y avoit point de caveau sous ce jubé, et qu'il fut construit depuis. Il demanda, en second lieu, pour le repos de son âme, chaque année, douze services à vigiles et grand'messe; il légua pour cela douze livres payables à chacun de ces services, par son frère, Gauthier de Dinteville, seigneur
(1) Voy. les Preuves, l. iv, à Van 1523.
(a) Un compte de Tan 1517 nous révèle quelques usages de l^égUse d'Auxcrre qoe nous aUoDS rapporter, parce que cette pièce est l'unique de ce genre qui existe, aux archives de FTonne, sur Tévéché d'Auxerre. On y apprend que l'évêque faisait faire quatre sermons par an^ savoir : le jour des Gendres^ au chœur de la cathédrale ; le dimanche des Rameaux, au cimetière de la Madeleine ; le Jeudi-Saint^ dans le Chapitre ; et le mardi 28 avril, jour du Synode, au chœur. Il payait cinq sous pour chaque sermon aux Frères-Mendiants.
Le 30 avril, veille de la fête de Saint-Amatre, le Chapitre allait en procession dans l'église de ce saint, et en revenant de la cérémonie, au retour des matines, Tévéque avait coutume de donner aux chanoines des gatleîets pour la collation que faisait le Chapitre, et six setiers de vin tant blanc que rouge.
A cette époque^ le sucre était rare et cher. (1 n'y en avait pas chez l'apothicaire de l'évêque, et on en alla chercher 4 livres chez M. Charmoy, que l'on paya 4 gros 'a livre, soit 20» S»». (iV. d. E.)
114 FBAMÇOIS DB DIMTBVILLB 1^' DU NOM,
1513 ï IS80. ^^ Polizy, son seul et universel héritier. II Tavoit établi exécuteur de ce testament, avec son fils , François de Dinteville, qui devoit lui succéder dans Tévèché (1). Ce prélat avoit gardé un certain nombre d'ornemeots précieux, qu'il réservoit peut-être pour le besoin, au cas qu'il fât arrivé quelque famine ou quelqu'autre adversité. Il légua alors le tout à sa cathédrale, savoir : quatre chapes et le reste d'une pièce de drap d'or pour un parement d'autel; il y ajouta sa chasuble, dalmatique, et tunique de drap d'or; de plus deux tables ou parements d'autel de fin or en l'un desquels étoit représenté Tarbre de Jessé et en l'autre les saints patriarches ; et il ne laissa à son successeur que l'argenterie de sa chapelle et ses ornements ordinaires (2). Le jeudi 28 du mois, il demanda l'extréme-onction ; mais on remit au lendemain matin. Son neveu, le doyen, ne put lui conférer ce sacrement à cause de la douleur dont il étoit saisi ; le chantre l'administra au malade, qui le reçut avec une pleine et entière connoissance , répondant lui-même aux psaumes et aux versets. Demandant alors pardon aux chanoines assemblés qui fondoient en larmes, il leur dit adieu et se recommanda à leurs prières. Depuis ce moment, il resta toujours dans l'attente de l'heure du Seigneur et lui rendit son âme le même jour 29 avril, un peu avant quatre heures du soir. Son neveu prit le soin des funérailles qui furent magnifiques. Il fut inhumé sous le jubé à l'endroit qu'il avoit désigné. Il y avoit dixhuit ans qu'il reposoit en ce lieu, lorsque ce neveu, songeant à sa propre sépulture, crut devoir faire lever les os de son oncle, et construire en cet endroit un caveau pour les mettre et y être inhumé un jour auprès de lui. Il fit dresser dans l'enfoncement sous le jubé un très-beau mausolée de marbre blanc (a), qui représentoit le défunt couché et revêtu d'habits pontificaux, avec ces deux vers :
Nobilitas, virtas, et magnificentia tecum Hic, Francisée, jacent^ hsc cœlo munia digna. MDXLVIII.
(i) Bx ejui Ustammto. 1 mdnes poor les Jacobins Cordeliers, hôpi-
(i) Par ce testament, il ordonna des au- | taux de la Magdeleioe et de Saint-Pierre.
(a) Le texte du Gesta ne dit pas tout-à-fait ce que rapporte Tabbé Lebeuf, au sujet « de ce tombeau : a Nobile mausoleum marmorea ejus effigie veuustatum, magna om-
« nîum admiratione sculpi, fingi, pingi jussit. » (iV. d. E.)
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Lorsqu'on ouvrit ce caveau, le 16 septembre 1750, pour y placer le 1513 ^ 1530. corps de M. de Broc, évêque, et celui de sa sœur, on y trouva les ossements de ces deux évêques ramassés tout au fond en un las avec deux planches dressées à côté. On croit que leurs ossements avoient été mis ainsî> sans ordre, lorsque la ville étant délivrée des huguenots on reboucha toutes les ouvertures qu'ils avoient faites, ou vers Tan 1690 lorsqu'au renouvelant le pavé de la nef, il fallut fortifier l'entrée de ce caveau. Y étant descendu, j'y reconnus les ossements de deux corps différents, et de deux différentes couleurs. Comme le corps de celui dont je viens de parler avoit été dans la terre pendant dix-huit ans, ses ossements étoient de couleur jaune pâle et passée ; mais ceux du neveu parurent d'un jaune plus foncé et tirant sur le brun. Je ne crois pas qu'il soit besoin de faire remarquer que le buste où l'oncle est représenté vers l'angle du jubé, entre la figure de saint Aunaire et celle de saint Vigile, ne peut être de ce temps, ni d'une sculpture que le neveu eût ordonnée; sans doute, c'est une figure substituée à celle que les calvinistes avoient rompue ou mutilée. C'est lui ou son neveu que Ton voit représenté dans un vitrage de la collégiale de Montmorency au diocèse de Paris, dans l'aile gauche. Apparemment que les Dinteville firent du bien à cette église.
Le fameux Rabelais a fait entrer dans sa satyre le prélat son contemporain (1), dont je viens de rapporter les actions; et après avoir dit de ce noble pontife qu'il aimoit le bon vin, il avance des paradoxes contre toute vraisemblance. Il ne seroit point étonnant que ce prélat voulant plaisanter sur la simplicité des paysans, eût dit k Paris ou ailleurs^ où il faisoit boire libéralement de son excellent vin de Migraine, que si l'on vouloit croire les vignerons, il faudroit transférer entre Noël et l'Epiphanie les fêtes de saint Georges, saint Marc, etc. où les vignes sont souvent gelées, et mettre en leur place sur la fin d'avril, et au commencement de mai celles de saint Christophe, saint Laurent, l'Assomption. Mais jamais on ne pourra persuader que cet évéque ait eu sérieusement intention de parler de la sorte. Aussi l'auteur des notes sur l'édition de 1711 , qui voudroitnous le faire accroire, se trompe-t-il
(1} Tome m, p. 180, édit. 1711.