CHAPITRE III
FERRIC GASSINEL, LXXXII» ÉVÊQUE D AUXERRE.
L'alliance qui étoit entre la famille d'Etouteville çt celle de Cassinel 1399)118901 put contribuer k faire succéder k Guillaume d'Etouteville Ferrie Cassinel auparavant évêque de Lodève. Il étoit second fils de François Cassinel, sergent d'armes du roi Jean, dont le frère aine, nommé Guillaume, seigneur de Pompone proche* Paris, sergent d'armes de Charles V, avoit épousé Isabeau de Chàlillon veuve de Matthieu, seigneur de Roye, proche parent de Guillaume d'Etouteville. Cette famille de Cassinel, originaire d'Italie, sortoit d'un Jean Cassinel, dont un fils servit le roi Philippe-le-Bel > qui le fit chevalier de son ordre , et châtelain de Calargues en Languedoc. Il y a apparence que la branche dont descendoit immédiatement notre évêque, étoit établie à Paris, parce que son père et ses plus proches parents y ont été inhumés dans l'église de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers (1).
Ferrie avoit d'abord été archidiacre de Vexin, dans l'église de Rouen, et secrétaire du roi. Il n'avoit encore que ces deux qualités en 1571 (2), lorsqu'il assista, avec Gérard de Montaigu, à une assemblée où son frère Guillaume fut élu curateur de Marguerite, fille de Robert Guy, chevalier. Mais, en devenant évêque de Lodève, il commença à jouir d'une partie de la seigneurie de Calargues, donnée à ses ancêtres. Charles VI, qui fut le promoteur de sa translation a Âuxerre, le chérit tellement, qu'il le retînt presque toujours à sa cour. II n'est parvenu jusqu'à nous aucune des circonstances de son entrée, ni aucun acte de foi et hommage dont les autres prélats ses prédécesseurs étoient si jaloux. L'on pourroit même dire en très-peu
{\) Ex testam. Bertrandi Casiinel — Voy. les Preuves, ad an. 1397.
(!2) Le greffier des registres da Parlement de Tan 1368, au 8 août, a écrit ce qui suit :
» J*allai an clos Branel au commendement n de mailre Ferrie Cassinel, jadis mon com- » pagnon, qui à ce jour fut fait docteur en M décret.»
10 FERRIC CASSINEL,
i38sài39o. d® ^^^ ^^"^ ^® ^^^ ^'^^ ^^'^ ^^ ^^ P^^^ ^^'^' P**'^ ^^^ affaires de son diocèse.
Son frère Bertrand étoit chantre de la cathédrale, soit par résignation de Denis Lopin , soit par l'élection du Chapitre , lorsqu*il le gratifia d'un petit bénéfice de ^son diocèse, qui fut sujet par la suite à de grandes contestations. Cétoit la maîtrise de la Maladerîe de Toucy. Il la conféra h Bertrand contre les prétentions de la comtesse de Bar, dame eu partie de cette petite ville. Ayant trouvé dans sa cathédrale l'usage de porter nue aumuce noire, il eut recours au pape Clément YII , à Avignon , pour autoriser le changement qu'il projetoît de concert avec le Chapitre. Le pape, qui étoit bien aise d'étendre son autorité, lui accorda pour lui et pour ses chanoines seulement, de pouvoir changer Taumuce noire en aumuce grise (1). Les moines de Bourads s'adressèrent k lui environ le même temps , pour les lettres d'amortissement, au sujet d'un domaine qu'ils avoient à Yarzy sur son territoire, et ils en eurent pleine satisfaction. Les chanoines réguliers de Saint-Eusèbe, assurés que leur église, quoique bâtie déjà depuis plus d'un siècle, n'avoit point été dédiée solennellement, le prièrent d'en faire la dédicace (2). Il en fit la cérémonie le douzième juin de l'an 1584 (5). Les chanoines de la collégiale de Saint-Laurent de Cône, étant en difficulté avec le chantre, première dignité de ce Chapitre, obtinrent de lui un règlement à l'amiable, le jeudi après la Toussaint 1585, qui confirma les statuts qu'avoit faits Gui de Mello au siècle précédent. Toutes leurs contestations furent ainsi terminées (4).
On peut mettre parmi les marques de l'attachement de Ferrie au service du roi, les prêts qu'il lui fit pour subvenir au]^ nécessités de l'État. Pour aider h faire la guerre aux Anglois, il avança la somme de cinq cents livres qui fut remboursée sur la fin de l'année 1585»
(i) Bulle du 27 avril 1383.
(â) Or dinar, mss. abb S, Laurent U, C^) La même année le 38 marâ, Louis d*Anjou, allant de Paris à Avi<rnon, fut reçu dam la cathédrale par le clergé en chappcs,
comme il est marqué dans le journal de Jean Fabri, évéque de Chartres, son chancelier qui étoit du voyage. Cod. Col()CTt, 587. (4) TabuL conad.
QUATRE- VINGT-DBUXIÈMB ÉVÊQUE D*AUXERRE. il
par Nicolas de Plancy, notaire du roi et clerc de ses comptes (1). Après s'être trouvé plusieurs fois au conseil du roi (2), et au parlement les deux ou trois années suivantes (5), il parut avec éclat dans Taflaire de Jean de Monteson Arragonois, qui étoit purement de doctrine. Non content d'avoir assisté à Paris dans la salle de Pévéché, le 24 août 1587, avec Yves Elie, recteur de l'Université, et Simon Frérot, sous-chantre de la cathédrale de cette ville, lorsque Févéque Pierre d'Orgemont condamna les propositions de cet Espagnol (4), il entreprit de le poursuivre vivement, et il étendit son zèle jusques sur ses sectateurs. Monteson, homme subtil et hardi, enseignoil publiquement que la sainte Vierge avoit été conçue dans le péché originel. Ferrie employa son éloquence. k démontrer le contraire devant toute la cour (5); il engagea le roi, qui éloit présent, k ordonner qu'on célébrât la fête de la Conception, et que les partisans de Jean de Monteson eussent à se rétracter. Du Boulay (6) fait mention de la dispute publique, entre notre évéque et Guillaume de Vallan, évéque d'Evreux , dominicain , touchant plusieurs autres propositions du docteur arragonois. On y apprend que Ferrie avoit tout pouvoir sur l'esprit du roi, qu'il l'entretenoit familièrement de toutes ces matières controversées, et que bien plus, il parvint h faire révoquer ou expliquer par Tévéque d'Evreux les propositions qu'il avoit soutenues. Cette révocation se fit au mois de février, en présence de Ferrie même , de Jean Manson , recteur de l'Université , de quelques professeurs et des principaux officiers des nations. La même année 1388, ce prélat s'opposa au rétablissement que le doyen de la cathédrale d'Auxerre voulut faire de sa juridiction , quoiqu'elle parût UQ peu appuyée par le prince , ou par les magistrats , puisque le 9 janvier le bailli de Sens et d'Auxerre reçut ordre de s'informer du lien où ce doyen avoit son officialité , de voir si les officiers
1383 il 1390.
(1) QuiUancc de Ferrie, 25 fdv. 1383, portefeailles Gagniéres.
(2) Conseil, 17 fév. 1386, Prob. hist. Paris, t. II, p. 538.
(3) Kegist. Parlem., 12 nov. 1388. Item, à Yernon, en fév. 1388.
(4) Ex Labb. Alliance Généal., t. ii.
(5) HisL latina Caroli VI, ad an. 1388.
(6) Sa(. XI r, p. 633.
12 FERRIC CASSINEL,
3383111390. ^toient propres h celte exercice, et d'y commettre un promoteur et un appariteur s'il étoit besoin.
Je ne dois pas aller plus loin, sans faire ici mention du procès qui lui fut intenté au parlement de Paris, par Etienne de Mailly, avocat demeurant à Âuxerre, et auparavant officiai d'Autun. Cet avocat avoit été mis dans les prisons de Tévêque (a); et comme le parlement l'avoit fait élargir (i), ce prélat s'en étoit plaint en termes offensants contre la Chambre de la Tournelle (2). La Cour procédant contre lui, Il alla lui en marquer son repentir et la supplier de lui pardonner. On délibéra le 11 mai 1587, et on prononça que l'on surseoyoit à ordonner sur les discours qu'il avoit tenus. Guillaume Cassinel, frère de ce prélats fut impliqué dans le procès; de manière que le parlement, par arrêt du 22 juin suivant, auquel Tévêque étoit présent, ajourna Guillaume à comparoitre personnellement , sur peine de cent marcs d'argent. L'affaire fut ptaidée au parlement le 28 janvier. Etienne de Mailly exposa que l'évêque l'avoit fait enlever violemment de la ville d'Àuxerre, et conduire k Régennes, et que Ik Guillaume Cassinel lui avoit fait donner cruellement la géhenne par deux de ses domestiques, après avoir fait prendre l'un des compagnons de cet avocat (b); que la haine du prélat contre lui procédoit de ce qu'il avoit plaidé au siège d'Auxerre, pour de bonnes gens qu'il avoit mis en cause injustement, et surtout parce qu'il avoit occupé pour la publication d'un excommu-niement que l'évêque de Lodève requéroit contre l'évêque d'Auxerre; qu'enfin ayant trouvé le moyen de s'évader de Régennes , il s'étoii
(I) Anselme, édit. 1726, t. n, p. 56. | (â) Ex regUt. ParlametUù
(a) On peut voir l'analyse de ce procès dans le tome i du BuUeUn de la Société des sciences historiques et nalurelks de V Yonne. L'évêque Ferrie y Ggure d'une manière peu honorable et indigne de son caractère; quoique ^ d^autre part, l'avocat £tienne de Mailly ne paraisse pas non plus être bien délicat. L'évêque l'accuse d'être faussaire et receleur et dit que, dans Texercice de sa profession , il plaida tantôt le pour et tantôt le contre. {N- d. £.).
(5) 11 y a probablement ici une grosse erreur typographique, carie texte dur<;gistre du parlement porte qu'Etienne fut mené à Régennes avec deux compagnons dont Tun fut pendu, — Vide loco citato. • yV. d. E.)
QUATRE-VINGT-DEUXIÈME ÉYÊQUE d'àUXERRE. 45
pourra en cour de Rome séant à Avignon; et il y avoit obtenu des 1333 à 1390. lellresdu pape qui Texemptoient de la juridiction spirituelle d'Âuxerre. Après cet exposé, il concluoit contre Tévéque en huit mille livres d'amende, et contre messire Guillaume Cassinel à une amende honteuse sam diaperon et k genoux, et k quatre mille livres. L'évéque se défendit en niant tout ce que Mailly avoil avancé et Taccusa de divers crimes, représentant qu'il éloit son justiciable , étant clerc non marié. Le procureur du roi conclut, contre l'évéque, en seize mille livres d'amende, et contre Mailly à amende honorable et profitable de dix mille livres, et dit que l'évéque avoit conçu haine contre maître Etienne, parce qu'il avoit été du conseil des appréhendés pour crime d'hérésie que l'évéque avoit délivrés pour de l'argent. Le 50 janvier (a), Mailly se défendit de tout ce que l'évéque avoit allégué contre lui et avança encore qu'un des motifs de la haine de ce prélat , c'étoit parce qu^il avoit demandé à son frère, maître Bertrand Cassinel, chanoine d'Auierre, l'acte d'une prébende pour le curé de Festigoy. L'évéque répliqua , soutint tout ce qu'il avoit allégué , et qu'il y avoit eu lieu à la géhenne; le procès fut appointé. Enfin, le 48 mars, auquel on comptoit encore 1587, le parlement mit au néant toutes les procédures faites à Âuxerre , cour de Rome , Sens et ailleurs ; ordonna la restitution des biens de maître Etienne , pria l'évéque qu'il l'eût en sa grâcje , enjoignit k cet avocat de faire honneur et révérence au prélat, et déclara qu'il pourroit exercer son office à^Àdvocation.
Ferrie n'excelloit pas seulement dans le droit , il étoit encore habile prédicateur^ À l'issue d*un sermon qu'il prononça le jour de l'Annonciation 1588, dans la chaire de Notre-Dame de Paris, Jean Thomas, ci-devant subdélégué de l'inquisiteur, révoqua devant le parvis de cette église (1), ce qu'il avoit prêché et écrit contre l'immaculée Conception, et contre l'établissement de la fête. Quelques jours après Pâques, il officia pontificalement à Saint-Denys , lorsque Charles YI créa cheva-
(1) HUt.uniV' Paris.
(a) Le registre du parlement porte le 3 février. (N. d. S.)
H FERRIC CâSSINEL ,
i3S2iii39o. ^^^^^ Louis et Charles d'Anjou, ses neveux. Ferrie prêcha aussi (a) le 7 mai , à la messe des obsèques que le même roi fit célébrer dans la même abbaye, pour Bertrand du Guesclin , connétable, mort depuis neuf ans (1). Ce prince ayant été conduire k Avignon ses deux neveux pour faire couronner Taîné roi de Sicile , prit des mesures pour avancer Ferrie Cassinel et lui procurer de nouveaux honneurs. Ce prélat étoit de retour k Auxerre à la fin du même mois de mai; et il se présenta presqu'aussitôt une nouvelle occasion de signaler son zèle contre un Jacobin attaché au sentiment de Jean de Monteson. Ce religieux, nommé Etienne Gontier, avoit quitté la maison de Paris. S'étant trouvé a Auxerre, dans la même hôtellerie où logeoit Tévêque de Nevers, celuici Ta voit reconnu et Tavoit fait mettre en prison au château d'Auxerre. Le prieur de la maison de Tordre ne manqua pas de le revendiquer, et le prévôt d'Auxerre le lui livra. L'évêque Ferrie , averti de Taflaire, ordonna qu'on le reconduisit au château, et qu'ensuite le prévôt le lui amenât, ce qui fut exécuté. Le malheureux comparoissant devant' Tévêque d'Auxerre, fut interrogé, et il déclara qu'il avoit été du sentiment d'appeler du jugement de l'Université rendu contre Jean de Monteson. Ferrie le renvoya, à Paris, aux officiers de l'Université, revêtu de l'habit qu'il portoit quand il fut arrêté ; il écrivit au recteur et à l'Université, donnant tout pouvoir de le punir comme hérétique, excommunié et réaggravé. La lettre est du 51 mai 1589 (2). Elle fait voir évidemment avec quelle vivacité ce prélat soutenoit un sentiment, sur lequel il n'y avoit aucune décision des papes ni des conciles. Le
(1) Veteres seriptor et Martine, £. 1, p. 34;!, 34*. | (2) Hisl. univ., t. iv.
(o) Voici comment Guillaume de Quimper, auteur contemporain, rend compte du sermon de fcvôque , dans un manuscrit de Téglise Saint-Aubin d*Angers : Quant l'offrande si fu passée Les prinrcs fondoienl en larmes
Ûcvesquc d'Aucerrc prescha Di;s moU que l'cvcsque niontroit .
La et mainte larme plorûc Car il disoit plorci gens d'armes
I>es paroles qu'il recorda ; Bcrtrant qui trctons vous amoit
Car il conta comment Tespée On doit regretter les faix d'armes
Bertrand de Glasqnin bien ganla QoMI feist au temps qu'il vivoit
Et comme en bataille rangée Dieu ayt pitié sur toutes âmes
Pour France grant peine endura. De la sienne, car bonne estoit.
(ApL-n Mahtent, Thésaurus Aneedot.)
QUATRE-VINGT-DEUXIÈME ÉVÉQUE d'àUXERRE. 15
iendemain de la date de cette lettre, qui étoit le premier juin , soit lassiiisdo. qu'il fût averti de sa prochaine translation k un autre siège, soit qu'il eût des pressentiments de sa fin , il traita avec le Chapitre de la cathédrale pour des prières qu'il souhaita qu'on fit pour lui pendant le reste de sa vie et après sa mort. Il avoit succombé au parlement sur la prétention qu'il avoit eue de succéder k Nicolas d'Arcies, son prédécesseur (1), dans la terre située à Sacy, que cet évéque avoit achetée de Jean de Beaulieu bourgeois d'Âuxerre (2). Elle avoit été adjugée aux exécuteurs testamentaires de cet évéque > et si Guillaume d'Etouleville en avait joui , ce n'avoit été qu'en leur payant certaines sommes. Ce domaine n'étoit pas un bien de Tévéché , mais seulement situé dans une terre épiscopale ; Guillaume Cassioel^ chevalier, Tavoit acquis et ensuite revendu à Ferrie, son frère (3). Ce prélat, touché d'un motif de piété, et après avoir communiqué son dessein aux chanoines de la cathédrale, leur légua ce fond à la charge de douze messes par chaque année ; il en fit dresser et sceller un acte auquel assistèrent le doyen Pierre de Chissy ; le chantre Bertrand Cassinel , frère de l'évêque ; Guillaume Infard', archidiacre; Guillaume Nazarie, trésorier ; et Marc Gibert, souchantre ; Guillaume Cassinel, autre frère du prélat, fut aussi présent avec Philippes des Champs , son bailli. Le quatrième jour du même mois, cet acte de Ferrie, fut apporté en plein Chapitre, par Guillaume Cassinel, qui en déclara la substance , et deux notaires lui donnèrent acte du dépôt.
Peu de temps après , sa translation k l'archevêché de Reims lui fut annoncée. En quittant Auxerre, il laissa l'évéché onéré de 1750 florins d'or (4) et le logis épiscopal en mauvais état. Ce prélat avoit apparemment aidé beaucoup sa famille. Au moins est-il marqué^que , dès la première année qu'il fut évéque d'Auxerre, il acheta la terre de Sorvillier, proche Senlis , de Pétronille de Laistre , et qu'il en fit présent k Marie Cassinel, sa nièce, qui épousoit Gaucher de Chastiilon, seigneur de Troissy et de Marigny (5). Acceptant sa translation k
(1) Quœst. XVI, atrettor. Joan.Lecoq*
(2) Taiml. ep. Autisê.
(3) Vof, le» Preuves, à Tan 1389.
(4) Ex lit. nus. in Mieh, de Creney, 1393.
(5) Duchéne in hittor. Coêtellioniê.
16 FERRIG CàSSIMEL,
i3s»jii3co. l'archevêché de Reims, il entreprit le voyage d'Avignon pour remercier Clément YII, son bienfaiteur, et il continua ensuite son voyage jusque dans le Languedoc, où il avoit du bien de patrimoine (a). Mais ayant été empoisonné, il ne put se rendre à Reims, où il avoit été reçu par procureur, depuis un mois seulement (b). Il mourut à Nimes, le 26 mai 1590, après avoir fait son testament. Les exécuteurs , Guillaume Cassinel , son frère , Philippe de Savoisy et Pierre de Chevreuse , eurent soin de faire conduire son corps à Âuxerre, et il fut inhumé au côté gauche du grand autel , entre deux piliers du sanctuaire. Jusqu*alors, aucun évéque n'avoit eu sa sépulture si proche du lieu où est offert le saint sacrifice. On a vu que tous les évoques précédents , morts à Auxerre , depuis Gui leSénonois, étoient inhumés ailleurs qu'à la cathédrale, ou que, si on les y enterroit, c'étoit dans le chœur, à l'exemple de Gui qui y repose du côté de la grande porte. Mais comme au xiii® et xiv® siècle, on s'accoutuma k enterrer nos évéques près du sanctuaire , on leur accorda enfin la sépulture dans ce lieu sacré. Il est probable que le Chapitre fut porté à ne pas contredire cette nouveauté, parce que les deux frères héritiers de Ferrie proposèrent de lui dresser un magnifique mausolée, qui auroit été mal placé dans le chœur ou qui ne pouvoit y être élevé. Il fut, en effet, érigé en pierre avec des ornements gothiques trèsdélicats. Le défunt y fut représenté couché, et revêtu des ornements archiépiscopaux avec ses armoiries parsemées sur sa chasuble. Qui pourroit s'imaginer que quatre-vingts ans après on ignoroit si vérita-
(a) II se rendait dans celte province, par ordre du roi « pour y punir des malversatcurs » à ce que dit la chronique latine de Charles VI. — Henri Martin rapporte qu'il avait été nommé Tun des trois commissaires chargés de la réformation générale des pays de Languedoc et du duché de Guyenne. — Hitt. de France, t. vi , 2-i9. (N, d, E.)
{b) La même chronique de Charles VI s'exprime ainsi sur cet événement : « Les » Jacobins furent généralement soupçonnés de ce crime; je n'ai point la preuve » certaine et je ne puis prononcer sur des choses qui se sont passées dans Tombre, » mais je sais que c'était l'homme qu'ils haïssaient le plus au monde. » — Docum, inédits sur l'Hisl. de France, traduction de M. Bellaguet, p. 627. —Henri Martin attribue plutôt sa mort au duc de Berry, qui redoutait, de sa part, la poursuite de ses malversations en Languedoc. (A', d. E.)
QUÀTRE-ymGT-DBCXIÈMG ÉVÊQUK d'aUXBRRE. 17
Uement le corps de Ferrie rcposoit sous ce mausolée? Pierre de Longueîl, Tud de ses successeurs, demanda que son corps y fût renfermé, supposé que ce tombeau se trouvât yide. Cependant, il ne faut pojnt douter que Ferrie n'eût été déposé dans le lieu où ce monument est érigé. Effectivement, Pierre de Longueil fut inhumé de Tautre côté du chœur, proche la chaire de pierre. Une preuve incontestable que Ferrie fut inhumé dans la cathédrale, est que Bertrand Cassinel demande, par son testament du 29 septembre 1597, k être enterré proche son frère Ferrie, au dedans du chœur si faire se pouvoit. On croit que les Huguenots ayant brisé les grilles de fer qui environnoient le mausolée, ils rouvrirent et le profanèrent. An moins , c'est depuis qu'ils Teurent mutilé qu'on a b&ti au-dessus une paflie du mur qui entoure le sanctuaire. Un chanoine du dernier siècle (1) voulut que ce prélat fût connu en sa qualité de grand défenseur du sentiment de Timmaculée Conception. À un autel de dessous le jubé, il fit représenter, en relief, Nicolas d'Ârcies, qui contribua à l'établissement de la fête de la Présentation de Notre- Dame , et Ferrie Cassinel, comme très-zélé pour celle de la Conception-, mais il les a défigurés en leur donnant une barbe semblable k celle des évéques d'Orient, dans un temps où en France tout le monde étoit rasé. L'anniversaire de Ferrie ne fut pas fondé seulement dans T^lise cathédrale d'Auxerre; on le trouve aussi dans Taucien obituaire de Saint-Pierre-en*Château, première paroisse de; la ville, en ces termes : Obsequtum recolendœ memariœ Domtni Ferrici quondam AtUissiodarensis episeapx et deinde archiepiscopi RemensiSy pro qno nobilis vir domtnus GuiUelmus CassinelU, qus fraîer executar et hœres soltit curato dietœ ecdesiœ S. Pétri in Castro AtUissiodorenM , anno quolibet fadendo, decem francos semel. Anima qus requietcat in pace. On a lieu d'être surpris que cet obit soit marqué au 17 septembre. Il pourroit se faire que le 26 mai fût le jour de la date de son testament , qu'on dit aussi daté d'Avignon , et non celui de sa mort. L'aigle de cuivre qui est actuellement dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre, ne
(«) Pierre le Venier.
18 MICHEL DE CRBNET^
vient point de loi, quoiqu'on y voie les armes de sa famille, mais de son frère Bertrand, chantre de la même église, qui ordonna, par son testament , qu'on fit faire deux aigles pour la cathédrale, dont Tune restât k la chapelle de Saint-Âlexandre, où se chantoient alors certains offices- presque chaque jour; elle n'a été placée au chœur que depuis la fin des guerres des calvinistes. Le même testament nous apprend que Ferrie avoit une sœur, appelée Catherine, qui survécut à ses deux frères, Tévéque et le chantre ; que de Guillaume Cassinel il avoit un neveu appelé Louis, encore fort jeune en 1587, et qu'un autre de leurs neveux s'appeloit Gérard de Montaigu, lequel sans doute étoit fils de Biotte Cassinel, qui avoit épousé Gérard *de Montaigu, garde des chartes du roi et maître des comptes, et par conséquent frère de Jean de Montaigu, chancelier de France (1), mort archevêque de Sens en 4415.
J'ai lu, dans les Mémoriaux de la chambre des comptes de Paris^ deux articles qui nous apprennent que le roi avoit donné, à cet évéque d'Âuxerre, la maison-forte de Marcoussis, et la maison de la Ronce située en la chàtellenie de Montihéri, en échange de la ville de Galargue , sise en la baronnie de Lunel, laquelle le roi donna à Catherine de France , comtesse de Montpensier.