ROBERT DE LENONCOURT
1554 ^ 1560. conditionnelle, sxtant est qu'il soit évêque et non autrement. Il est certain qu'il toucha des revenus de l'évêché d'Auxerre (1) puisqu'en décembre 15761e Chapitre lui demanda les ornements qu'il devoit à l'église (2). Tous ces délais ne servirent qu'à transmettre Tévéché d'Auxerre dans une famille alliée aux Dinteville. Le cardinal Robert de Lenoncourt , qui avoit été évéque de Ghâlons et qui alors étoit archevêque d'Embrun, fut nommé pour remplir le siège épiscopal de notre ville (5). Il étoit fils de Thierry de Lenoncourt, seigneur de Vignory et neveu d'un célèbre abbé de Saint-Remi de Reims, dont il portoit le nom. Je ne doute point que Louis de Lenoncourt, qui avoit épousé Jeanne de Dinteville , nièce du défunt évéque, ne fût de ses parents.
Le premier acte où il soit mention de lui, est un endroit des régis»très capitulaires du 7 décembre 1556. On voit qu'il écrivit au Chapitre pour avoir copie de tous les règlements faits au sujet de la prise de possession des évéques d'Auxerre et de leur entrée solennelle. Il n'est cependant resté aucun vestige de la manière dont ces cérémonies S6 passèrent à son égard, sinon que Gaspard Damy, son officiai, s'étant présenté en Chapitre, le 15 mars suivant auquel on comptoit encore 1556 en France, avec les bulles de sa translation k Auxerre, datées du 50 octobre précédent, il prit ensuite possession pendant l'office par l'installation dans la chaire de pierre du côté droit du sanctuaire et dans la stalle du chœur, après quoi il prit aussi possession du palais épiscopal et de l'officialité (4). Il se trouve aujourd'hui fort peu d'actes qui prouvent la résidence de cet évéque à Auxerre. Presque tous sont datés deRégennes ou de La Charité-sur-Loire ou bien de Paris (S).
(t) Oo apprend» par les registres de Saint- MarUn-de-Tours, que ce Jean de la Rochefoucaaid permuta l'éTéché d'Auxerre pour l*Âbbaye de Cormery, que possédoit Robert de Lenoncourt. Il fut reçu en cette qualité d'abbé par procureur, au Chapitre de Saint- Martin-de-Tours, le 18 décembre 1S57.
(2)/lcflf. Ctop., 24 déc. 1576.
(5) Selon le registre de son secrétariat que j*ai trouvé à Paris, dans l'abbaye de Saint-Germain, il prenoit encore le titre d^arcboYéque d'Embrun, le 5 février 1556, mais, le 4 mars suivant, il prenoit le titre
d*évéque d^Auxerre dans les provisions qu'il ât expédier à Paris du canonicat de Jean Bouchef, chanoine do la cathédrale, mort pendant la vacance du siège, en faveur de Michel Lenfanl, clerc sénonois, avec la clause du droit à lui appartenant par titre de Philippe-Auguste. Daus des provisions du 28 mai 1 557, il est dit abbé de Notre-Damede-Ghehery, Ordre de Cfteaux, au diocèse de Reûns.
(4) Ex autographo.
(5) Ex aciU dispens. anni 1557 et prwU. canonic. Beg, Cap,, 5 fetr. 1557.
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Tel est celui do 15 juin 1557, daté de Régeones, par lequel s'excu- 1551 a ist^. sant de ce qu'il ne peut faire sa résidence dans le diocèse , il revêt de la qualité et du pouvoir de vicaire-général , Gaspard Damy , prêtre GliâloDDois, qu'il avoit continué son officiai (1), de même qu'il Téloit à Melz. Il eut encore un autre vicaire-général appelé Etienne Deschamps, et on troisième pour Gien et pour le voisinage, savoir , Jeau de Longueil, chanoine de la collégiale. Le 22 avril 1557, après Pâques, il constitua Jean de Lenoncourt, son neveu, abbé d'Ëssomes, pour le représenter aux états de Bourgogne, et au mois d'octobre de la même année, pareille commission de sa part k Cérenger Bérault. Dans le registre des actes de son temps conservé k Saint-Germain-des-Prés, CD remarque en 1557 une poursuite contre Aymar de Prie, pour l'hommage de la baronnie de Toucj ; un aveu qui lui fut fait par Etienne le Muet , chanoine et pénitencier d'Auxerre , pour des biens situés k Yarzj ; procuration de sa part, pour passer accord avec Guillaume de Dinteville» seigneur des Chenets, et Charlotte, dame de la Motte- Tillj, héritiers de son prédécesseur, où il eut soin de faire insérer que l'édifice du portail du château de Yarzy, par lui commencé, seroit achevé aux dépens de la succession. Les endroits du même registre, qui indiquent de sa part l'acquit de quelques fonctions spirituelles de Fépiscopat, se réduisent à la tonsure qu'il donna à Varzy, dans la chapelle du château, le 2 janvier 1557, et le 6 juin précédent, k Pontigny, où il étoit souvent.
Le Chapitre lui députa k Régennes, le onzième jour d'août, trois dignités pour le remercier de lui avoir procuré la permission d'une coupe de deux cents arpents de bois dans la forêt de Merry (a). On lui
(1) aeg. Cap., il aug. 1559 et f^sept.
(a) Cette coupe servit aux travaux de la tour de la cathédrale.
Le Chapitre publia en 1556 une pancarte contenant rénumération de toutes les indulgences accordées par les papes et par les évéques d'Auxerre, pour l'achèvement de la cathédrale. 11 la fit suivre de l'approbation de Mgr de Lenoncourt ; c'était le moyen usité alors pour la construction de ces vastes et admirables basiliques.
-^ Voy. Preuves, t. iv, n. 438. [N. d. E.)
146 ROBERT DE LBNOlfCOURT ,
1551 il 1560. réitéra les mêmes remerciements au mois de septembre snifant, lorsqu il étoit à son prieuré de La Charité-sur-Loire, d*oii sont datées les provisions de prébendes de la cathédrale, du mois de septembre et 23 octobre. Il resta un temps considérable dans ce monastère et à Varzj, avec le dessein d'aller bientôt plus loin et de faire le voyage de Rome. GVst ce que l'on apprend par Tacte de la seconde réception du chanoine ïk qui il avoit conféré une prébende, le 25 octobre 1557. Son nom étoit Antoine Boitel ; il étoit prêtre du diocèse d'Amiens et son commensal. Cet ecclésiastique se présenta, en personne, le 11 février 15S8, environ quinze mois après la notification de 8€s lettres de commensalité; mais il ne put paroitre en Chapitre sans avoir auparavant obtenu la perm»sion de conserver sa barbe : il allégua qu'il étoit obligé de la laisser croître à cause du voyage de Rome, auquel le cardinal, évéque d'Auxerre, l'avoit engagé, et on lui permit de se faire installer avec sa longue barbe, sans tirer à conséquence pour la suite. Ce cardinal faisoit sa demeore tantôt dans l'un de ses bénéfices et tantôt dans l'autre, et même à Moutier*en-Argonne, abbaye possédée par son neveu Philippe ; de Ik sont datées, le 7 décembre 1558, des provisions qu'il donna k Jean Paydet, Chàlonnois, d'une prébende de Notre-Dame-de-la-Cité» Le 3 février suivant qu'on camptoit encore 1558 en France, le doyen et Pierre du Broc, chanoine, lui exposèrent au nom du Chapitre l'intenlion qu'avoit la compagnie de bâtir a neuf la chapelle de Notre-Dame-des- Yertus, à côté de la basse tour vers le midi de l'église cathédrale, et le prièrent d'obtenir k Rome des indulgences en forme de jubilé, semblables a celles que son prédécesseur en avoit apportées. Les députés en même temps, lui parlèrent de la rente due k l'église pour la maison épiscopale, et le prièrent d'en passer reconnoissance. Le cardinal de Lenoncourt étoit alors dans son diocèse cette même année ; il fit rendre foi et hommage de la baronnie de Toucy, par Aymar de Prie (1). Gelaici, dès Tan précédent, avoit exhibé au prélat l'arrêt qui lui adjugeoit cette terre. Pendant son voyage de Rome, il ne se passa rien de considérable concernant son diocèse, sinon l'examen que Gaspard Damy, l'un de ses vicaires-généraux , fit de la sainte Ëpine de Coui^y, el
(1) Viole.
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rapprobalion qa il lui dotioa. On prétend qu'avant son départ il avoit i^^ ^ ir^o. donné ordre qu'on transportât des prisons de la ville de Metz dans celles d'Anxerre, un nouvel hérétique nommé Guillaume Palisseau (i). Il est Béanmoifis certain que dès ce temps-la il avoit résigné Tévéché d'Anserre à son neVeu Philippe de Leooncourt, lequel, en attendant ses bulles, fil l'oflice de vicaire-générat (2). Au moins conféra*t*il en cette qualité, le 18 juin 1559, une prébende de la cathédrale, et visita, le 14 juillet, l'abbaye de Grisenon. Ge qu'il y eut de singulier dans eeue résignation faite en cour de Rome, en faveur de Philippe de Le- DODCourt nommé par le roi, fut que le pape Paul IV fit expédier des lettres iMotu proprio et sans aucune demande précédente, par lesquelles il permettoit à Robert de Lenoncourt de recevoir le revenu des terres deRégenaes, Yarzy et Cône, pour mieux soutenir sa qualité de cardinal et celle d'archevêque d'Arles qu'il venoit de lui conférer (3), outre les abbayes et les prieurés qu'il avoit et dix mille livres de pension sur Tévéché de Metz. En même temps, le souverain pontife lui donnoit poavoir de conférer les bénéfices du diocèse d'Auxerre, comme s'il en eût été encore évêque* Ces bulles sont du 7 février 1559, et selon le calcul de France 1558, avant que Robert^oût fait le voyage de Rome. Elles furent adressées au grand archidiacre de Ghalons et a Pierre Hariau, chanoine de Paris, qui eurent ordre de le maintenir dans tous les droits qui y étoient énoncés. Il en usa : on voit que le 7 juillet 1560, demeurant à Paris, dans la maison des évéquesde Châlons (4), il y conféra une prébende de la cathédrale* requise par un mandataire, sur Tévèché d'Auxerre (5), et cependant en d'autres provisions données quelques jours après a un résignataire (6), il prend la qualité de prince et archevêque d'Arles (7). Je n'ai point marqué le nom des abbayes
(1) Hisl. de Metz de Meurisse, p. 154.
(S) Les lettres par lesquelles il l étiblit son Ticaire-géoéral , portent ces mois : Nuper tpiKopo Catalaunensi. EUes sont datées de Régennes, le 29 mars 1556, auquel on comptoit à Roue 1559. Dés le iu du môme mois, il aToit lait expédier les mêmes pouvoirs à VéTéqoe de Philadelphie : Dilecti in ChrUlo fralH noslri episcopi Philadtlphensin.
(o) ToQteecI est tiré do registre de Soiiit- Gennain-des-Prés.
{y È regione cemeterii S. picolai à Campis. RegUt, $epiemb J560.
(5) Begist. Cap., njulii 15G0.
(6) md.iôjulii.
(7) Dans son rcs^strc, il commence à prendre le titre à^episcnpus Sabinensis et Aulissiodorensix , le 3 avril 1559 avant Pâques, et à la fin du même mois, auquel on comptoit 1560, il se qualifie archevêque d^Àrlet, conféré ccMnme episcopunSatrinensitt acn^iperepitcopusAutisiiodorensis... Peint
148 PHILIPPE DE LENOliCOURT,
1060 à )669 9"'^' posséda en même temps on snccessivement ; cela n'est point de mon histoire. J'ajouterai seulement qu'étant évêque de Metz, il se disoit cardinal du titre de Saint-Âpollinaire , et depuis qu'il fut évèqae d'Âuxerre, il prit pour son titre celui de Sainte-Cécile ; des actes originaux signés de sa main en font foi. Il aliéna nombre de biens dépendant du prieuré de La Charité (1) et fit couper la forêt de Bertrange, qoi étoit de haute futaie ; cette dernière circonstance a donné occasion de dire que le jugement universel devoit se tenir dans cette forêt, parce que le cardinal y avoit laissé assez de troncs ou fausses billes pour y asseoir les ressuscitants.
On voit ses armoiries au portique du château de Régennes» sous lequel on passe pour entrer dans la première cour ; et ce qui paroit moins ancien dans ce premier corps de logis passe pour être de son temps (a).
PHILIPPE DE LENONCOURT, XCIV« ÊVÊQUE DUUXERRE.
Dans un acte du 22 octobre 1558, Philippe de Lenoncourt prend la qualité d'évéque d'Âuxerre ; c'est une reconnoissance donnée à Gaspard Damy, chanoine, vicaire-général, et à Etienne Deschamps, chantre et chanoine de la cité, comme c'est pour lui faire plaisir qu'ils se sont obligés k de grosses sommes envers Charles Grillet, chanoine et archidiacre de Puisaye, et François le Prince, marchand bourgeois d'Âuxerre» L'acte est dans une forme trop authentique pour être révoqué en doute ; cependant Robert de Lenoncourt donna des provisions de bénéfices pour le diocèse d'Âuxerre, jusque bien avant dans Tannée 1560. Des
VertorU^ el^o Paritienti ecelesiam S, Lupi de Bléneau : datum Luieliœ, 26 juin 1560. Et comme archevêque d^Arles, necnon
nuper ep. Auti$$. des canonicato, des chapeUes, darant la soîte de la même année. (1) Bernot, Hist. de la Charité, p. 52.
(a) Uévéque Robert de Lenoncourt mourut dans son prieuré de La Charité-sur- Loire, au mois de février 1561. Son corps, inhumé dans le chœur de Téglise, fut jeté dans la Loire par les huguenoti, maîtres de la ville, en 1569. {N, d. E.)
QDÀTRE-VINGT-QUATORZIÈMB ÉVÊQUB D*AUXERRE. 149
faits si contraires se concilient en disant que Tonde avoit traité avec le ^r^ ^ i^^,. Devea, dès Tan 1558, mais que ce traité ne fut connu que par les personnes nommées dans l'acte en question, et qu'il n'eut son effet que lorsque Robert, retourné de Rome, fut archevêque d'Arles (1). Robert étoit apparemment assuré de la bonne intention du roi pour tout ce qui le regardoit, et en particulier de la nomination de son neveu Philippe à l'évëché d'Auxerre. Rouvier, auteur de la vie de Philippe (2), croit que ce qui influa le plus à donner cette espérance a Robert, fut en ce que ce prince lui avoit obligation de ce que, quelques années auparavant, la ville de Metz, dont il étoit évéque, étoit retournée sous sa domination. Philippe ne fut donc que très-peu de temps évéque de Ch&lons après son oncle; son inclination le porta h se rapprocher d'Auxerre, dont il savoit que la chaire épiscopale lui étoit assurée. Il étoit né en 1527, au cbàteau de Coupvray, entre Meaux et Lagny, de Henri de Lenoncourt, seigneur de ce lieu et de Baudricourt, baron de Vignory, chevalier de rOrdre du roi« gouverneur de Valois, bailli de Vitry, etc., et de Marguerite de Broyés, dame de Nanteuil, Pacy et autres lieux. Son père qui avoit les bonnes grâces d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, depuis roi de Navarre, le produisit auprès de ce prince (5). Il fut ensuite ï Rome, où les Italiens le trouvèrent le plus beau chevalier françois qu'ils eussent vu depuis longtemps. Au retour, il embrassa l'état ecclésiastique et tint quelques abbayes en commande. Certains auteurs, qui loi en donnent trois ou quatre, oublient celle d'Épernay qu'il posséda an moins dès l'âge de vingt et un ans. Ce fut apparemment la première abbaye dont il jouit, puisque Léger du Chêne, résidant à Toulouse, lui dédiant en 1548 son ouvrage sur la piété des fils envers leurs pères, le qualifie simplement abbé d'Ëpernay. Nonobstant tous ces bénéfices, il prit possession de l'évéché d'Auxerre en 1560. La description de la cérémonie fut rédigée alors fort au long k la réquisition d'Ëdme Vincent, son bailli, pour tenir lieu de celles des précédents évéques, ou qui avoient manqué des solennités ordinaires ou qui n'avoient pas été écoles. Comme le laps du temps introduit du changement, on y apercevra
(1) U est dit évêqae d'Auxerre dan» les 1 (2) Beomaus, cap, "i. regiilrei du Yalican, au 7 février 1 560. | (3) Rou vier in fieomaus.
iSO •"! PHILIPPE DB LENONGOURT,
I5G0 ï 1363. certains usages que les précédentes réceptions ne marquoîent pas, do moins a l'égard des fonctions de l'archidiacre de Sens.
L'après-midi du dimanche 8 décembre 1560, le prélat parût de Régennes. Antoine de Melphes, évéque de Troyes, Jean de Lenoncourt, abbé d'Essomes, Laurent Petitfoo, abbé de Saint-Père d'Auxerre, François de la Barre, doyen de la cathédrale, Jean de Marafin, abbé de Betlevaux, Henri de Lenoncourl, son frère, Jean de la Rivière, seigneur de Seignelay, François de Marafin, sieur d'Avigneau, Georges de Lenfernal, seigneur de Pruniers, et plusieurs autres ecclésiastiques de distinction et gentilshommes Taccompagnoient tous h cheval. Les officiers de sa cour ecclésiastique vinrent les premiers au devant. Germain de Charmoy, vice -gérant de l'official, porta la parole; parurent ensuite les officiers de la justice séculière qui parlèrent par Torgane de Guillaume du Broc, sieur des Granges, bailli de Varzy, Sacy et Gy-l'Evéque. Vers l'endroit des Chesnées, arrivèrent les magistrats de la ville et les élus avec une multitude de citoyens, représentant le corps de ville, au nom duquel Jacques Chalmeaux, prévôt, le complimenta. Proche la chapelle Saint-Siméon, se présentèrent les curés et les vicaires venus en procession, revêtus de chapes, avec les Jacobins et les Cordetiers. En ce lieu on lui offrit la croix k baiser, il descendit de sa mule, entra dans la chapelle de Saint-Siméon, se revêtit de son roehet et bonnet rond, ei continua sa route. Il trouva proche la chapelle Notre- Dame-de-Lorelte, le présidial avec grand nombre d'avocats. Girard Rémond, ancien des conseillers, en l'absence des lieutenants-généraux harangua le prélat. La porte de Saint-Siméon éloit ornée de ses armoiries avec cette sentence : Benedictus qui venit in nomine Domxnù Entré dans la ville, il fut h Saint-Germain, où les religieux, revêtus de chapes, le reçurent. Le prieur, nommé Pierre Passelière, lui fit un compliment en latin , et le prélat répondit de même. Mais ce prieur l'ayant requis de loucher un livre, et de jurer dessus qu'il conserveroit l'abbaye dans ses privilèges, il répondit qu'aucun de ses prédécesseurs n'avoit fait ce serment, et ne le fit point; cependant il fut introduit au chant du Te Deum jusque devant le grand autel, où il fit sa prière ; de là, conduit au logis abbatial. On y disputa sur le droit de procuration, les religieux prétendant en avoir été exemptés par Urbain V ; l'évêque et ses oificiers
QUATRE-VIMGT<"QUAT0RZ1ÈME âVÉQUE d'aUXERRE. 151
soutenant qu'ils le dévoient, ou qu'ils étoient tenus de payer un marc i^ ^ i^^s. d'ai^ent Les religieux produisirent une sentence arbitrale d'un abbé de Yézeiay, qui les déclaroit n'être obligés qu'à le recevoir en chapes à l'entrée de l'église : mais elle fut rejetée n'étant pas signée ; Tesamen da surplus fut remis à un autre temps. Le lendemain, fête de la Conception de la Sainte-Vierge, remise du jour précédent, les députés du comte d'Àuxerre et des trois barons, ayant comparu au palais épiscopal, se rendirent ensuite au sanctuaire de l'église de Saint-Germain , savoir : Girard Rémond, doyen des conseillers au bailliage d'Âuxerre, et Claude d'Heu, procureur du roi, pour et au nom du roi François II, comme jouissant du comté d'Âuxerre ; Jean de Chelles, écuyer, seigneur du Renard, maitre-d'hôtel du duc de Nevers, baron de Douzy, avec protestation que son acte de comparution ne pût préjudicier au droit du duc de Nevers sur le comté d'Auxerre, René do Pernay, écuyer, sieur de Pernay et de la Bretaucbe, pour ledit duc de Nevers, en tant que baron de Saint-Verain, René de Prie, au nom d'Aymar de Prie, son père, baron de Toucy, avec protestation de ne point préjudicier au procès pendant aux requêtes, au sujet du droit de retenue que l'évêque prétendoit sur cette baronnie. Le nouveau prélat les voyant disposés k le porter dans sa chaise, se contenta de la soumission, déclarant que ce seroit sans tirer à conséquence. Il alla k pied jusqu'à l'église cathédrale par la grande rue, précédé de lout le clergé séculier et régulier, accompagné h droite et à gauche des députés des quatre vassaux. Proche d'eux étoit portée, par quatre hommes robustes, la chaise élevée et ornée, pour marque de l'ancien droit, et il ne.s'assit dessus que lorsqu'on fat arrivé proche la cathédrale, auquel temps il se fit porter pendant un certain espace de chemin. Ce relâchement sur l'ancien usage en ce point parut compensé par une autre cérémonie, qu'on n'avoit point encore vue dans les précédentes entrées des évêques (1). Toussaint du Mont, chanoine de Sens, commis par Nicolas Cardinau, grand-archidiacre de Sens, crut que l'installation commençoit dès le moment que le nouvel évêque s'asseyoit k Saint-Germain dans le fauteuil portatif; et il l'y installa même avec des paroles choisies dans l'Ëcriture-Sainte,
(1) Procès- verbal de rarchidUcre de Sens.