‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 39 sur 122 · PHILIPPE DE LENONCOURT · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE LENONCOURT

iû6i k 15:». H"^'^''^ Tévêque D*eût pas intention de se servir alors de ce faoteaîL Le Chapitre en chapes reçut le pootife k la grande porte de Féglise qai étoît fermée, et le doyen l'ayant harangué, lui fit prêter le serment accoutumé ; après quoi le délégué de l'archidiacre le fit entrer, disant : ïngredere igitur benediete Dei^ et on chanta le Veni Creator. Étant arrivé au chœur, il lui présenta une des cordes du petit clocher, avec une formule aussi nouvelle que la présentation de cette corde (i). Le même vice-gérant de l'archidiacre lui fit baiser l'autel, et l'installa à la chaire de pierre an côté droit du sanctuaire, usant en tout cela de formules choisies ; après quoi l'orgue et le chœur chantèrent le Te Deum. Et le nouveau pontife donna ensuite la bénédiction au peuple et officia à la grand'messe. Depuis longtemps cette cérémonie ne s'étoit faite d'une manière si complète. Elle fut suivie d'un magnifique repas, auquel assista tout le clergé de la cathédrale.

Le lendemain de cette réception, le Chapitre députa deux dignités et deux chanoines pour prier le nouvel évéque et celui de Troyes, qui l'avoit accompagné, de renfermer dans une nouvelle châsse d'argeni les reliques de saint Chrysanthe (2). Si Philippe de Lenoncourt fit cette cérémonie (ce qu'on ignore) c'est peut-être le seul acte important et mémorable concernant l'église cathédrale, qu'il ait fait durant deux années et demie de son épiscopat. Un procès contre le duc de Guise l'occupa considérablement. Le roi de Navarre, qu'il aida de ses conseils, lui emporta aussi beaucoup de temps. Dans ces embarras, il eut pour vicairegénéral Gaspard Damy, que son oncle, le cardinal de Lenoncourt, avoit amené de Châlons, et le diocèse ne fut pas moins soigné que si l'évéque avoit veillé immédiatement. D'ailleurs, au commencement des troubles causés par les calvinistes, le Chapitre de la cathédrale partagea une partie de la sollicitude pastorale, comme on peut voir dans Thistoire de ces troubles imprimée en 1725. Le duc de Guise avoit acheté de Marguerite de Broyés, mère de Philippe de Lenoncourt, la terre de Nanteuil-le-Haudoin, au diocèse de Meaux. Philippe voulut rentrer dans

(1) Selon les anciens, procès-verbaux, c^éloit une corde de sonnette que Tévéque tiroit à la grande porte do Téglise pour la faire ouvrir. Il faut observer ici que les

cordes du petit clocher de la cathédrale d'Aaxerre aboutissent à Taigle du chœnr, comme dans la cathédrale de Chartres.

(2) Reg Cap,, 10 dec. 1560.

. QUATRE-YINGT-QUATOBZIÈME ÉVÊQUE d'àCXERRB. 155

ce bien. Son crédit auprès da roi de Navarre, peu ami du duc de Guise, i^ ^ 25^. ne fut pas innlile dans cette affaire. Il servit aussi k empêcher, par le moyen de ce prince, la tenue d'un concile national qui avoit été demandé par le chancelier de France après le colloque de Poissy. Le pape, qui appréhendoit ce concile, fil agir le roi d'Elspagne auprès du roi de Navarre, qui étoit lieutenant-général du royaume sous Charles IX. Le cardinal de Ferrare et les Guises songèrent k amuser le roi de Navarre, et, par la voie du maréchal de Saint- André, ils firent entendre aux deux plus grands confidents de ce prince, qui éloient Févéque d'Âuxerre et François d'Escars, que s*il répudioit Jeanne d'Âlbret, sa femme, huguenote, il pourroit devenir roi d^Ângleterre et d'Ecosse. Un historien judicieux (1) rend,, k celte occasion, un témoignage qui marque la droiture de notre prélat, et qui le disculpe suffisamment, c Philippe de » Lenoncourt, dit-il, ayant Tàme aussi noble que la naissance, mais » l'esprit un peu facile, et d'ailleurs enivré de cette vanité courtisane, » poovoit être plus aisément trompé que corrompu. » Lorsque le roi Charles IX eul quitté Fontainebleau pour venir demeurer k Paris conformément au désir du parti catholique, Tévéque d'Âuxerre fut admis au conseil en considération de la faveur où il étoit auprès du roi de Navarre, et il porta ensuite ce prince k s'unir au duc de Guise et au connétable Anne de Montmorency, plutôt qu'au prince de Gondé, son frère. De Ik l'origine des calomnies dont les huguenots essayèrent de noircir la réputation de Philippe de Lenonconrl. En conséquence d'une lettre qu'il écrivit aux chanoines d'Âuxerre, ils firent, en 1561, le mercredi d'après Pâques, des prières pour les besoins de l'ÉiaU et commencèrent par une procession solennelle ; son absence du pays l'empêcha d'y assister. On le trouve présent k la procession faite k Paris, le 14 juin 1562, pour réparer les outrages que les huguenots avoienl commis dans l'église de Sainl-Médard. Prévoyant la longueur de son absence, et ne voulant pas que son diocèse fût frustré dans des temps si périlleux, des avantages de la visite d'un évéque, il constitua son vicairegénéral k cet égard, François Menjart, évéque de Négrepont. Ses pouvoirs sont datés de Paris, le 27 mai 1562, jour auquel Philippe de

[1} Grand Mézeray, sar Charles IX, p. 6'8

154 PHILIPPE DE LEN0I4G0URT, XGIV^ ÉVÊQUB d'aUXERRE.

iseo k 1563. L^noncourt. établit Gaspard Damy, son vicaire-général, poar ce qui regardoit sqn prieuré de La Charité-sur-Loire, qu'il avoit eu de son oncle, en lui cédant celui de Nanteuil. Ce même chanoine est nommé dans le procès-verbal de la coutume d^Àuxerre, comme chargé. de le représenter dans rassemblée des trois États de TÂuxerrois, qui se tint, pour en faire la rédaction, an mois de juin de Tan 1561.

Ce fut au plus tard pendant l'automne de l'année 1562, un peu avant la mort du roi de Navarre (1), que Philippe se voyant obligé de rester en cour, quitta Tévéché d'Auxerre. On en juge par la date des bulles de son successeur qui sont du 10 décembre de la même année. Il traita de cet évéché avec le cardinal de la Bourdaisière, qui lai donna Tabbaje de Rebais, se retenant sur ce bénéfice une pension de mille livres. Depuis ce temps aucun monument de l'église d'Auxerre ne fit mention des Lenoncourt , qui ne la gouvernèrent que comme en passant. Philippe vécut encore trente ans après. Il fut chancelier de rOrdre des chevaliers du Saint-Esprit et mourut archevêque de Reims. Il ne resta dans Âuxerre de souvenir de ces deux Lenoncourt, que par le procès-verbal de la réception du second, dont il fut distribué alors un grand nombre de copies pour l'instruction de la postérité, et par la résidence qu'y fit jusqu'à la fin de ses jours un nommé Charles Thiot, soi-disant parent du premier qui l'avoit attiré d'Italie et l'avoit pourvu d'un canonicat de la cathédrale. Les armoiries de Lenoncourt se voient au vitrage de la grande salle de l'évêché d'Auxerre, et on lit au bas ce chiffre : 1560.

(i) Ce roi fat tué au siège de Rouen, eo novembre 1 56S.

FILBERT BABOU, QUATRE- VIMGT-QUlNZlÈHE ÉVÊQUE d'aUXERRE. 155

Page 1