‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 43 sur 122 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

GILLES DE SOUVRË, XGVIII« ËVÊQUE D'AUXERRE.

François de Donadieu n'oublia rien pour empêcher que son traité \m ^ lesi. avec Tévéque de Gommiuges n*eût lieu. Il avoit fait signifier sa révocation non-seulement k ce prélat, mais encore au Chapitre d'Auxerre, au lieulenant-^énéral du bailliage et au procureur du roi (1). Il alléguoit qu'un de ses domestiques, gagné par argent, Tavoit surpris; que, par le traité passé d'abord à Régennes, le 45 mai 1625, on lui avoit donné 1 evéché de Gommiuges franc et déchargé de toutes pensions ; que, par un second , du 7 juillet, on le chargeoit de six mille livres de pension au profit du sieur de Lansac , et qu'enfin la personne qui avoit fait le , traité à Paris , au nom de Gilles de Souvré , n'avoit de lui aucune pro« curation. Mais comme parle premier traité il étoit dit que les deux permutants jouiroient de leurs bénéfices, à compter depuis la Saint-Jean 1625, et qu'ils en percevroient les fruits, quoiqu'ils résidassent dans leur ancien bénéfice jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu leurs bulles , un nomméMerlet, dit du Jardin, procureur de l'évêque Souvré, lui persuada d'envoyer au plus tôt un économe à Auxerre. Get officier vint se

(1) Mémoire imprimé sur cette affaire.

aatrefois les corporations de tout genre de faire respecter leurs prérogatives les plas minatieuses, les usages d'étiquette, etc. Le bon chanoine nous révèle les susceptibilités de ses confrères, leur jalousie et la tienne propre, leur esprit ombrageux et toujours redoutant les empiétements. (iV. d. £.)

lase il 1631. Présenter; mais le Ghapi tre, loin de le reconnoUre, nomma trois chanoines, le 19 mars, pour s'opposer k son économat. Il révoqua même, le 15 avril, la conclusion du 6 octobre 1625, qui portoit ouverture de ce qu'on appelle ailleurs la régale, laquelle avoit été faite nonobstant la répugnance de quelques chanoines. On passa arrêt à M. de Donadieu ; et un particulier, qui avoit été pourvu d'un canonicat comme si le siège eût été vacant, fut débouté et déclaré non-recevable. Ce ne fut donc qu'en 1625, le 17 janvier, que le Chapitre connut que véritablement M. de Donadieu n'étoit plus son évéque, et lorsqu'il eut connu que M, de Souvré avoit été nommé par le roi. La durée de cette vacance ayant été plus longue qu'on ne l'avoit espéré , on changea souvent, dans le Chapitre , Tordre de conférer les bénéfices vacants, ou plutôt on varia sur le nombre des jours que chacun resteroit intabulé pour cela (1). Il ne se passa cependant rien de fort considérable pendant les vingt et un mois qu'elle dura , sinon que le cardinal Barberin , neveu d'Urbain YIII, légat du pape , fut reçu à Âuxerre, en 1 625, avec de grandes solennités. Les ordres du roi , du 25 avril , qui furent communiqués au Chapitre, portoient que la bourgeoisie iroit en armes au-devant de lui avec les magistrats , jusqu'à l'endroit qui seroit indiqué par le duc de Bellegarde ; qu'on lui offriroit les clés de la ville ; qu'on lui présenteroit un dais de couleur rouge et qu'on tapisseroit les rues jusqu'à son logis. Cette entrée se fit au commencement du mois de mai. Ce légat étoit accompagné de Pamphile, dataire, qui fut depuis pape, sous le nom d'Innocent X, et il célébra la messe au grand autel de la cathédrale.

Gilles de Souvré, résolu de prendre possession, chargea de sa procuration Henri de Lambert, abbé de Hautefontaine et de Saint-Père d'Auxerre, qui présenta les bulles le 25 septembre 1626 (2). Le prélat écrivit en même temps aux vicaires-généraux nommés par le Chapitre, qu'il les prioit de continuer leurs soins jusqu'à ce qu'il fût présent en personne, excepté la collation des prébendes et les stations des prédicateurs qu'il se réservoit. Il ne différa pas un mois entier depuis sa prise

(1) Reg, Capit. 15;ant\ 1â maii et 9 aug. ) (2) Reg, Capit. 25 sept. 1626.

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de possession. Il se rendit k Anxerre incognito^ à sept heures dn soir, i^ ^ ^^j, le 15 octobre, et sans aller k l'abbaye de Saint-Germain, il logea d'abord au palais épiscopal. Le lendemain il se présenta h la grande porte de Téglise, où il fut reçu par le Chapitre et installé par le sieur de Manjan , grand-archidiacre de Sens. On ne sait pour quelle raison il fit celte entrée avec tant de simplicité.

Il étoit né, en 1596 , de Gilles de Souvré, marquis de Gourtenvanlt, maréchal de France , gouverneur de Louis XIII lorsqu'il n'étoit que dauphin, chevalier de ses Ordres, gouverneur et lieutenant du roi en Touraine, et de Françoise de Bailleul de Renouart. Il posséda, encore tout jeune, plusieurs abbayes (1) ; il eut d'abord celle de Saint-Genou, au diocèse de Bourges ; ensuite, celles de Saint-Florent de Saumur en ÂDJou et de Saint-Calais lui ayant été données, il fit tomber celle de Saint-Genou k François Chastelain, qu'il avoit eu, en 1614, pour professeur de philosophie, k Paris, au collège de Navarre. S'étant associé, en 1616, au célèbre Gassendi (2), ils se firent enseigner ensemble la langue hébraïque , par un juif d'Avignon nouvellement converti. Ce fut vers ce temps-lk qu'il commença k connoitre le mérite des gens de lettres. Le sien étant aussi très-connu dès l'âge de 22 ans, il fut nommé k l'évéché de Commioges, alla k Rome recevoir tous les ordres par dispense du pape , se fil sacrer évêque k Ravenne (5) et gouverna avec sagesse le diocèse de Comminges depuis l'an 1618. Ceux qui l'ont connu, écrivent qu'il étoit de haute stature, d'un naturel vif et gai, qu'il fut chéri de la noblesse pour sa bonté et sa franchise, respecté des pauvres et des riches , comme le père commun de tout le troupeau , et estimé des ecclésiastiques pour sa science et sa piété, qu'il aima les gens de lettres et les curieux ; en sorte qu'il paroit que ce prélat auroit mérité de vivre dans un temps plus éclairé.

Après avoir fait revivre la discipline dans le diocèse de Comminges

(1) Je trouve dans le Catalogne des doyens de la métropolitaine de Tours de M. Maan, p. 257, Bist. Eccl. Turon. Egidius de Souvré eleetus, non receptus 1606. Helias de Concers per rmgnationem 4606; mais notre Gilles de Souvré étoit alors trop jeune.

(S) Epist. Gassendi ad Lud. Noël Canonicum Àutis»

(3) On ajoute que quelquetemps après, il fut fait trésorier de la Sainte-GliapeUe de Paris.

i6dc k 1631. P^^ ^^^ exemples et sa doctrine, il en fit autant dans celui d'Âuxerre. Il avoit entendu déclamer, deux jours après son arrivée, une oraison latine par le professeur de réthoriquc du nouveau collège, sur la sainteté et la dignité de l'église d'Âuxerre. Il fit aussitôt ses efforts pour ne point dégénérer du zèle de tant d'illustres évéques des premiers lemps ; la réforme qu'il essaya d'introduire dans le troupeau dont il avoit recherché la conduite , en fut la preuve. Pour commencer par le clergé, il obligea les curés, par un mandement de Tan 4627, à résider dans leurs paroisses ; et , afin de fournir par la suite au diocèse de bons prêtres, il songea en même temps k l'établissement d'un séminaire. Il tint \k ce sujet plusieurs assemblées chez lui, où il convoqua les chanoines les plus éclairés. Le premier dessein fut de le placer où est la salle du Chapitre et autres anciens édifices de la mense commune des chanoines , puis d'en confier la conduite à quatre ou cinq de leur corps ; les séminaristes auroient fait l'office a la paroisse de Saint- Pierre-en-Château , et il y auroit eu communication d'un quartier k l'autre par moyen d'une arcade. Le projet n'ayant pas été du goût de M. Bourdoise de Saint-Nicolas-du-Ghardonnet , h cause qu'il n'y trouvoit point d'exercice des fonctions curiales , on songea k le placer k l'abbaye de Saint-Père, et k en ôter les religieux qui servoient mal la paroisse. Mais l'abbé ayant différé de donner son consentement, on ne put consommer l'affaire. L'évêque, cependant, écrivant au pape, lui marqua l'empressement avec lequel il travailloit k cet établissement. Il se plaignit k sa sainteté de ce que quantité de cures étoient unies et' incorporées a des Chapitres , qui se contentoient d'y mettre des desservants ou des vicaires tels qu'ils pouvoient les trouver, et que cela étoit cause que les paroisses étoient mal gouvernées. Il porta aussi ses plaintes de ce qu'il y avoit des cures qui ne pouvoient être conférées qu'k des chanoines réguliers, et que ces réguliers étant eux-mêmes d'une mauvaise conduite , ils ne pouvoient pas conduire saintement les peuples qui leur étoient confiés. Il pressa le souverain-pontife de casser toutes les unions de cures aux collégiales et aux communautés, et d'établir des curés fixes et permanents dans toutes les paroisses ; de permettre aux patrons des abbayes de présenter des séculiers aux cures de leur dépendance, et de lui accorder le pouvoir de supprimer les

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abbajes de Saint-Père et de Saint-Laurent, pour en appliquer les revenus k la fondation d'un séminaire, suivant ^es décrets du concile de Trente. C'est ce que j'ai trouvé dans la minute de sa lellre à Urbain YIIL L'estime qu'il fit des prêtres séculiers qui étoient en bien plus grand nombre dans le diocèse que les autres ecclésiastiques, le porta ïk ne rien conclure dans ses synodes sans avoir ramassé les voix de tous les curés (i). Ayant appris qu'en 1652, les prêtres de la Puisaye avoient formé entre eux une confrérie sous le titre de l'Assomption de la Sainte-Vierge, il leur accorda le pouvoir de la continuer, à condition de n'y admettre aucun laïque, et que le repas du jour de la fête fût frugal. Des prêtres, il passa à la réforme des peuples. La profanation des dimanches et fêtes excita son zèle ; le 22 octobre 1628, il fit un mandement pour défendre de voiturer le bois sur la rivière ou par terre les dimanches et fêtes d'apôtres, avec inhibitions aux meuniers et tous autres ayant charge des ponts, pertuis et chemins, d'en laisser passer par eau ou par terre les mêmes jours ; il fit même de cette transgression un cas réservé, menaçant d'excommunication les voituriers qui contreviendroient. Sa charité pastorale seconda sa vigilance. Environ deux ans après qu'il fut arrivé k Auxerre, on essaya de lever un nouvel impôt sur le vin des habitants. Comme la ville se regardoit enclavée dans la Bourgogne, et que les citoyens, aussi bien que les vignerons, ont toujours eu présentes les promesses que les rois lui ont faites, et entr'autres Louis XI, de la conserver dans ses franchises, il ne manqua pas de se former une émeute éclatante à la première exaction que les

IG96 k lesl.

(1) Sons son épiscopat, quatre on cinq ecclésiastiques, les uns chanoineSi et les autres simples prêtres de la Tille d'Àuxerre, après avoir vécu quelque temps en leur particulier avec beaucoup d'édification, poussés du désir d'une plus grande perfection, résolurent en 1626 de demeurer ensemble, et de former une communauté. Ils en dressèrent le plan et le communiquèrent à leur évéque qui loua leur dessein, promit de Mk protéger, et de leur donner une maison quand il auroient pris leurdernière résolution. Avant de conclure, ces ecclésiastiques voulurent savoir le sentiment de M. Bourdoise. Ils lui écrivirent pour cela au commencement de

Tannée 1627, et lui envoyèrent un plan de leur dessein avec les règlements de leur société, lui témoignant beaucoup de confiance et le priant d'y ajouter ou d'en retrancher ce qu'il jugeroit à propos. « Notre prélat, di- » sent-ils, vous en doit parler sitôt qu'il » sera arrivé à Paris ; nous vous prions de » l'entretenir dans la bonne volonté qu'il > nous a témoignée, et de l'exhorter à nous » aider de son crédit et de son bien, afin que » nous puissions surmonter les difficultés » qui s'opposent à notre dessein. > On ne sait si ce projet Ait exécuté ; un article des statuts du Chapitre y paroissoit contraire.

222 GILLES DE SODVRÉ,

ifiS6 n 1681. étrangers voulurent faire de ce tribut. Le pasteur accourut au brait pour tâcher de calmer les esprils ; sa présence ni celle du bailli et du lieutenant-général , ne put rien arrêter. La populace, persuadée que le prince ne pouvoit manquer k sa parole, instruite de plus que le roi Henri IV s'étoit même engagé de nouveau, trente-quatre ans auparavant, de conserver les mêmes franchises, ne put êlre susceptible des raisons qu'on lui alléguoit. Malgré toutes les promesses qu'on put faire aux vignerons, que ce nouveau tribut seroit supprimé comme ne pouvant être de la connoissance du roi , ils en vinrent aux mains, poursuivirent Texacteur jusques dans Téglise des Jacobins où il y eut effusion de sang. L'église fut réconciliée par ce prélat, et la ville répara le dommage que rirruption populaire y avoit causé (1). Cette émeute étoit la seconde qui arriva sous son épiscopat dans le même quartier. Dès le 29 mars 1626, il en étoit arrivé une autre qui ne fit pas moins d'éclat ; peu s'en fallut que les derniers du peuple ne devinssent maîtres de l'HôteMe-ViUe (2).

Ce fut pendant l'année 1629 qu'il entreprit la visite de son diocèse pour reconnottre, par lui-même , l'état de chaque église et y ordonner ce qui seroit utile et convenable. On apprend, par les procès-verbaux, qu'alors encore» dans le plus grand nombre des églises , le Saint-Sacrement étoit conservé à une suspense, comme dans l'église cathédrale, et que si , dans quelques-unes, il y avoit des tabernacles destinés pour cela, ils étoient à oété du sanctuaire, de même qu'on en voit en Flandre ; que la coutume commune des églises de la campagne étoit, que les pères de famille laissoient k l'église, en mourant, leur meilleur habit, ce qui , quelques siècles auparavant, se pratiquoit aussi à la ville, comme on lit dans des testaments de ce temps-lk; on ne voit pas que Gilles de Souvré ait improuvé ces usages. Il statua en certaines églises que la délivrance de l'image du saint patron des confréries seroit criée au banc de l'œuvre par les fabriciens, et que néanmoins le curé iroit prendre processionnellementt^ette image k la maison où elle

(l)RegisUHrbi8\6i9.

(2) Ce ^i en est rapporté dan s les registres (1c la ville, se rapporlo assez à ce qa*on lit

dans une collection de lettres de ce temps-' là, imprimées en 1654 par les soins du P. Pintereau, jésuite.

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étoit conservée. Il ordonna des amendes pécuniaires contre ceux qui ^^ ^ ^^^^ n'assisteroient pas aux processions ordinaires pour ia conservation des fruits de la terre, ou qui ne les reconduiroient pas jusqu'à Téglise ; il fit défense k quelques religieux établis depuis peu à Auxerre, d'aller confesser des malades dans les maisons sans la permission du curé. Il projeta de réunir la paroisse de Saint-Pïerre-en-Gh&teau d'Auxerre, à celle de Saint-Regnobert ; mais cela ne réussit pas , par la raison que les habitants de la première exigeoient que leur église fût réputée Téglise matrice. Les chanoines de Glamecy avoient fait, quelques jours après son arrivée k Auxerre, un compromis entre ses mains, touchant leurs difficultés avec le curé de la paroisse. La sentence arbitrale qu'il donna le 5 janvier suivant, assisté de son nombreux conseil, comprend dix-huit articles, dont il n y en a point qui puisse intéresser la curiosité du lecteur, que le onzième, par lequel on apprend que toutes les fêtes solennelles, la coutume étoit encore k Glamecy que les fidèles offroient du pain et du vin k la grand'messe. L'évéque confirma ce pieux et ancien usage, en adjugeant an curé les deux premières offrandes de cette espèce. En 1651 , le promoteur, dans les ofiicialités de Yarzy, Gosne et La Gharité, se trouvoit être un laïque; il ordonna que dans la suite ce seroit un homme d'église k Texemple de la cour principale d'Auxerre. Il procura, en 1628, k la nouvelle communauté des Bénédictines de La Gharité , les constitutions du Val-de-Gr&ce que Marguerite d'Arbouze, abbesse, y apporta k sa sollicitation. L'année d'après, Tabbaye de Saint-Germain de la ville d'Auxerre , embrassa la réforme de la Congrégation de Saint-Manr, par les soins de l'abbé Octave de Belle-* garde ; mais le tumulte qui arriva ce temps-lk dans cette église, k une procession delà cathédrale où le prélat assista, fut un spectacle étonnant pour lui et qu'il fit en sorte de ne pas voir une seconde fois. Les religieuses de Sainte-Marie, autrement de la Visitation, demandèrent, en 1650, k être reçues dans Auxerre (1). Il y avoit trop peu de temps qu'on avoit refusé les Jacobines et les Garmélites; ces dernières subirent le même sort.

La relation que Gilles de Souvré avoit avec le pape Urbain VIII ne

(i) Reg, urhis 1C30, 24 aug.

224 GILLES DE SOUYRÉ,

1696 il 1681. fut pas le senl effet do voyage qu'il avoit fait k Rome. Il avoit rapporté de ritalie une grande estime des usages ecclésiastiques de cette province. Il essaya d'en introduire quelque chose dans son diocèse, avec le manuel qu'il fit imprimer à l'usage des curés. Mais la brièveté de son épiscopat empêcha que les principes ultramontains qui auroient pu s'insinuer par ce moyen , ne fissent impression dans le clergé ; et tous les ecclésiastiques séculiers, qui étoit la plus grande et la plus saine partie de sou diocèse, eurent la prudence de supprimer ce qui auroit pu réveiller les anciennes querelles, k l'occasion d'une pièce que l'imprimeur y avoit insérée. Le projet qu'il conçut de réformer les livres ecclésiastiques resta sans exécution. Il avoit établi chez lui une espèce de congrégation de rites, k l'exemple de celle de Rome. Dès les premiers jours de son arrivée, il demanda au Chapitre des commissaires pour la révision du Bréviaire (1). On voit , par les registres du Chapitre, que son intention étoit que tout ce qu'on chantoit fût tiré des livres romains réformés sous le pontificat de Pie V(2); mais les chanoines ne voyant point que le concile de Trente eût ordonné Tusage de ces livres, ainsi qu'on vouloit leur persuader, déclarèrent que quoique observateurs exacts des décrets du concile reçu en France, ils ne sutvroient point le chant de ces livres , et qu'ils s'en tiendroient aux anciennes cérémonies de l'église (a). Deux ans après, le chantre Gaspard Bargedé,se montrant le plus zélé pour seconder le prélat, fut établi chef du projet de la réformation. On présumoit qu'en vertu de sa dignité il ne consentiroit k aucune innovation qui ne fût un rétablissement de la saine antiquité» ni k aucune suppression , sinon de celle de quelques cérémonies puériles qui avoient eu leur origine dans des siècles peu éclairés. Cependant, toutes ces assemblées n'aboutirent k rien, parce que la matière

(1) Reg, Capit. 3 nov, 1626. | (2) Ibid. S/u/. 1626.

(a) Le Chapitre cathédral était^ comme le dit Tauteur de la Tie manuscrite de M. de Donadieu « anUquorum riluum ecclesiœ ÀulUsiod. sertaiorum tenaces, » aussi éleTa-t-il ici les mômes résistances aux réformes liturgiques que sous ce prélat, qui ne put faire accepter dans son église les livres et les cérémonies romaines.

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des rites n'avoit pas encore été éclaircle comm^ elle Ta été depuis. ^^ ^ ^^^^ Les réviseurs procédoient, dans cette affaire, assez lentement , et le prélat fut enlevé de ce monde avant qu*on eût rien arrêté. Le Chapitre, qui avoit aussi espéré de cet évêque une suppression de prébendes et d'anniversaires resta, par la même raison, dans son état précédent (a). Pour ce qui est des honneurs dûs h sa dignité, Gilles de Sôuvré n'en laissa perdre aucuns qui fussent de sa connoissance » .et Ton peut dire qu'il alla même quelquefois à Texcès. C'est ce qui parut k l'égard de Claude Lemuet, élu doyen le 15 décembre 1627, après la mort de François de Lauzon. S'étant fait prêter, par ce nouveau doyen, le serment de fidélité, il ordonna d'insérer dans la formule une extension de celte fidélité, obéissance et révérence, jusqu'envers ses ofiiciers ac ttiœn officiariis vestris. Le Chapitre, surpris de cette nouveauté, pria le prélat d'ôter cette clause, sans quoi le doyen n'auroit pas été reçu (1). Charles de Gonzague, duc de Nevers, lui rendit aussi homuiage pour les baronnies de Donzy et de Saint-Yerain ; il commit, pour cet effet, Scipion Maréchal , premier président de la chambre des eomptes de Nevers, le 14 mai 1629. La même année, le 4 novembre, Charles de Courbon ou de Courlon , chevalier, seigneur de Briague en SaintODge, et Gabrielle d'Âgen , sa femme , lui rendirent le même devoir pour la vicomte de Saint-Sauveur. La ch&tellenie de Beauche ayant été acquise de son temps par Antoine Ruzé, maréchal de France,

(!) Reg. Capit.

[a] A cette époque, il étail encore ordinaire de faire des processions aux lienx où étaient conservées des reliques de saints renommés : à Saint-Bris près d'Auxerre, à Saint-Edme de Ponligny. C'était tantôt pour obtenir de la pluie, tantôt au contraire pour la faire cesser. Ces processions étaient quelquefois très-considérables, tout le clergé de la ville s'y trouvait, le Chapitre cathédral en tète. Le chanoine Bardolat ne voyait pas toujours ces cérémonies avec satisfaction. Il se plaint du désordre et delà confusion qui les accompagnent, et du peu de recueillement qu'on y apporte. La procession du 30 juin 1630, à Pontigny, fut une des plus nombreuses. La chaleur était extrême et les pèlerins arrivés à Pontigny exténués, s'occupèrent plutôt de boire et de manger que du but de leur voyage. Le 9 juiUet suivant les Cordeliers firent une procession particulière à Saint-Bris pour le même objet. Il y eut encore da désordre. {N. d. E.)

leMii 1631. marquis d'Effial, il en fil faire la saisie, jusqu'à ce qu'il eût satisfait aux droits féodaux, ainsi qu'il paroît par le délai de six mois qu'ilaccorda, le 17 mars 1631. Il avoit eu occasion de marquer de la vigilance sur son temporel dès le lempS même qu'il eut ses bulles. Comme il passa à Paris l'année 1625 et une grande partie de la suivante, le grand jubilé de l'année sainte lui procura la restitution de plusieurs titres qui concernoient l'hôtel épiscopal d'Auxerre , autrefois aliéné par le cardinal de la Bourdaisière ; et il prit la résolution de rentrer dans ce bien (1). Ce fut pendant la même année 1626, le 14 mars, qu'il sacra évéque d'Aire, Cilles Boutault, son filleul. Il fit cette cérémonie dans la Sainte-Chapelle dont il étoit trésorier. En 1627, il fut l'un des consécrateurs d'Henri de Barada, évéque de Noyon. Il ne paroit pas que depuis sa prise de possession de l'évéché d'Auxerre, il se fût beaucoup éloigné de son diocèse , jusqu'à l'an 1651 qu'il entreprit le procès pour rentrer dans TbôteL épiscopal dont je viens de parler. On sait seulement qu'en 1651 il sacra Jean Guérin, évéque de Grasse (2)\ En 1651, Gaston d'Orléans, frère unique du roi Louis XIII, ayant passé le 15 mars à Toucy et de là à Cravan, prit la route de Bourgogne dans le dessein de se la soumettre ; ce qui obligea Louis XIIT d'aller à sa suite. Ce prince écrivit d'Etampes, le 14 mars; aux magistrats d'Auxerre, de veiller sur la conservation de leur ville ; il y arriva au bout de huit jours, c'est-à-dire le 21, et après avoir été reçu avec toute la magnificence possible, il logea chez l'évéque, et le cardinal de Richelieu à l'abbaye de Saint-Germain. Il y avoit alors environ quatre ans et demi que Gilles de Souvré travailloit à affermir le bon ordre dans son diocèse. C'étoit en vain qu'il avoit tâché plusieurs fois d'entrer dans le monastère de Charentenay pour y visiter la maison. Les religieuses de Saint- Julien d'Auxerre, retirées en ce lieu depuis les guerres de la Ligue , lui avoient toujours refusé la porte. Ses tentatives n'avoient servi qu'à l'obliger de leur passer reconnoissance pour une certaine censive sur sa maison ^piscopale et autres redevances à Gy-l'Evéque. Quoiqu'il eût obtenu, en 1629, un arrêt pour les soumettre à sa visite, il n'a voit pu encore le mettre à exécution. Il s'étoit trouvé à Paris le 10 février 1651,

(1) Il éloit proche la porte SainlrMichel. | ^â) Nov. Gall. chr.

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et il y avoit signé la lettre circulaire des évéques contre les proposi- iç^^q ^ i^^i^ tioDS de quelques nouveaux livres. Il y retourna pendant Tété pour soivre Taffaire des Bénédictines de Charentenay et celle de l'hôtel épis* copal. Durant le séjour qti'il y fil, il fut Tun des trois prélats h qui Sébas-^ lien Zamel, évéque de Langres, et André Frémyot, abbé de Saint- Etienne de Dijon, s*en rapportèrent sur la juridiction. L'abbé fut maintenu dans celle dont il jouissoit, par jugement du 45 juin. Gilles de Souvré fut aussi, le 24 d'août, Tun des deux évéques assistants au sacre de Gaspard de Daillon , évéque d'AIbi, fait par François de Gondi, archevêque de Paris, dans Téglise des Jésuites. Mais ce fut la dernière cérémonie solennelle où on le vil paroitre. Il se donna tant de mouvement pour la réussite de son procès sur Thôtel d'Auxerre, qu'il contracta une grande fièvre, et après avoir fort regretté de se voir éloigné de son troupeau et de son église, il mourut le vendredi 19 septembre, dans la vigueur de son âge.

Ses entrailles furent enterrées dans l'église qui est sous la Sainte- Chapelle de Paris, son cœur porté à Courtenvault, au diocèse du Mans, elle corps transféré a Âuxerre. La ville députa les sieurs Edme Boucherai et Edme Jodon, avocats, pour aller au devant du convoi jusqu'à Régennes, avec grand luminaire ;.de sorte qu'il fut vrai de dire que sa rentrée dans la ville, après sa mort, fut plus solennelle que n'avoit été celle qu'il y fit, lorsqu'il^vint prendre possession. Il fut inhumé devant le grand auiel de la caihédrale, k côié gauche de M. Âmyot, le 28 du même mois, en présence du clergé et du peuple. Son oraison funèbre fat prononcée en françois , le lendemain , dans le chœur, après l'évangile, par Nicolas Le Coinlre, bénédictin de Saint-Florent de Saumur (1). Paul Gara, jacobin, natif de Toulouse, que ce prélat avoit connu à Comminges, et qu'il avoit attiré à Auxerre pour y prêcher et enseigner la philosophie , composa depuis une autre oraison funèbre dans laquelle il fait un détail de quelques ouvrages de Gilles de Souvré, qui ne sont point venus à notre connoissance (2). Il est facile de se persuader que

(1) Ce religieux prit pour texte un passage , Pontifex sanctus» innocens, impolhuus.

de saint Paul qu'on feroit scrupule^ de nos jours, d'employer pour faire l'éloge d'un évéque canonisé. Talis decebat ut nobis esset

(21 Ex Catal. Lud, Jocob. Carmeliti. Cabilon.

228 GILLES DE SOUVRÉ , XGVIIl® ÉVÉi^UB D AUXBRRE.

1G96 21 i6di. ce prélat, qui aimoit l'étude et les ecclésiastiques studieux, s'occnpoit à quelques ouvrages dignes de lui. Mais c'est sans preuve que quelquesuns firent courir le bruit qu'il souffroit chez lui qu'on approfondit les secrets de la chimie, et que c'est ce qui lui fut fatal. On sait seulement qu'un ecclésiastique appelé Maurice , qui avoit d'abord servi Urbain de Saint-Gelais de Lansac, évéque de Comminges , en qualité de médecia et d'herboriste , composa un livre herbier magnifique, qu'après la mort d'Urbain de Saint-Gelais, cet ecclésiastique s'attacha à Gilles de Souvré qui se plaisoit avec les gens curieux, et le suivit à Auxerre. Tel a été le fondement de ce bruit que la malice des hommes exagéra au désavantage de ce prélat. Il est bien plus certain que Gilles de Souvré aima et protégea beaucoup Luc Holstein, protestant d'Hambourg , nouvelle-* înent converti ; qu'il le retint longtemps dans son palais épiscopal à Auxerre (i); qu'il le présenta au cardinal Barberin, qui l'emmena à Rome où il devint dans la suite bibliothécaire du Vatican et chanoine de Saint-Pierre. Le plus célèbre personnage qu'il employa à Auxerre, pour le spirituel, fut Germain Bardolat, natif d'Entrains» au même diocèse, qui étoit déjà chanoine et lecteur dans la cathédrale, aussi bien qu'officiai avant son épiscopat; il l'établit son vicaire-général. L'official de La Charité fut François Rapine, prieur de Saint-Pierre-le- Moutier, homme d'une grande sévérité. Son bailli, k Auxerre, fut Jean Naudet, avocat d'une grande intégrité. Il ne se trouva aucune preuve que cet évéque eût demandé un anniversaire ni qu'il eût fait de fondation. On lit seulement qu'il avoit chargé , en 1629 , les Augustins de Cosne de célébrer son obit k perpétuité, en reconnoissance de ce qu'il ne prit aucuns droits seigneuriaux pour les places qu'ils acquirrat b Cosne peu de temps après leur établissement. François de Donadîeu, ancien évéque d' Auxerre, étant informé de sa mort à Comminges, y fit célébrer un service où il voulut officier. On pourroit joindre aux illustres bénéficiers du diocèse d'Auxerre, sous son épiscopat, le fameux Edmond Richer , professeur de Sorbonne, qui eut le prieuré de Saissy-les-Bois , s'il n'étoit notoire que la ville d'Auxerre s'opposa à

(1) Lettres orig. de Luc Hostein, et Mémoires de ceux qui Font tu à Auxerre.

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