FRANÇOIS DE DONADIEU, XCVI1« ËVÊQUE D'AUXERRE
Et de ia longue vacance du siège qui précéda son épiscopat.
1599 k I6S5. Ce qui accéléra la mort' de l'évéque Amjot fut aussi cause que Téglise d'Auxerre resta sans pasteur pendant sept à huit ans. Je veux parler des guerres civiles connues sous le nom de la Ligue, dont le but avoit été de détrôner Henri III , et dont toute la force se tourna ensuite pour empêcher Henri de Bourbon d'être élevé sur le trône de France (a).
(a) L'écrivain royaliste de la vie de M. de Donadien parle ainsi des événements de ce temps : « Luctuosis hisce temporibus Gallia bellorum civilium tempestatibus quatiebatur, et tune nimis experti sunt omnium ordinum cives quantum non religio sed religionis obtentus potuerit suadçre malorum.
» Plures catholici nomine gloriantes quin imo abutentes vel cœca superstitione ducli, vel suœ ambitioni serventes fatali se fœdere devinxerunt, quod^ eheu! sanctam societatem vocitabant. » {N>é,E.)
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L'idée que la cour romaine avoit conçue de ce prince empéchoit d'un côté qu'on expédiât des bulles à ceux qu'il nommoit aux évèchés, et de Taotre part il se trouvoit peu de sujets qui voulussent accepter le gou- Yeroement d'une ville où tout étoit en combustion , se charger d'un bénéBce dont les principaux bâtiments avoient été détruits pendant les gaerres précédentes, dont l'église cathédrale se ressentoit encore beaucoup du pillage des calvinistes, sans compter que pour entrer en jouissance de ce bénéfice, il falloit payer à la cour de Rome une annate considérable. Les mémoires dressés dans le pays en ce temp&-lk portent qn'Henri lY avoit nommé a l'évéché d'Auxerre, dès Tan 1594, un conseiller clerc du parlement de Paris, nommé Pelletier; qu'ensuite il 7 nomma le plus jeune des fils de Jean de Donadieu , gentilhomme gascon, qui étoit abbé de Saint-Hilaire du diocèse de Carcassonne ; que ie brevet de l'évéché fut ensuite cédé, vers l'an 1 597, à Jean Lordereaux, abbé de Saint-Marien d'Âuxerre ; mais que cet abbé étant mort de poison en revenant de Pans, ceux qui s'intéressoient pour les Donadieu firent consentir un autre fils de Jean de Donadieu de se faire d'église et d'accepter cette nomination. Cependant les bulles ne purent être expédiées que bien avant dans l'année 4599. Pendant cette longue vacance, le Chapitre qui avoit nommé deux chanoines économes du temporel de févéché, ne souffrit qu'à regret Gabriel Remon, prévôt de Léré, dans l'église de Saint-^Martin de Tours, se mêler de cet économat. Mais comme c'étoit dans des temps de troubles que le roi l'avoit nommé, cet exemple ne tira point k conséquence pour l'établissement de la régale, qoi n'a jamais eu lieu en l'église d'Âuxerre depuis le commencement do vin® siècle; et ce commissaire fut révoqué par Tordonnance qnHenri lY donna au camp devant La Fère en Picardie, le i*' mai 1596. De sorte que le Chapitre qui avoit toujours conféré les prébendes vacantes en pareil cas , se maintint inviolablement dans son privilège. La collation des cures fut aussi faite par le Chapitre en com*mun, sans avoir égard k ce qui avoit été arrêté en 4570 k ce sujet-lli ; et on ne s'avisa de la mettre a tour derôle, selon l'antiquité des chanoines, qo'en 1599 (1); et même dès le 21 juillet 1595, on avoit cru qu'il
(1) Reg, Capit, 13 martii 1599.
1590 il 169.'!.
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U99 k ies5. éloit plus à propos d^exainioer en plein Chapitre ceux qui se présenteroient pour les bénéfices, que de s'en rapportera l'archidiacre de Puisaye et au pénitencier. La capacité qu'on avoit reconnue dans les officiers de la cour ecclésiastique que M. Âmyot avoit choisie, engagea le Chapitre à les continuer dès le commencement de la vacance du si^e. Ainsi Laurent Petitfou , grand archidiacre et abbé de Saint-Père , fat officiai du diocèse jusqu'à sa mort arrivée le 5 février 1595, auquel temps l'abbé de Saint-Marien lui fut substitué : Jacques Magnen, chantre de la cathédrale, fut son vice-gérant jusqu'à l'an 1597, auquel temps s'en étant déporté, Gaspard Datny, lecteur, lui succéda (1). L'abbé deSaint- Marien n'est point différent de Jean Lordereaux, à qui M. Âmyot avoit conféré une prébende de la cathédrale en 1573, ainsi que j'ai déjà dit , et qui fut trésorier pendant quelque temps. Ce fut lui que le Chapitre nomma, en 1595, pour présider au synode des curés de tout le diocèse (2), qui se tint l'onzième jour d'avril : peut-être étoit-on déjà informé qu'il aspiroit à l'évêché. Il essaya de jouir de la préséance aux assemblées du clergé ; mais ce fut en vain, parce que le Chapitre adjugea cette préséance et la présidence en même temps au doyen (3). On ne vit point, tant que dura cette vacance , d'évêque in partibus employé aux fonctions du ministère. Ârnauld Sorbin, évéque de Nevers, fut prié parle Chapitre de faire quelques consécrations d^églises, entre autres celle de la paroisse de Chamiemi, que le seigneur François de la Rivière venoit de rebâtir en un autre lieu. Ce seigneur représenta que Tévêque Amyot, s'excusant sur son âge, avoit commis le même prélat pour cette cérémonie , aussi bien que pour bénir deux chapelles nouvellement bâties dans son château. Afin que l'acte en fût plus solennel, et que les fidèles s'en souvinssent plus longtemps, le Chapitre permit à l'évéque de Nevers de donner la tonsure et la confirmation dans la nouvelle église (4). Ce qu'il fit le 22 septembre, jour de la fêle patronale de saint Maurice. En 1599, dernière année de la vacance du siège, le Chapitre pria le même évêque de venir officier à la Pentecôte, et de faire l'ordination (5).
(1) Reg, Capit. 10 noo. 1597.
(9) Reg. Capit, 7 ap, 1595.
(3) Reg, Capit, 30 sept.
(4) Ex actis original,.
(5) Reg, Capit, 50 apr. 1599.
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Les aulres fonctions qui peuvent être déléguées furent faites pendant la ^509 ^ less. vacance par des dignitaires de l'église cathédrale (1\ En 1594 , le cimetière de Notre-Dame-la-d'Hors fut rebéni par le pénitencier ; en 1598, Féglise de Bessy rebénie par le même, et en 1599, celle de Pourein par l'archidiacre de Puisaye. Le Chapitre en corps tâcha, pendant cette vacance, de faire l'avantage de la fabrique de l'église cathédrale, en y unissant une prébende. On en avoit parlé au défunt évéque un peu avant sa raort, et sur ce qu'on lui avoit représenté que la dépense excédoit de huit fois la recette, attendu les aliénations et autres pertes causées par le malheur des temps , il y avoit donné consentement de vive voix. On destina pour cette union la prébende qui vaqua par la mort de Simon de la Croix, le 4 mars 1594 (2). Il n'étoit plus question que d'observer les formalités nécessaires ; et c'est de quoi on ne trouve aucun vestige. On fit en 1599 un acte tout opposé. C'est la désunion de l'administration spirituelle de Thôtel-Dieu d'Âuxerre, qui auparavant appartenoit au curé de Saint-Georges et étoit unie à son bénéfice. Cette désunion fut faite k la requête des habitants du village, ennuyés que leur curé ne résidât point. Mais elle n'eut pas de suite, puisque trente ans après, la même personne occupoit l'un et Tautre poste. Je ne dois pas taire ici un ancien vestige de la soumission que les Bénédictins avoient envers le siège épiscopal ou envers ceux qui le représentoient. Pierre Pésselière, grand-prieur de l'abbaye de Saint-Germain, demanda permission d'user d'œufs et de viande pendant le Carême de l'an 1595, à cause de ses infirmités. C'est ce qu'on lui accorda en Chapitre sur l'attestation d'un médecin ; et cela fut réitéré l'année suivante. Ce prieur étoit alors au moins octogénaire; dès l'an 1542, il étoit au rang des auteurs (5). Je ne passerai point non plus sous silence la religion de nos prédécesseurs envers les jours de fêles commandées. £11 1598, on fut obligé de vendanger à Âuxerre le 29 septembre , jour de saint Michel; et en 1599, le même besoin se retrouva le jour de saint Mathieu. Le Chapitre n'accorda la permission, qu'à condition que
(1) Reg, Capit. 20 dee. 1593. 24 nov. 1598. 37 maii 1599.
(2) Reg. Capit. 5 mars. 1594.
(3) Il a publié la vie de saint Germain, composée par Héric, etc.
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i ,e^. chaque famille paieroit cinq sols à rbôtel-Diea. Je rapporte, dans THistoire Civile d^Âuxerre, tout ce qui se passa au sujet de TobéissaDce que la ville rendit à Henri IV, en 1594, et les prières que Ton fit pour être préservé de la peste qui courut vers ces temps-Ië. Il n'y a rien k ajouter à ce que j'en dis , sinon que Tusage étoit alors de faire une célébrité particulière, cinq vendredis consécutifs, et d'honorer dans chacune une des fêtes de la Sainte Vierge (i). Cette dévotion étoit nouvelle et n'est plus en usage.
Enfin , l'évéché d*Âuxerre tomba dans la famille des Donadieu. Elle en fut redevable ^ Pierre de Donadieu, plus connu sous le nom de Picheri ou de Puchairie, lequel obtint cet évécbé du roi Henri IV, pour un de ses frères , en reconnoissance des services qu'il lui avoit rendus. Il suffit d'ouvrir le grand Mézeray, pour y lire que c l'incorrup- » tible fidélité de Pierre Donadieu sauva la ville d'Angers des mains » des ligueurs, par le moyen du château dont le roi Tavoit fait gouver-x> neur. Le comte de Brissac s'étoit jeté dans cette ville pour la faire
> révolter; mais il ne put gagner Picheri, quoiqu'il lui promît cent » mille écus, Tentretenement d'un régiment, et un riche parti, s'il » vouloit se marier. Les habitants prirent les armes contre le château. » Mais Picheri vint à bout de les réduire et eut la continuation de son
> gouvernement. > On peut ajouter, à ce que dit ici Mézeray, que ce gentilhomme avoit d'abord été admis dans le nombre des quarantecinq gardes de la personne du roi Henri III, et que ce même prince Tavoit fait gouverneur de la ville et château d'Angers, lorsqu'il l'eut retirée des mains de ses ennemis (2). Les deux frères plusjeunesquelui, portoient tous les deux également le même nom de François de Donadieu. Le plus jeune des deux embrassa le premier l'état ecclésiastique, et eut d'abord en commande l'abbaye de Saint-Hilaire au diocèse de Carcassonne. On dit de lui qu'il refusa l'évéché d'Àuxerre, à cause que son frère, le gouverneur, vouloit se retenir sur ce bénéfice une pension de quatre mille livres, avec l'agrément du roi, et parce qu'il fut informé des réparations énormes qu'il y avoit à faire aux châteaux
(1) Reg. Capiu 11 febr. et 82 juL 1597. | (2) Ex ejus epitaphio.
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(ie Varzy et de Régennes. Cependani j'ai va une lettre d'un Donadieu ^599 ^ i^ aa Chapitre d'Âuxerre (i), datée de Paris, le 17 juillet 1596, qui remercie le Chapitre de Tavoir félicité sur sa Domination. Il y dit qu'il a envie de venir voir son Chapitre, mais que le voyage de son frère en Normandie, l'en empêche, et qu'il se rendra a Âuxerre k son retour. Picberi ou pour mieux dire Puchairie avoit trouvé dans Jean Lordereaux, abbé de Saint-Marien, une personne de facile composition pour la pension qu'il avoit en vue; mais par malheur cet abbé avoit été et étoit peut-être encore attaché au duc de Mayenne, ce qui ne pouvoit convenir au roi. François de Donadieu, le plus âgé des deux du même nom, parut moins effrayé que son frère du peu qui lui reviendroit du temporel de cet évêché. Il se fit tonsurer h l'âge d'environ 55 ou 56 ans , et aussitôt il se vit nommé par le roi k l'abbaye de Bellebranche, de l'ordre de Citeaux et k cet évêché. Il étoit alors k Angers, auprès de son frère le gouverneur. Il y demeuroit depuis l'an 1588, que les guerres civiles Tavoient obligé de quitter Paris où il avoit étudié en philosophie, et où il avoit pris en théologie les leçons du célèbre Maldonat, jésuite. Ses études précédentes avoient été faites k Toulouse, dont l'université étoit la plus voisine du diocèse de Mirepoix, où il étoit né. Sa nooiination k Tévéché d'Âuxerre, qui étoit du 12 février 1598, né lui fut pas plus tôt connue qu'il fît dresser les informations nécessaires de sa vie et mœurs ; et afin qu'il souffrit encore moins de délai do côté de Rome par rapport aux bulles , le Chapitre d'Âuxerre fît la démarche de le demander avec instance au pape Clément YIII pour son évéque. On exposa au saint-père, dans une lettre du 18 décembre 1598, la triste situation où se trouvoit la ville et le diocèse d'Âuxerre depuis les guerres de la religion ; que ces guerres avoient été cause des aliénations des biens d'église, et de l'abandon des domaines dans la campagne ; que les impôts étoient plus hauts que jamais , en sorte que le clergé ne touchoit pas la sixième partie de son revenu ; que le château de Régennes, quoique rétabli par l'évêque Âmyot, étoit retombé dans sa première désolation , que celui de Yarzy menaçoit ruine ; et qu'ainsi il étoit nécessaire que sa sainteté pourvût incessamment l'église
(1) Ex autographo.
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1590 k 16SS. d'Âuxerre d'un bon pasteur ; et que celui qui avoit obtenu le brevet de nomination du roi étant pieux, savant et très-zélé pour la maison de Dieu, il méritoit qu'on lui fit quelque remise du droit d'annates. Muni de ces recommandations, qui pouvoient, en cette rencontre, tenir lieu de la formalité des anciennes élections, il partit pour Rome, dans la compagnie du cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, et mena avec lui un docteur natif du diocèse de Couserans, nommé Jean Dassier. A Rome, il prit le bonnet de docteur au collège de Sapience ; et vit réussir tout en sa faveur, autant qu'il pouvoit le souhaiter. Le pape lui accorda gratis les bulles de Tévéché d'Âuxerre et celles de Tabbaye de Bellebranche. Celles de l'évéché, qui sont du.... juin 1599, ne lui donnent que la qualité de simple clerc du diocèse de Mirepoix. 11 n'étoil, en effet, encore alors que tonsuré. Mais le souverain pontife lui permit de recevoir tous les Ordres sacrés extra tempora^ à commencer par les quatre moindres. Il fut ordonné par le cardinal de Joyeuse, et ensuite sacré évéque par le même, le premier août, dans l'église de Saiol- Pierre-ès-Liens. Le jour que ses bulles lui furent accordées, le pape en donna avis au Chapitre d'Âuxerre par une lettre qu'il lui écrivit, afin que les chanoines disposassent les esprits k le reconnoiire pour leur légitime pasteur. Le nouvel évéque, de son côté, chargea, dès le 15 juillet, de sa procuration générale, son frère Pierre, chevalier des Ordres du roi, conseiller d'état, sénéchal et lieutenant du roi en Anjou. Celui-ci subrogea Gaspard Damy, chanoine et lecteur d'Auxerre , que le sieur Dassier lui avoit indiqué à son retour de Rome, pour prendre possession de Tévéchéau nom de son frère ; il fit reconnottre au conseil du roi, le premier mars suivant, les bulles comme bonnes et conformes aux concordats, et obtint ordre de les mettre k exécution. En conséquence, Gaspard Damy se présenta au Chapitre le 14 juin ; et, après la lecture des bulles, il fut mis en possession, pendant la grand'messe, par Guillaume dé Rigny, doyen , avec la cérémonie du baiser du grand autel, et celle de l'installation dans la chaire épiscopale, à droite du sanctuaire et dans la stalle du chœur où l'évêque a coutume de s'asseoir.
François de Donadieu se voyant, après son sacre, si proche de l'année séculaire ne voulut point partir de Rome sans gagner le jubilé
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attaché k cette année. Pendant ce temps-là il se forma dans les céré- i^^ ^ i^ss. monîes ; il adopta plusieurs de celles qu'il vit pratiquer à Rome. Il eut aossi la dévotion de faire le pèlerinage de Notre*Dame-de-Lorette ; mais, peu accoutumé aux chaleurs du pays , il fut attaqué d'une maladie qui le retint le reste de l'année à Rome. Il fit alors connoissance avec les cardinaux Baronius et Bellarmin , dont il envoya les ouvrages en France. Quoique son diocèse ne le possédât pas , il n'en étoit pas moins bien réglé , parce que Jean Dassier fut un vicaire-général à la vigilance duquel il n'échappoit rien. On a conservé jusqu'ici une feuille imprimée en latin d'ordonnances très-sages qu'il répandit dans le diocèse, vers le mois de. février 1600, pour Tinstruction des curés et de ceux qui viendroient demander des dimissoires.
Le nouvel évéque étant rétabli en parfaite santé, prit la route de France et passa par Milan, qui avoit alors pour archevêque le neveu de saint Charles. Il y célébra la messe avec les ornements du saint archevêque défunt (I) ; et, le même jour, la curiosité le porta a aller entendre k vêpres, dans un monastère de filles, la voix d'une religieuse que saint François de Sales dit avoir admirée (2). Il arriva k Âuxerre le mercredi-saint , i8 avril ; il y fit son entrée monté sur une mule, et il coucha k l'abbaye de Saint-Germain. Il avoit choisi le lendemain, jour du jeudi-saint, pour se faire recevoir k la cathédrale. Cette se* conde entrée se fit en forme. Les quatre barons y avoient été convoqués; mais, comme le procès-verbal a été perdu, on n'a connoissance d'aucune autre circonstance , sinon que Filbert de la Chassaigne , baron de Givry, grand-mailre des eaux-et-forêts du Nivernois et Donziois, y assista au nom dUenrietie de Clèves, veuve de Louis de Gonzague, comme baronne de Sainl-Veraîn, et que Pierre de Puichairie, frère du prélat, fit tous les honneurs de la cérémonie ; en sorte que la dépense de ce jour, tant k régaler le clergé et la noblesse, qu'à faire des aumônes, monta k trois mille livres, somme très-considérable en 1601. Une suite de sa prise de possession personnelle étoit le serment de soumission envers l'église de Sens; il s'en acquitta le 17 septembre
Mémoire du temps. | (3) Livre de l'amour de Dieu.
1599 ^ leK. ^602 , entre les mains de Renaad de Beaune, son métropolitain (!)• Ceux qui ont connu le caractère de ce prélat, nous Tont représenté unanimement, quant à l'esprit , comme un véritable Nathanaël sans dol ni sans malice, d'un accès facile, d'un caractère naturellement libéral » joyeux et agréable dans la conversation. Quant au corps , il' étoit d'une taille médiocre, il avoit les yeux brillants, le visage sec, et portoit une longue barbe. La première chose qu'il regarda comme trèspressante dans son diocèse , fut la visite des paroisses, tant pour pro* céder à la réforme des mœurs des ecclésiastiques, que pour y administrer le sacrement de confirmation. Il alla, en 1605, du côté de la Loire, où il étoit resté davantage de vestiges du calvinisme. A Gien, il donna la confirmation à plus de trois mille personnes , suivant qu'il l'écrit à Gaspard Damy , son ofiicial , auquel il marque < qu'il ne pou- » voit représenter la ferveur qu'il avoit reconnue parmi les peuples , » et qu'il louoit Dieu de ce qu'il lui avoit plu augmenter sa grâée , où » les ennemis de notre religion s'efibrçoient de la diminuer (2). » Une tenue exacte des synodes vint au secours pour le rétablissement de la discipline. Sur la fin de son épiscopat , parut une collection imprimée des statuts qui avoient été rédigés de son tenips.
Quoiqu'un caractère doux et paisible empêche souvent une vive attention sur les affaires temporelles, on trouve cependant, diès les premières années de son épiscopat , plusieurs aveux et hommages rendus à ^ dignité pour des terres qui en relevoient. En 1602, Antoine de Ghastellux, chevalier, seigneur de Bazarne, lui passa nouvelle reconnoissance pour les moulins des Planches, situés en la paroisse de Leugny, au nom et comme tuteur de Pierre, Jacques et Diane, enfants de Léon de Moulins et de Marie de Crux , du chef de laquelle ces biens appartenoient a ces trois pupilles. L'année suivante, François d'Âgen, chevalier seigneur de Briaque en Saintonge, et Jeanne du Chesnoy , sa femme , lui payèrent les droits seigneuriaux de la terre de Saint-Sauveur qu'ils avoient achetée d'Henriette de Qèves , duchesse de Nevers, par contrat du 15 avril 1600. En 1606, le nouveau duc de Nevers
(1) En 1600, JeaorBaptiste da Val lui dédia la traduction qu'il fit du sommaire des points controversés dans la religion» de des-
sus le latin de Goster, jésuite.
(%) Lettre de Briare, 13nov. 1603.
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obtint de lui le pouvoir de retirer, en son nom, le domaine d'Alligny, distrait de la baronnie de Sainl-Yerain, et aliéné par Charles de Gonzague k Filbert Gillot, avocat en parlement, et à Anne Chevalier, sa femme, et il reçut pour cette permission plus de quatre mille livres. Ce duc lui rendit, six ans après, hommage pour cette baronnie et pour celle de Donzy. Vers la même année, 1606, qui fut la sixième de son épiscopat, Aymar, René, François et Charlotte de Prie, tous enfants de défunt René de Prie, lui firent hommage pour la baronnie de Toucy. Jamais Tenvie de thésauriser ne l'engagea à aucune démarche; il étoit si peu obsédé de cette passion, qu'il ne voulut jamais consentir à aucune coupe de bois de Tévêché, quoiqu'il ne manquât pas dé raisons ni d'autorité pour le faire ; mais il aima mieux réserver ses forêts, et il employa, pour réparer le château de Régennes, celui de Yarzy et sa maison épiscopale d'Auxerre, le revenu de son patrimoine, particulièrcr ment de la vicomte de Domfront, k lui échue par la mort du sieur de Puchairie, son frère, arrivée en 1604 aux eaux de Pougues (1). Il ne voulut non plus jamais permettre que ses secrétaires prissent aucune chose pour le sceau épiscopal, pas même pour les provisions d'aucun office ou charge temporelle. Il conféroit tout gratis et ne levoit aucun droit pour ses visites» Son désintéressement parut encore plus sensible* ment dans les députations qu'il accepta pour assister aux assemblées du clergé ; il y alla toujours et y demeura k ses propres frais, âans demander aucune taxe, et remettant k son clergé celles qu'on Im atlribuoit. Ce qui fut remarqué particulièrement en 1606, qu'on lui avoit taxé la somme de six mille neuf cent quatre-vingt-onze livres, pour huit mois de séjour, et en 1615, cinq mille six cents livres pour six mois. Mais quoiqu'il fût fort généreux de ce côté-lk, il ne négligeoit point ce qui étoit de son devoir, soit comme seigneur , soit comme évêque (2). En qualité de seigneur, il fit dresser un terrier général ; il acquit et réunit, au domaine épiscopal, un fief situé k Appoigny qui
1699 k IQSS.
(t] Il mourut ftgé de 50 ans d'une perte de sang, causée par l'ouTerture de la Teine dans laquelle le chirurgien avoit enfoncé trop avant la lancette. Il fut inhumé dans une chapelle des Jacobins d'Angers, où l'on
voit son épithaphe en style magnifique, gravée sur le marbre par les soins de l'évéque d'Âuxerre.
(2) Mémoires de Blanchonnet.
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im k 16SS. venoit des leBriois. Il fit aussi <]uelques échanges avec le Chapitre. Le château deRégennes qu'il venoit de réparer, ayant été surpris en 1615 par le prince de Condé, il fat contraint de donner, pour le racheter, trois cents pistoles au capitaine de Saint-Georges ; et sans se rebuter de cette rançon, ni des dépenses qu'il fallut faire pour l'entretien de la garnison de trente-six hommes pendant trois mois, et pour les fournir d'armes, il fit encore tous les frais qui furent nécessaires pour remettre en état les fontaines minérales d'Àppoigny, peu éloignées de ce château. Tout cela ne Fempécha pas d'exercer k Auxerre Thospitalilé d'une manière convenable à son rang. Il reçut tous les grands seigneurs qui y passèrent, entr'auires les cardinaux de Joyeuse et du Perron , le duc de Nevers, etc. Durant les 24 ou 25 années de son épiscopat, aucun des habitants de la ville ni de ses terres, n'eut sujet de se plaindre de ses domestiques. Quelques habitants d'Auxerre ayant tué et partagé entr'eux un cerf domestique qu'il nourrissoit, il voulut d'abord en tirer raison (1) ; mais les ayant fait venir devant lui k la prière de son oificial, il se contenta de les reprendre paternellement et leur pardonna. Ce qu'il observa, k l'égard de ces deux laïques, étoit sa pratique ordinaire envers les ecclésiastiques délinquants. Quoiqu'ennemi des vices, il ne ponvoit presque se résoudre à les châtier autrement que de paroles ; et aussitôt qu'il voyoit un prêtre lui demander pardon et pleurer en sa présence, il se sentoit touché de compassion et lui pardonnoit peut-être avec trop de facilité. Cependant, il ne put se dispenser, dès l'an 1604, de montrer du courage , lorsqti'il fut question de soutenir les droits de sa dignité et la gloire de Dieu. Ceux qui ont lu le Traité de l'Abus, par Fevret, comprendront ce que je veux dire quant aux droits et honneurs de l' épiscopat A l'égard de ce qui est dû k Dieu, on ne peut nier qu'il ne fût bien fondé à marquer son zèle contre les personnes qui se promenoient dans l'église cathédrale pendant l'office, de quelque qualité qu'elles fussent , ou qui y paroissoient d'une manière indécente. Non-seulement il se fit exactement prêter serment d'obéissance par ceux qui furent élevés k la dignité de doyen, mais encore il
(1) Mém. de 1G09.
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Toalat examioer les voies par lesquelles ils y éloient parvenus. Ainsi 1599 •, i^^ se vit-il obligé de refuser Pierre le Clerc, quoique malgré lui. Il voulut aussi, sur la fin de son épiscopat, obliger les chanoines, qui étoient curés, à résider dans leurs cures principalement les jours de fêtes ; mais, sachant que le Chapitre prendroit fait et cause pour ceux qui seroient inquiétés, il se désista de son entreprise (1). Informé du mauvais ordre observé dans l'officialité, il fit assembler, en son palais épiscopal , en sa présence, le 18 juillet 1605, Gaspard Damy, cha* Roioe et lecteur, oiBcial, Edme Guillaume, aussi chanoine vice-gérant, Jean Chardon, prêtre promoteur, avec Claude Boussu, greffier, et les procureurs, au nombre de sept. Tous concoururent k former un règlement composé de trente-quatre articles, avec l'aide des lumières de Claude du Voigne, docteur en théologie, vicaire-général, de Jean Dassier, très-versé dans le droit, et Nicolas Duval, avocat en parlement. Il n'y fut point résolu de supprimer les trois officialîtés rurales de Varzy, Cône et La Charité, mais d'examiner les titres de leur création et de s'instruire sur les abus qui s'y commettoient. Dans une autre assemblée, tenue chez lui , le 17 avril 1615, fut examiné le droit des archiprétres , par quatre curés que le synode avoil choisis , savoir : Gaspard Bargedé , chantre de l'église cathédrale et curé de Monéteau ; Jean Jurain, chantre de Varzy, curé de La Chapelle Saint -André; Caradeo Gaudry, curé de Moutiers; et Guillaume-le-Grand, curé de Saint-Regnobert. Le résultat de l'examen se trouvant favorable aux archiprétres , l'évéque les confirma dans le droit du lit du curé défunt et de la desserte de la cure vacante, par acte du même jour, de l'avis de Jean Dassier, son vicaire-général , et de Gaspard Damy, son officiai.
Obligé de donner h la cathédrale sa chapelle d'ornements, il les fit présenter au Chapitre, le 23 décembre 1606, savoir : cinq chapes, les ornements de^ l'autel et ceux des ministres sacrés, le tout d'une toile d'or et d'argent k deux fils frisés h poil. La même année, il paya la fonte de la seconde cloche de la tour, et huit ans après, celle de la grosse
(1) Reg, Capit, apriL 1621.
1599 h ies5. cloche (a). II donna aux églises d*Âppoigny, Gharbuy et Gy-l'Evéqoe dont il étoit seigneur, un ornement complet. II fit bâtir le jubé d^Àp-* poigny, et à Gy^l'Evéque la voûte du choeur. Il établit des Capucins aux portes d'Àuxerre (1); il donna d'abord ^ !i leur arrivée, pour acheter la place où ils sont et avoir les matériaux, la somme de deux mille quatre cents livres ; il planta lui-même la croix à Tendroit où Téglise a été bâtie , le 27 septembre 1606 , en présence du clergé et du peuple ; il ajouta encore douze cents livres k ses premiers dons, et continua, tant qu'il fut k Àuxerre, de leur donner par an la valeur de cent livres ; et. Tan 1614, il dédia leur église. Les Jésuites furent, après les Capucins, ceux à qui il fut d'un plus grand secours , en ce qu'il fit réussir a leur avantage ce qui avoit échoué sous son prédécesseur. D'abord il contribua , par son crédit et ses sollicitations , à empêcher que le bâtiment élevé des deniers de Jacques Âmyot ne retournât à ses héritiers , et il obtint l'arrêt qui l'adjugea k la ville en 1607. Ensuite, ayant laissé écouler un intervalle de temps depuis la mort d'Henri IV, il consentit à leur établissement; et, k leur arrivée, en 1622, il leur donna 1600 livres. Dès l'an 1606 , il avoit remis son abbaye de Bellebranche pour être perpétuellement unie au collège des Jésuites de La Flèche. Outre la somme d'argent qu'il doonoit régulièrement par an aux Jacobins et aux Cordeliers d'Auxerre , il y avoit deux muids de vin assurés pour chacune de ces deux communautés. Il aida beaucoup les premiers dans la dépense qu'ils firent, en 1620, pour la tenue de leur Cha-* pitre provincial k Àuxerre, estimant singulièrement le prieur nommé
(1} Hém. de Blanchonnet
(a) Voici rinscriptioD de la plus grosse de ces deux cloches, qui est rapportée dans un registre capitulaire de 1786.
ILfiC ME SACRA DOMUS FECIT, PRASQLQUE RErECIT,
NiTMBN ET AMRO UEO PERFERAM ASTRA SONO.
FrAKCISCUS DE DoNADISn BPISC. AUTISS. HOC TTMPANCM
PONDO X. M., IMPENSIS CAPITULI PRIMO CONSTATUM, CONFRACTUM
Sois EXPEN8IS DONO REFIGI CURAVIT. AN 1614.
La seconde, dont le poids n'estpas connu, portait les armes de M. de Donadieuet la date de 1606. {N. d. E.)
QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈMB ÉVÊQUE d'aUXERRE. 209
Vaogaler poar sa vertu , et à caase da soin qu*il avoit pris de rétablir i^n^ ^ j^. le couvent ruiné par les hérétiques. Par la même raison , il affectionna aussi très-particulièrement Jean Chapelle , gardien des Cordeliers , et le fit Tun de ses grands-vicaires en 1617 (1). Il partagea, entre ces deux communautés , les douze cents écus qu'il avoit reçus du duc de Nevers , pour des terres dans la possession desquelles il étoit rentré , et il leur fit distribuer, à condition qu'ils les employeroient aux besoins de leur église. A Tégard de THôtel-Dieu , tous les ans il y faisoit donner la somme de cent livres (a).
Dès Tao 1617 furent établies les Ursulines; François de Donadieu leur donna des constitutions Tan 1623, avec Tavis et les conseils de Jean Boutroux , curé de Saint-Pierre-en-Château , promoteur de cet établissement. II approuva celui des Âugustins de la réforme de Boui^es fait dans ville de Gosne^ en 1616, aussi bien que celui des Récollets, qui forent établis de son temps et sous ses auspices, à Clamecy (b) et ï La Charité-sur-Loire. Les Jacobins et les Carmélites songèrent pareillement k s'introduire k Âuxerre; mais ces projets furent sans exécution (2). L'établissement des Bénédictines dans la ville de La Charité-«ur-Loire , projeté vers la fin de son épiscopat, eut plus de succès (c). II prit un soin particulier des religieuses de Tabbaye de Saint* Julien , qui étoient retirées k leur maison de Charentenay depuis les dernières guerres de la Ligue; et par le moyen d'une visite pour laquelle
(1) Reg. Capituli. | W Rtg. Capit H Urhù len, 1623.
(a) L'hôtel-dieu de Varzy fut de sa part, eu 1620, Tobjet d'un jugement qui interditanx procureurs du fait commun de la ville de simmiscer à l'avenir dans son administration. — (Archives de ITonne) >G {N. d,E.)
(d) Les Récollets furent établis parla protection de la duchesse de Nevers en 1620.
Un P. de Monchy fut leur fondateur. Leur église était au-dessus du faubourg de
Beuvron. Arch. de TYonne ?JL {N. d. E.)
is.
[c) Elles furent fondées en 1624 sous le nom de Bénédictines du Mont-de-Piété.
Léon fondateurs sont noble Pierre du Broc dit du Nozet et Edmée de Thibaut sa
femme. EUesfurent soumises au Val-de-Grftce, en 1626. JG {N. d, E.)
Il 14
1599 k ies5. î^ commit Gaspard Damy son officiai, la paix fut remise dans ce monastère , et les séculiers dont elles avoient formé elles-mêmes de grosses plaintes furent éloignés. La pénitencerie étant une dignité spécialement établie pour le soulagement des évoques , il entra dans tout ce qui ponvoit être utile au temporel de cette dignité ; il approuva la désunion qui fut faite de la cure de Saint-Âmand , pour y unir en place celle de Treigny, beaucoup mieux rentée, et cela du consentement du Chapitre de la cathédrale , qui fut sollicité par Denis Perronnet , alors pénitencier. Il confirma aussi, en 1610, Tunion faite ci-devant de la chapelle de Saint-Germain k Técolâtrerie , depuis incorporée à la pénitencerie (1). Ce fut, par sa permission accordée en 1619, que le sieur de Salles , seigneur du Couldret , proche Bléneau (2) , rebâtit a neuf an peu au-dessus du pont de ce lieu, une chapelle en Thonneur de saint Posen (5). C'est celle dont on voit les ruines en montant k droite sur le chemin d'Ouzoir. On dît qu'elle avoit été d'abord dans un autre en*' droit. Ce prélat avoit pris, dès l'an 1610, d'excellentes mesures pour la conservation de tontes les chapelles de son diocèse et même des revenus de tous les bénéfices. Tous les titulaires dévoient déposer, aux archives de Tévéché, des copies collationnées de leurs principaux titres (4). Mais l'exécution en parut difficile, quoique conclue sur les 8uffi*ages du synode. Des difficultés considérables arrivèrent de son temps dans quelques petites villes du diocèse; k Gien, il accorda les chanoines de la collégiale avec leurs subalternes, c'est-k-dire les chapelains ; un règlement de l'an 1609 pourvut a tout. À Clamecy, il y eut une entreprise formée par les élus, touchant l'audition des comptes de fabrique de la paroisse, contre le droit du grand-archidiacre ; mais cette affaire fut réglée en faveur de l'archidiacre, par un arrêt du 5 janvier 1615. Au faubourg de Clamecy est une chapelle très-célèbre, nommée Bethléem , laquelle a toujours été de la dépendance de l'évéque d'Âuxerre. Louisde Clèves, prieur de La Charité et évéque de Bethléem, s'étoit imaginé qu'on le croiroit sur sa parole, lorsqu'il assureroit que
(i) Reg. Cap. i60î, 22 Nov.
(2) Ex Reg. Secret signato Cochon» 3 sept
(3) S, P&sennus du Berry .
(4) RegitU Franc. PeUé Secret, Episcopo-
tus.
QUATRE-VINGT- DIX-SEPTIÈMB ÉVÊQUB d'aUIERRE. 211
cette chapelle étoit unie à son évêché. Il voulut en produire des preuves; 1599 ^ 1095. mais comme ce qui pouvoil avoir été fait n'étoit point muni du consentement d'aucun des évéques d'Âuxerre, François de Donadieu y fit foroier opposition par Germain Cochon, avocat, le 19 mai 1606 (a).
Il seroit inutile de s'étendre ici sur les statuts qui furent formés dans les synodes tenus de son temps , si la compilation qui en fut imprimée en 1622, n'éloit devenue fort rare. Les curieux y liront avec plaisir, daus le mandement préliminaire , cette maxime sur le besoin de tenir des assemblées de quelque nom qu'on les appelle, qu'il déclare nécessaires dans l'Ëglise, pour remédier aux doutes^ difJicuUis et disardree (»t s'y peuvent glisser. Entre ces règles promulguées de son autorité, il y en a une qui défend , comme une cérémonie indécente et non conforme aux saints décrets , d'enchérir les bâtons des confréries durant le cantique Magnificat (1), et d'appliquer les versets deposuit et suseepit à la délivrance de ces b&tons. Il avoit réglé dès Tan 1609 , qu'il n'y auroit plus qu'un parrain et une marraine à chaque baptême, et qu'on retrancheroit la coutume par laquelle il y avoit un assistant outre le parrain , si c'étoit un garçon qui fût k baptiser, ou une assistante si c'étoit une fille (2); et il enjoignit d'avertir les peuples qu'un seul parrain et une seule marraine sui&soient, suivant le concile de Trente (5). Il fut
(1) Page lî. I (3) Page 59.
(S) Page 19.
(a) En 1612, Tévéque voulant contribuer à TentretieD du collège destiné à l'ins- Inicfîoii de la ville et chAtellenie de Gosne, donna à bail perpétuel aux habitants de Gosne, deux Iles situées sur le Noain au faubourg Saint -Agnan, et plusieurs autres béritages, moyennant 30 sous de rente, et 2 sous 6 deu. de cens, à condition dVmployer le revenu de ces biens à Ventretien spécial du principal et du régent du collège de Cosne. La destination primitive a été conservée jusque vers la fin du xrm* siècle. -— (Arch. de l'Yonne, Instruction publique}.
Le collège de Yarzy fut aussi l'objet de ses soins. En 1619, il termina les difficultés qai s'étaient élevées entre le Chapitre et la ville pour Télection d'un maître, et décida, suivant les titres du Chapitre, que ce corps présenterait dorénavant le principal ou précepteur et l'instituerait dans le cas où il serait trouvé capable, ce <iai eut lieu jusqu'en 1755. L'enseignement des humanités allait jusqu'à la rhétori* qaeet était gratuit. ^ Arch. de l'Yonne, ^g ,y d. JB ^
1590 ï 1695. ordonné aux prêtres qui administreroîeot la communion, non de retrancher Tusage où ils étoient de présenter ou faire présenter du vin el de Feau aux laïques qui venoient de communier , mais de se servir poar cela d'un verre ou autre vase, et non pas d'un calice, de crainte qu'ils ne crussent communier sous les deux espèces. Gel usage de boire du vin après la communion étoit en effet si commua parmi le peuple d'Âuserre, encore ^ la fin du xvi* siècle, que je trouve dans le nécrologe d'une des paroisses les plus pauvres de la ville (1), qu'an particulier donna vers ce temps-là une vigne k cette église pour fournir le vin de la communion du jour de Pâques ; et cet usage n'a cessé que de nos jours, parce que les coupes d'argent qui y étoient destinées se trouvèrent usées de vétusté, en sorte qu'il n'y a que la cathédrale où il s'est conservé après la communion générale des quatre fêtes ordinaires de Tannée. François de Donadieu ordonna encore que, dans les^ises paroissiales où l'on trouveroit deux seigneurs disputer entr'eux les honneurs et prérogatives, les curés ou vicaires ne nommeroienl aucun des contondants dans les prières , et qu'on laisseroit leur part du pain béni sur le banc des fabriciens (2). Il défendit à tous prêtres de remarier les personnes qui l'avoient été ; c'est-à-dire de réitérer les cérémonies matrimoniales avec la messe pro sponso et sponsa en faveur de ceux qui disoient qu'on avoit usé de ligature à dessein de leur nuire (5). 11 tronva quelquefois, dans ses visites, des abus dont les curés ne s'étoient point plaints aux synodes ; il tâcha d'y remédier. C'étoit, par exemple, l'usage en plusieurs lieux de la campagne que le jour du mariage on fit chanter vêpres par le curé, ou qu'on assistât à celles du Chapitre, si c'étoit dans un pajs où il y eût une collégiale. Il n'y avoit rien que de louable, si on se fût borné à dire ces vêpres suivant les règles reçues et approuvées; mais le bizarre étoit qu'il falloit que le Benedicamus^ qui termine ces vêpres, fût chanté par les parents du mari et autres assistants, à go^ déployée , ce qui n'étoil pas propre à exciter la dévotion. Le prélat vigilant défendit cette pratique et ordonna que les enfants chantassent ce verset comme c'est l'ordinaire dans le diocèse. Il défendit aussi
(1) Obituar. S. Peregrini ad 27 martii. \ (3) Page 53. (2, Page 42.
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de laisser parollrc à la procession de la Fête-Dieu des hommes irétas eo apôtres, avec des fausses barbes et perruques, et des habits bits exprès , couronnés d'espèces d'auréoles ou faux diadèmes. Il ordonna, qu'au lieu de cela, on portât avec respect des cierges allumés. Cest ce que j'ai tiré des registres de visites qu'il fil dans Tété de l'an 1622» après la publication de ses ordonnances synodales.
Gomme ce prélat avoit conçu à Rome une haute idée du rit qu'on y Toyoit communément pratiquer, sans faire attention que le Chapitre de Saint-Pierre, au milieu de cette grande ville, n'observe pas les nouveaux osages romains dans l'oiBce canonial, il essaya d'en introduire ce qa'il put. il avoit voulu, dès le commencement de son épiscopat, paroilré au chœur autrement habillé que ses prédécesseurs. Mais, en décembre i602, il fut condamné, aux requêtes du palais, à porter, depuis la Toussaint jusqu'à Pâques , la grande chape noire, le capu* cbon et camail comme les chanoines, ce que le Chapitre avoit certifié s'être pratiqué par les deux derniers évêques résidants, Lenoncourt et Âmyot. Le règlement ajouta même que, depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, l'évêque assisleroil â l'office en rochet et surplis par-dessus. On ne savoit alors à Âuxerre ce que c'éloitquela mozettc qui est venue depuis. Vers le milieu de son épiscopat, plusieurs des anciens chanoines étant morts, on laissa introduire quelques rubriques prises d'ailleurs (1). Néanmoins, dans les visites des paroisses , il ordonnoit qu'on achetât le Missel d'Âuxerre préférablement au romain , et ne permettoit ce dernier qu'au défaut du diocésain, qui commençoit à devenir rare. Regnaud Martin, archidiacre, fit aussi, de son temps, l'essai d'une cor^ rection do Bréviaire d'Auxerre. Elle n'étoit point achevée l'an 1620 (2), et il ne parut aucun ouvrage concernant l'ofiice divin sous l'épiscopat de François de Donadieu. Selon l'ancien usage , l'évêque fournissoit chez lui, aux chanoines, chaque année , au relour des vigiles chantées dans le chœur de Saint-Âmalre, le 50 avril, des gâteaux et trois sortes de vin, par forme de rafraîchissement ou d'agape ; cela fut changé de son temps. On consentit, en 1607 , que ce petit repas fût évalué k Qoe somme d'argent ; elle se paie toujours depuis !i ceux qui assistent
(1) Rtg. Capii. 1608^ 1609. | (% Reg» Capii, 18 dec. 1620.
1599 \ \%rj.
2i4f FRANÇOIS DE DONADIEU ,
1509 il 16?$. ^ ^^^ oifice, lequel est un reste des anciennes veilles qu'on célébroit dans chaque pays, au tombeau des saints tulélaires k l'approche de lenr fêle.
Quoique depuis près d'un siècle l'église d'Àuxerre n'eût point eu de pasteur attaché si scrupuleusement k la résidence , il n'en faut point conclure qu'il ne sortit jamais de son diocèse. Il s'en éloigna quelquefois ; mais ce fut presque toujours pour des sujets de piété et de dévotion. Il alla, en 1601 , k Orléans, gagner le jubilé que le pape accorda pour la continuation du bâtiment de l'église cathédrale dont Henri IV mit la première pierre, et son exemple fut suivi par quelques chanoines. On le vit quelquefois célébrer k Paris la messe de Touverture du parlement. Non-seulement il étoit en grande réputation auprès des magistrats de cette cour et du conseil, mais encore il étoit parfaitement bien dans l'esprit du roi Henri lY et de la reine. Aux obsèques de ce grand prince , il conduisit l'ambassadeur de Savoie à Saint-Denjs, fit ensuite diacre , et chanta l'évangile à la messe des funérailles. L'assistance qu'il devoit aux assemblées du clergé de la province , Tobligea aussi à quelques voyages. On voit son nom au bas de la condamnation du livre d'Edmond Richer de ecclesicistica potestaie^ faite en 16il, le 45 mars» par les évéques de la province de Sens. Il dédia l'église des Capucins de Joigny, diocèse de Sens , k la prière du cardinal de Gondy, fondateur de cette maison. Il eut, pendant quelque temps, pour suffragant, un prémontré nommé Nicolas Lagrené , abbé de Saint-Jean d'Amiens etévéque d'Ebron, lequel, étant k Auxerre, faisoit sa résidence chez les chanoines réguliers de son Ordre. Un voyage qu'il fit k Paris, l'enleva pour toujours au diocèse d'Auxerre, et lui occasionna la permutation qu'il y fit, au mois de juillet 1625, dt) son évéchéavec Gilles de Souvré évéque de Comminges ; celui-ci vint k bout de persuader k François de Donadieu qu'il devoit se rapprocher de son pays et de son frère , l'évêque de Saint-Papoul. François de Donadieu fut tellement ébloui de cette proposition qu'il n'examina pas seulement si celui avec qui il traitoit étoit revêtu de pouvoirs. On découvrit depuis que le sieur de Yentenac, son homme d'affaires, avoit été gagné pour l'engager k la permutation. Le 7 février de l'an 1624, notre prélat étant retourné k Paris, révoqua le tout pardevanl notaires, a la persua-
QUATRE^VlNGT-DIX-SBPTIÈMfi ÉVÉQCE d'aUXEBKE. 215
sioD de Jean de Montereul , avocat en parlement , et fit signifier sa i^^ ^ ^^ révocation à Gilles de Souvré, le 17 mars suivant; mais il éloii apparemment trop tard , comme la suite le fit voir. Il tomba malade, peu de temps après , de chagrin de cette affaire. Son neveu , Barthélémy de Griet, lui conseilla de se recommander k la vénérable Marie de Tlncarnalion, décédée depuis peu , en odeur de sainteté , chez les Carmélites dePontoise; il lui appliqua quelques reliques de cette religieuse, et sa santé revint peu à peu. François de Dooadieu crut que Dieu demandoit qu'il résignât a un aulre l'évéché de Comminges , qui lui étoit échu saos le vouloir. Il engagea son neveu, qui étoit ecclésiastique, k Taccapter. Ce neveu est celui-là même a qui , lui et son frère, l'évéque de Saint-Papoul, avoient fait porter le nom de Donadieu en vertu de lettresroyaux obtenues depuis la mort du sieur de Puchairie, dernier mâle de la famille. Il se soumit aux intentions de son oncle, et il en justifia le choix par la vie sainte qu'il mena et qu'on dit même avoir été accompagnée et suivie dt) miracles. Sa préconisation k Tépiscopat est du 6 octobre 1625. Il y est qualifié prêtre du diocèse de Rieux ; ces lettres lai permettent de retenir en commande Tabbaye de Saint-Hilaire, du diocèse de Carcassonne, de payer, sur les revenus de l'évéché deCommioges, trois mille livres k Gilles de Lusignan de Saint-Gelais , clerc do diocèse de Tours, et huit mille livres de pension k François de Donadieu, ci-devant évéque d'Àuxerre; et de le laisser jouir, sa vie durant , du château d'Alan , et des revenus de cette terre dépendante de la mense épiscopale de Comminges.
François de Donadieu , confiné dans ce diocèse, n'oublia point son ancien troupeau qu'il n'avoit quitté qu'k regret. Tous les jours il offroi^ le saint-sacrifice pour le diocèse d'Àuxerre, et assuroitk ses amis qu'il s'y eroyoit obligé. Il récitoit même , en son particulier, l'ofiice en l'honneur de tous les saints d'Auxerre, chaque jour qu'il en trouvoit dans le calendrier du diocèse dont il avoit un exemplaire. Je rapporterai, sons l'article suivant, les égards qu'il eut pour la mémoire de son successeur, et sans m' étendre sur le bien spirituel et temporel qu'il procura au diocèse de Comminges et k Saint-Bertrand où est la cathédrale, il suffira de dire ici , qu'étant d'une santé beaucoup plus forte que Tévêque de Comminges , il y exerça presque toujours la plupart des
216 FRANÇOIS DE OONADIEU, XGVII^ ÉTÉQVB d'aUXERRE.
1599 ï 1635. fonctions épiscopales ; qu'il vit mourir ce saint neveu en i657, et qoe lui ayant survécu de trois ans, il mourut dans le château d'Alan , aa mois de février 4640, âgé de quatre-vingts ans. On croit que son corps ou au moins son cœur fut porté â Pucbairie, le lieu de la sépulture de ses ancêtres, et où il avoit fait bâtir une belle cbapelle. Mais il est probable qu'on ne Taura pas séparé de son neveu, dont il admira toujours la baute vertu.
Aucun de ses bistoriens n'a marqué qu'il eût fait un testament, ni qu'il eût demandé des prières dans la cathédrale d'Àuxerre. Un de ses officiers nous a seulement informé que lorsqu'il eut été remboursé de la vicomte de Domfront, qu'il tenoit par engagement pour la somme de cinquante mille écus , il partagea les trois quarts de cette somme entre tous ses héritiers présomptifs , et qu*il employa le reste en aumônes et œuvres pies. On voit aussi , par les registres du Chapitre d'Àuxerre (1), que les chanoines de cette église ayant appris son décès, lui firent un service solennel auquel les corps de la ville furent invités. Cet évêque avoit paru affectionner beaucoup un jeune homme appelé Hector de Puchairie ; il lui fournit même une pension considérable pendant les études qu'il fît à Toulouse ; mais on ignore à quel degré il lui étoit pa<rent et ce qu'il devint après la mort de son protecteur. On trouve, dans les bibliothèques, deux ouvrages qui ont été dédiés â François de Donadieu lorsqu'il étoit évêque d'Àuxerre , savoir : un volume de sermons de Denis Perronet. pénitencier d * cette église, en 1601 , et la chronique de Robert, religieux de Saint-Marien d'Àuxerre, publiée à Troyes, l'an 1608, par I^icolas Caniuzat, chanoine de Troyes.
La plus grande partie des faits que j'ai rapportés dans l'histoire de cet évêque, sont tirés des mémoires du sieur Antoine Mathieu Blanchonnet, natif de Gascogne , lequel, après avoir été son maître dliôtel, devint ensuite contrôleur des deniers du diocèse, de ceux de Germain Bardolat, chanoine d'Àuxerre (a), comme aussi des collections fournies
(1) Reg. Capit. 1640 13 febr, et aprit.
(a) Le manuscrit de M* Bardolat, conservé aux archives de l'Yonne, est presque un cérémonial complet du Chapitre. On y remarque le soin extrême qu*avaient
GILLES DE SOUVRÉ» XGVlll^ ÉVÉQUB d'aUXERRE. ' 217
par Gaspard Damy, son officiai, et des remarques en original da sieur ^^^ ^ ^^^ G. Bogue de Varzy, qui avoit été sou officier pendant plus de ^iogt ans.