‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 45 sur 122 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DOMINIQUE SËGUIER, XGIX» ËVÊQUE D'AUXERRE.

Dominique Séguier, qui eut le brevet de nomination de Louis XUI ^^^ ^ i^?pour remplir le siège d'Auxerre après la mort de Gilles de Souvré, étoit seulement prêtre, mais il possédoit plusieurs dignités, et avoit déj^ refusé plusieurs évéchés et même un archevêché. Il éloii né à Saint- Deuys-en-France, l'an 1593, le second jour d'août, de Jean Séguier, lieutenant civil de Paris, fils de Pierre, président en la cour, et de Marie Tudert, fille de Claude, seigneur de la Bournalière et de Nicole Hennequia. Il eut le nom de Dominique au baptême, parce qu'il étoit Tenu au monde après un vœu fait à saint Dominique ; et même en con-* séquence on lui en avoit fait porter l'habit pendant les six premières, années de sa vie. Il fut envoyé k l'âge de onze ans, a Dijon, avec Pierre, son frère aine , chez M. Brulart , conseiller au parlement ; il y fit ses premières études chez les Jésuites, pendant les années 1604, 1605 et

(i) Reg. urbisj i nov, 1629. | (2) Reg. Capît.

I<i31 il 1637.

^50 DOMliNlQUE SÉGUIER,

1606. Il coiuinua les trois années suivantes à Paris, au collège du cardinal Le Moine, et (iit fait alors chanoine de Notre-Dame de Paçis. Il alla ensuite étudier en philosophie an collège de La Flèche, d'où, étant de retour à Paris « il fréquenta les écoles de théologie et celles de droit jusqu'en 1616, qu'il fui reçu conseiller-clerc au parlement de Paris. Le doyenné de la cathédrale du Mans ayant vaqué, en 1621, les chanoines envoyèrent k Paris pour le lui présenter. Il ne garda cette dignité que jusqu'à Fan 1625 , auquel le Chapitre de Paris le choisit pareillement pour doyen ; et en même temps qu'il cessa de l'être au Mans, il eut dans le même pays nne abbaye de l'Ordre de Saint-Augustin. 11 eut aussi» environ dans ce même temps, le prieuré d'Âuneau. Les inCrmités et affaires de l'archevêque de Paris ne lui ayant pas permis d'officier à toutes les cérémonies extraordinaires, le doyen s'en acquitta aYec tant de grâce et de majesté, que Louis XIII l'admira en plusieurs occasions; et lorsqu'on 1631 il fut fait son premier aumônier, le prince consentit en sa faveur que, dans la suite, le premier aumônier pût exercer son office en quelque temps que ce fût. Le même prince obtint pour lui, du pape Urbain YIII, le titre d'archevêque de Corinlhe, et le destina ensuite h révêché de Boulogne , vacant pai la promotion de Victor Bouteillerkrarclievèchè de Tours (l).Maiscomme celui d'Âuxerre vaqua presque dans le même temps, il lui fut donné te 6 octobre 1651 , avant même qu'il eût reçu ses bulles de Karchevéché de Gorinthe. Quoiqu'il pût, après l'arrivée de ces bulles, se faire sacrer archevêque pour avoir le pas sur les évoques , il aima mieux attendre l'expédition de celles de l'évéché d'Âuxerre, et ne se faire sacrer qu'en qualité d'évêque. Il le fut, en 1652, par l'archevêque de Paris assisté des évoques de Chàlous et d'Orléans. Ce sacre fut fait dans l'église des Carmélites , â cause que sa mère s'étoit retirée dans cette maison. On varie sur le jour ; les uns marquant que ce fut le 18 janvier, d'autres le 25 juin. Quoiqu'il en soit, il vint k Sens le troisième jour d'août pour y faire sa profession de foi entre les mains de l'archevêque , suivant la teneur de ses bulles.

(1) En 1631 , le sieur À. liu Fousteau lui dédia les Singularités de France. in-U. Il le qualiûe doyen de Paris, premier aumônier

de sa majesté, nommé à Tévêché de Boulogne.

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et il prêta en même temps le serment ordinaire de soumission et obéis- ^^^ ^ ^g^. sance. Pendant le même mois, W fit savoir aux quatre barons qu'ils eossent k se trouver a son entrée solennelle au mois de septembre. Cependant, lorsque le jour assigné fut venu,. il ne fit point exécuter l'ancien cérémonial , pour ne pas se compromettre avec le procureurgénéral , et il ne garda d'autre forme d'entrée sinon que le lendemain de son arrivée, qui étoit le jeudi 16 septembre , il alla, sur les neuf heores, du palais épiscopal à Notre-Dame-de-la-Cité, oit il se revêtit de ses habits pontificaux, et il fut ensuite conduit de cette église k la cathédrale, par André Percheron , grand-archidiacre d'Auxe'rre, Edme Berault et Etienne de la Faye , chanoines de la même église, chargés delà procuration de Charles Prévôt, grand-archidiacre de Sens. Etant, arrivé k la grande porte de la cathédrale qui étoit fermée , il y prêta le serment accoutumé entre les mains du même archidiacre d'Auxerre, représentant alors le doyen , et étant ensuite introduit dans l'église, le même dignitaire lui fit une harangue latine» le conduisit au chœur, le mit en possession avec toutes les cérémonies que les archidiacres de Sens ont coutume d'observer. Après le Te Deum il donna la bénédiction; et, s'étant déshabillé, il revint entendre la messe du chœur dans sa stalle : le même jour, il donna un repas à tout le Chapitre , tant chanoines que tortiers et chapelains, et quelques jours après k tous les corps de la ville successivement.

Tous ces témoignages de joie inséparables de sa nouvelle réception, ne L'occupèrent point de telle sorte qu'il ne se livrât aussitôt k l'exercice des fonctions épiscopales. Le samedi suivant , qui étoit celui des Qaatre-Teoips, il conféra les Ordres. Le mardi d'après, vingt et un jour de septembre, étant au couvent des Cordeliers, il y fit la bénédiction solennelle de la pyramide élevée au milieu du préau du grand cloître (1). •Il eut, dans le mois suivant , un sujet d'affliction. 11 avoit amené, k sa prise de possession, sa sœur Charlotte Séguier, femme de Jean de Ligny, maître des requêtes, avec sa fille , nouvellement mariée k VL de Brandon. Cette jeune dame mourut k Auxerrele 18 octobre. Cette perte fut fort sensible k Dominique Séguier, qui fit déposer son corps '

(1) Necrok Franciscanor . Auliss.

1881 k 16OT. ^^°^ '^ crypte sitaée sous la chapelle éplscopale , où elle fut conservée dans un cercueil de plomb jusqu'au mois d'octobre 1657, que M. de Brandon envoya deux prêtres pour l'amener et la conduire dans le tom* beau de ses ancêtres (i). Ce fut à cette occasion que le Chapitre eut de la famille des Séguier un ornement noir, connu depuis sous le nom de la dame de Brandon , qui fut comme une préparation k tous les présents dont Dominique Séguier devoit combler son église (a). Je crois pouvoir commencer son éloge par cet article, parce qu'en effet il formo un article essentiel de l'histoire de ce prélat, et qu'il est d'autant plus digne de remarque qu'il succédoit à un autre, lequel, pour avoir trop tardé à donner son ornement, fut prévenu par la mort. M. Ségoier commença par un ciboire considérable d'argent doré, pour mettre sous le pavillon du grand autel, une croix de même matière et deux grandes burettes qu'il fit présenter., le 21 mars 1655 (2). Quatre mois après, il envoya un ornement complet de velours cramoisi, parsemé de fleurs . d'or avec les courtines de damas rouge , pour mettre entre les colonnes de cuivre du sanctuaire. Le surcroît de chapes fit aussitôt rétablir l'ancienne coutume par laquelle les dignités et chanoines invités de chanter les répons et les alléluia des grandes fêtes , alloient se revêtir auparavant de chapes à la sacristie, ce qui avoit été interrompu depuis que les calvinistes avoient emporté les chapes (5). Ayant appris, dès sa jeunesse que la ville de Saint-Denys possédoit dans l'église de Tabbaye la plus grande partie du corps de saint Pèlerin, premier évéque d'Auxerre, et que son église cathédrale n'en avoit plus aucune relique, il en demanda au P. Gyprien, le Clerc prieur du monastère, et ii toute la communauté. Sa demande lui fut facilement accordée , non-seule-

(1) Reg, Capit. 19 oct, 1631, 1 «( 5 aug.

(3) Reg, Cap. 1638, 1 et 5 aug.

(3) Il donna aussi un instrument de paix

très-magnifique, mais ce fut en échange d'une conque précieuse, qui venoit de François de Dinteville.

(a)L'évéque partit alors pour Paris, et envoya de celte ville un ordre de destitution pour les officiers de ses terres. Les officiaux de Gosne et de La Charité forent également révoqués et personne ne réclama. L'office de bailli et juge-grujer deVany fut donné à M. André Dupin, avocat à Auxerre. — 'Mémorial de Bardolat^ Arch. de

l'Yonne

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ment par^e qu'il étoit successenr de ce saint, mais encore parce qu'il ^^i ^ ^^^ aYoit été l'un des commissaires que le roi avoit nommés, en 1655, pour introduire dans cette illustre maison la réforme de la congrégation de Saint-Maur. Ayant donc obtenu, le 27 mars 1654, environ la moitié d'un des os fémur de Tapôtre d' Auxerre , il fit faire un reliquaire d'argent doré, de la valeur de deux mille livres, oà cet ossement fut enfermé (1), le fit déposer dans la chapelle de Notre-Dame-de-Loretle, proche sa ville épiscopale , d'où il fut apporté processionnellement à la cathédrale par le clergé de toute la ville et faubourgs , le mardi de Pâques de l'an 1656 (2). Il officia pontifîcalement à cette cérémosie, et renferma dans la châsse l'acte de la donation qu'il faisoit delà relique, signé à Paris, le 12 février précédent. La dévotion qu'il avoit envers les reliques des saints du pays, le porta k ne pas souffrir que les débris des châsses que les calvinistes avoient pillées en 1567, restassent plus longtemps renfermés dans le trésor de la cathédrale^ sans être exposés k la vénération des fidèles. Il les déposa dans une grande châsse de bois doré (5) dont il fit présent k l'église, le 26 du oiois d'octobre 1656. Les principales de ces reliques étoient la tête de saint Amatre et quelques ossements principaux de son corps, quelques fragments de la tête de saint Just, enfant martyr, les habits de saint Germain (4). Il y joignit l'os du bras du saint Saturnin, célèbre martyr de Rome, que le cardinal Pellevé avoit envoyé k l'évêque Âmyot, qui étoit resté dans un tuyau de fer blanc sans être enchâssé, une mâchoire de saint Julien, martyr, que Pierre Séguier, son frère , nouvellement fait chancelier, lui avoit donnée avec d'autres reliques moins connues. On continua, du temps de cet évêque, la révision du Bréviaire commencée sous son prédécesseur, mais elle resta encore imparfaite. L'utilité qui revint au Chapitre, des conférences que Ton tint k ce sujet, fut la réduction des anniversaires qu'il accorda par acte du 5 juillet 1654 (a). Il approuva

(1) Voy. les Preuves, an 1634, t. iv.

(2) C'est en mémoire de cette réception qu'on continue tous les ans, le mardi de Pâ-

ques, de porter ce reliquaire en procession. (5) Reg. Capit. 24 ocL 1636.

(4) Voy. les Preuves, an 1636.

(a) Les anniversaires étaient devenus trop considérables^ on les réduisit à un par semaine. (N. d, E.)

1631 à 1687. aussi, la même année, l'usage par lequel, en son absence, le dignitaire le plus qualifié où le chanoine le plus ancien donne la bénédiction au prédicateur, et il reconnut l'antiquité de cet usage.

Son caractère bienfaisant se manifesta dans les visites de son diocèse. Il eut soin d'y répandre de bons livres qui traitoient de TadminisiralioD des sacrements et des livres d'instruction chrétienne en forme de catéchisme. Il enrichit un grand nombre de pauvres paroisses de vases nécessaires en argenterie, entr'autres d'un ciboire, sans cependant les astreindre à quitter l'ancîen usage de conserver le Saint-Sacrepent à côté du sanctuaire. Mais on remarqua que les prédicateurs étrangers qu'il mena dans ces visites, n'eurent rien qui les distinguât dans le talent de la chaire et qu'il eût pu trouver parmi les curés d'aussi habiles gens (a). On le blâma aussi de ce qu'il n'imita point son prédécesseur dans la confection des statuts et qu'il les proposa tout dressés dans son premier synode. Les plus éclairés attribuèrent ce nouvel usage k quel* ques-uns de son conseil , dont les principes étoient plus despotiques que les siens. Ces premiers statuts, publiés le 5 avril 1653 , rouloient sur le mariage. Il y en avoit contre les mariages clandestins; dans d'autres, il étoit défendu de marier le jour de Saint-Joseph, quand il tomboit en carême. Le reste étoit sur les dispositions aux Ordres. Son attention ne s'étendit pas seulement sur le besoin qu'avoient les églises de vases sacrés et sur celui que les peuples avoient d'être instruits; il prit encore un soin particulier des néces^ifés corporelles de ses diocésains ; il fit habiller à neuf quantité de pauvres honteux, assigna la dot à plusieurs filles, et donna pour faire apprendre un métier aux pauvres garçons. Pendant les premières années de son épiscffpat, il y eut des maladies contagieuses qui augmentèrent le nombre des indigents (6). C'est pourquoi, au lieu de faire distribuer deux fois par

(a) Cette aUusion s'applique sans doute aux PP. jésuites, filandin et Marguenat qui raccompagnaient dans sa visite des paroisses de la Loire, avi printemps de 1633. Dans celte visite, il consacra Végli^e des Récollets de La Charité le jour de TAscensïon.^Voy. Mémorial du chanoine fiardolat ; Arch. de TYonne, p. 68. (iV. d. £.).

(b) Au mois d'octobre 1631, on fît des prières publiques et extraordinaires à l'occasion de la peste qui commençait d infester la ville d'Auxerre.— Beg. Bardolat^

(iV. d. E,'

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