‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 49 sur 122 · CENTIÈME ÉVÉQUE D*AUXERRE · texte numérisé non relu

CENTIÈME ÉVÉQUE D*AUXERRE

qa*il fit dresser de la comparaison de ces ossements avec ceux de la châsse, en présence des religieux et d'un habile médecin, il enseigna à la postérité que le peuple de Bouy avoit été bien fondé à croire qu'il y avoit des reliques de ce saint sous Fautel de la paroisse. Quelquesuns ont aussi assuré que Pierre de Broc avoit visité le dedans des tombeaux de l'abbaye de Saint-Germain » mais seulement en secret et sans en dresser de procès-verbal.

Dans quelques actes cet évéque est qualifié baron de Nully, en Champagne. Il avoit acquis cette seigneurie la seconde année de son épiscopat ; mais il ne la réunit point a l'évéché d'Âuxerre, et il en fit un échange au bout de quelques années. Il reçut aussi , la seconde année depuis sa prise de possession , la foi et hommage que lui prêta Pierre Camus, bailli d'Auxerre , pour les fiefs de Cervan, Montifault , La Villote et Beauche, en partie détachés du comté d'Auxerre, et le 14 décembre, Jean Jacob, écuyer, pour les fiefs d'Ougny et Ccponse en Nivernois. La vente de la baronnie de Toucy, faite par décret en 1645, lui produisit les droits de quint et de requint. Il fit des découvertes notables sur les dépendances de la baronnie de Donzy , par la communication qu'il eut, en 1649, des terriers et lettres de comptes qui restoient négligés à Varzy, et nonobstant la levée de la saisie féodale ordonnée en 1650, par arrêt du parlement en faveur du duc de Nevers, il fut reconnu seigneur suzerain , en 1651, d'une manière authentique et qui lui fut utile. Il ajouta aussi au domaine épiscopal de Varzy, beaucoup de biens situés dans le voisinage de cette terre. Quoiqu'il allât quelquefois la visiter, sa résidence la plus ordinaire lorsqu'il n'étoit point à Paris fut à Régennes, où il fit mettre ses armoiries dans les endroits les plus apparents, aussi bien que celles du cardinal de Richelieu. Il donna à l'église du lieu , c'est-à-dire Appoigny, un ornement de drap d'or (1).

Il acheta une maison à Cosne pour s'y retirer aussi quelquefois, et jouir des agréments du rivage de la Loire. Mais il ne réunit point ce

(1) Quelques persounes, qui se disent bien informées, prétendent que cet ornement ayoit été acheté d'une somme qu^un prince

avoit chargé ce prélat de restituer aux habitants de cette paroisse par un article de son testament.

Digiti-zed by

mo^ \m. ^^^^ ^^ domaine de Tévêché, non plus qnMl n'y fit point revenir Thôlel épiscopal d'Âuxerre, situé a Paris , quoiqu'il se le fût proposé. Il avoit plus fait que M. de Souvré, qui mourut en poursuivant cette prétention. Il voulut en savoir le produit par lui-même en rendant visite au P. Bernard, dit le pauvre prêtre, qui logeoit dans un appartement de cette maison ; mais étant informé de la manière dont le cardinal de la Bourdaisière avoit fait la vente, et du nom des personnes intéressées, il se désista de ses poursuites, content de retirer ses frais. Cette maison a depuis été changée de nature (1). Il s'en falloit beaucoup qu'il eût autant fait de démarches pour la recouvrance de la terre de Gien. Il souhaita seulement être éclairci sur la liaison qu'avoil la mouvance de cette seigneurie avec le droit de régale. Le Chapitre n'étant pas moins attentif que lui sur cet ancien fief de l'église d'Auxerre , h cause du cierge de cent livres dont cette terre est chargée envers la trésorerie, renouvela de son temps ses oppositions à la vente.

Il possédoit , quand il fut nommé évéque , les abbayes de Ressons et de Fontenelles; mais il permuta la dernière dès l'an 1645, pour Tabbaye de Toussaints d'Angers ; et il en prit possession en personne au mois de mai 1646, se retenant mille livres de pension sur Tautre. Dans le même temps, il fit quelques tentatives pour une prébende de la cathédrale de Saint-Maurice d'Angers ; il ne put cependant y réussir à cause des difiicultés qui se présentèrent au sujet de la stalle qu'il occuperoit au chœur et de la place qu'il auroit en Chapitre. Les chanoines de Saint-Marlin de Tours ayant un cérémonial réglé pour ceux d'entre les évéques qui sont chanoines honoraires de leur église, l'admirent au chœur comme leur confrère, lorsqu'il les eut salués en qualité d'évéque d'Auxerre, et même reçurent de lui la bénédiction à la fin de la messe. Outre les deux abbayes ci-dessus nommées qu'il possédoit, il espéra en vain avoir celle de Lanney en Beauvoisis» après la mort de Tabbé de Montmorency, arrivée en 1650. II fit ^ Paris deux cérémonies funèbres en 1649 et 1651 ; la première fut l'enterrement de madame de Montmorency, qu'il inhuma . par ordre du prince de Condé, dans le cimetière des religieuses Carmélites de Notre-Dame-des-Champs. La

(1} Elle est à la place de S. Michel.

CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 2«>7

secoodc (ut le service que les prélats de rassemblée du clergé firent célébrer dans Téglise des Âugustins, pour Léonore d'Estampes, archevêque de Reims. Il fut l'un des évéques qui sacrèrent h Paris, dans Téglise des Jésuites, Jean de Lingendes, évéque de Sarlat. Dès* les premières années de son épiscopat , Urbain VIII i'avoit chargé d'une commission au sujet de l'Ordre de Citeaux, avec l'archevêque de Sens el l'évêque d'Uzez. Dans celte négociation il fut favorable à Claude Vaussin, religieux de Clairvaux, prieur de Fonlenet, conlre les convenloels que le cardinal de Richelieu avoit réformés. Enfin, on lit qu'il présida a quelques séances de l'assemblée du clergé, Tan 1661« et qu'il tâcha d'y maintenir tout en paix.

Il reçut deux fois à Âuxerre le roi Louis XIV dans son palais épiscopal. Premièrendent, l'an 1650, lorsqu'il y arriva le onzième jour de mars avec la reine sa mère, le duc d'Anjou et le cardinal Mazarin ; la seconde fois fut l'an 1661 . Deux ans après , le roi lui donna une marque sensible de sa protection. Le présidial d'Âuxerre se rendant aux remontrances du procureur du roi, touchant la résidence des évéques, marquée par les ordonnances du prince, et voyant qu'il étoit de notoriété publique, queTévéque d'Âuxerreny satisfaisoit point, et que les pauvres crioient contre lui, avoit ordonné, le vingtième jour de mai 1665, que ce prélat seroit averti et invité de résider dans un mois et de faire l'aumône, sous peine de saisie de son temporel, et que l'ordonnance seroit signifiée à ses vicaires-généraux afin qu'il en eût con- Doissance. Le prélat, qui ne sa voit pas que c'étoit son neveti, doyen du Chapitre, qui avoit fait naître la querelle , se pourvut aussitôt au conseil privé, où par arrêt il fut dit que celte ordonnance seroit biffée des registres comme injurieuse, et que l'arrêt seroit publié dans Auxerre à son de trompe. Ce qui fut exécuté par un huissier de la chaîne envoyé exprès de Paris (a).

(a) L'abbé Lcbeuf a omis de parier des mesures prises par M. de Broc pour faire exécuter la décision de l'assemblée générale du clergé de France de 1657, au sujet de la signature du formulaire, prescrite par^ les constitutions des papes Alexandre VU en 1653 , et Innocent XI eu 1656. On sait que ce formulaire condamnait les erreurs contenues dans cinq propositions du docteur Jansénius. Le 16 juillet 1664, M. de Broc ordonna , par un mandement, à tout son clergé , sécu- II 17

^'iS PIERRE DE BROC,

1610 11 1671. Pierre de Broc, qui ne se croyoit pas un profond théologien, maintint assez la paix dans son diocèse, par l'usage où il fut d*avoir des vicaires-généraux au gré de tout le monde. II consentit volontiers en faisant travailler à une nouvelle édition du bréviaire d'Âuxerre, que ce fussent les plus habiles du Chapitre dans la connoissance de l'antiquité qui y missent la main; et comme alors on n'avoit pas devant soi les beaux modèles qui ont paru depuis, il fut publié l'an 1670, plutôt sous le nom modeste d'assat, que comme un bréviaire véritablement exact et à l'abri de la critique (i). Il vit de son temps la cérémonie de Tannée séculaire depuis la délivrance d'Âuxerre de la main des Calvinistes, qui fut Tan 1668, c'est-à-dire la célèbre procession en mémoire de ce bienfait (a). Commençant alors à résider plus exactement, et témoignant de plus en plus son amitié aux chanoines de son église , il se

(1) Voyez la lettre pastorale.

lier et régulier , et aux régents, professeurs et maîtres d^école, de souscrire le formulaire dans un mois, h partir de ce jour, à peine de' poursuites. Il donna lui-même Texemple en le signant sur le registre de Tévéché. Un sergent royal alla ensuite notifier Tordonnance dans tout le diocèse et fit son rapport. Le 4 novembre , sur la requête du promoteur, il fut constaté que 40 curés ou prieurs, les abbés de' Saint-Marien, Saint-Germain^ Rcigny et ses moines , Saint- Laurent de Cosne, les Bénédictins de La Charité, les chanoines et les moines de Gien, l'abbé de Roches, les Cordeliers d'Auxerre et un matlre d'école de celte ville avaient négligé ou refusé de signer le formulaire. — On ne voit pas quelle suite eut cette première affaire. (iV. d. E.)

(a) Le pape Clément IX accorda , à Toccasion de rétablissement de cet anniversaire, une bulle d'indulgences du 28 février 1668. Dargedé, dans son histoire manuscrite, fait une description pompeuse de cette cérémonie à laquelle assistèrent les nombreuses communautés religieuses de la ville et tous les corps constitués. H en fut si émerveillé qu'il s'écrie : « Le matin de cette célèbre journée , le soleil se cacha dans les nuées, honteux qu'il estoit de se voir surmonté par de si superbes appareils.... et plus loin, cent nonettes marchoient sur les pas des bannières, Yétues de blanc, marque de leur chasteté, et avec une telle modestie et gravité, que si les anges avoient eu des corps ils seseroient trompés à leur Ggure, n'y remarquant rien d'humain. »

On devait ériger, en mémoire de l'expulsion des Huguenots, une pyramide de bronze; mais les dépenses d'un tel projet le firent ajourner indéfiniment.

CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUXKRRS. 259

trouva avec eux au Chapitre les dernières apnées de sa vie, a la céré- xm ^ i67l mooie du soir du jeudi-saint, où Tévéque est tenu de fournir le vin de la cène , landis que les chanoines réguliers de Saini-Eusëbe servent de leur côté des pains azymes k tous cenx du corps , tant chanoines que loriiers. On remarque que sous son épiscopat, le Chapitre, loin de se relâcher sur rattachement qu'il avoit pour l'antiquité, fit au contraire plusieurs règlements pour rétablir dans leur premier état des rits changés assez légèrement sous les trois épiscopats précédents. On en fut redevable k Tattention qu'eurent quelques chanoines de consulter l6s anciens monuments. Mais ces chanoines ne purent réussir en tout. On peut juger de la connoissance qu'avoient de la saine antiquité ceux qui se méloient de proposer les changements par le mémoire qu'ils en-^ voyèrent, en 1670, k M. de Sainte-Beuve, et que ce docteur réfuta solidement par sa délibération du 17 août (1). Il étoit question d'inproduire, a la fin des grand'messes, la bénédiction par le célébrant avant de quitter l'autel. On ne voyoit encore, au commencement de son épiscopat, que deux ou trois chanoines porter la perruque, dont le plus ancien étoit Germain Bardolat, qui la prit par nécessité. Cette nouvelle mode prit tellement cours malgré la soumission qu'on étoit obligé de faire au Chapitre pour en obtenir la permission, que vers Tan 1670 il n'y avoit plus qu'un ou deux chanoines qui continuoient deparoitre au chœur avec leurs cheveux.

Pierre de Broc plaça dans le clergé de la cathédrale quelques-uns de ses neveux. Le premier fut Pierre Fricour de Fénouillet, natif du diocèse de Tours , prieur de Juvigny , k qui il conféra le canonicat et la trésorerie^ dont Claude Leclerc , depuis archidiacre, s'étoit démis en 1640. Il n'étoit encore alors que simple clerc. Le second fut Jacques des Loges, fils de Catherine de Broc, né en la paroisse des Loges, au diocèse du Mans, en 1627, qui fut fait chanoine en 1659, et fut depuis prieur de Saint-Melaine et de Saint-Venerand, et chanoine du cimetière de Laval. Le troisième, Charles Testu de Pierre-Basse du diocèse d'Angers, fils d'Antoinette de Broc, sa sœur jumelle, qui n'étant encore que sous-diacre et chanoine depuis quinze jours , fut élu doyen

(1) Cas de conscience, tome i, cas 9 et 10,

2C0 PIERRE DE BROC, CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUIERRE.

1610 a 1G71. le 1 7 octobre 1 661 . Ce ne«ea fut ordonné diacre et prêtre extra tempara par son oncle, qu'il soulagea dans les dernières années de son épiscopat en qualité de vicaire-général. Il lui succéda aussi dans Tabbaye de Toussainls d'Angers. Pierre de Broc, averti vers ce temps-là qu'il avoit contracté beaucoup de dettes , forma une sincère résolution de les acquitter. Il retrancha pour cela les deux tiers de sa dépense ; et il seroit venu & bout de les acquitter toutes si la mort ne Tavoit prévenu (a). Etant tombé malade au château de Régennes les premiers jours de juillet de Tannée 1671, le doyen d'Auxerre lui administra le saint viatique; le curé de la paroisse lui conféra le sacrement de Textréme-onction, et il mourut le septième jour du même mois. Son corps, apporté à Auxerre, fut placé, après les obsèques, dans une chapelle des grottes de la cathédrale, auprès de celui de sa sœur Antoinette, épouse de M. de Pierre-Basse, qui y reposoit depuis huit ans. Un Jacobin, nommé Gauthier, fil son oraison funèbre le trentième jour après celui de sa mort, en présence de tous les corps de la ville. On ne sait pour quelle raison le Chapitre différa jusqu'au mois de novembre ^ ordonner à chaque collégiale, monastère, communautés et curés, qu'ils fissent un service pour le repos de son âme. Le mande-^ ment qui fut signé du doyen au nom de la compagnie, est du 18 de ce mois, et donne au défunt évéque les épithèles c de bon , bienfaisant et dont la mémoire sera à jamais chère dans le diocèse. » On célébra encore dans la cathédrale , au bout de Tan , un service solennel auquel son successeur officia pontificalement.

Comme son corps et celui de sa sœur étoient restés simplement dans des cercueils de plomb élevés sur des tréteaux sans être renfermés en terre; ils furent tirés de ce lieu le samedi 16 septembre 1750, après complies, et portés dans la nef de l'église où on les descendit dans le caveau de MM. deDinteviJle, dont les corps occupoient très-peu d'es-

(a) Les grandes dépenses que M. de Broc avait faites lorsquUl était au service du roi, dan^ la poursuite de plusieurs procès de son église et pour Tentretien de sa maison; avaient gravement compromis sa fortune. Il fut obligé, en 1669, d'abandonner à SCS créanciers tout son revenu , moyennant 15,000 liv. qu'on lui laissa par an. {N. d. E.)

NICOLAS COLBERT, CENT-UNIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 261

pace. Celui de Tévêque fut mis à droite, et celui de sa sœur à ^^y^ ^ ^^^ gaDcfae.

Il reste quelques exemplaires d'un petit livre dédié à Pierre de Broc, qoia été imprimé ii Auxerre, chez Jacques Bouquet, in-lS, Tau 1645, iolitulé : rEolretien des Musiciens.^^ par le sieur Gantez, prieur delà Hagdeleine en Proveuce, chanoine sémiprébendé et maitrè des enfants de chœur et de la musique de l'église cathédrale d'Auxerre. L'épltre dédieatoire et tout Touvrage prouvent combien ce prélat étoit bon et facile. L'auteur re(;onnoit que c'étoit de lui qu'il tenoit sa sémiprébeode, et il lui en fait hommage dans l'année même. On trouve , en effet, dans les registres du Chapitre, au 27 juin i645, la réception d'Annibal Gantez, prêtre du diocèse de Marseille. L'écrivain ne balance point de dire à Févêque qu'il lui a semblé ne pouvoir rencontrer DD meilleqr protecteur de son livre, a parce que, dit-il, vous avez un si grand amour pour les musiciens, que presque toute votre maison en est composée.» Au moins, il est certain que ce prélat avoit été si charmé de l'organiste qui avoit touché au Te Deutn , entonné par lui dans la cathédrale d'Arras, après la prise de la ville, qu'il l'emmena avec lui, le présenta au cardinal ministre, et le fit ensuite venir à Auxerre pour demeurer chez lui. Il senommoit Antoine Doresmieux (1).

Page 1