CET<T -UNIÈME ÉYÉQUE D^AUXERRE
bienlôi répandu dans le public , y augmenta encore davantage la joie ,57^ ^ 1^70. des ecclésiastiques et des fidèles. Il y auroit eu de qnoi former un vo* lume par quiconque auroit entrepris d'écrire au long la vie que le prélat mena, tant à Luçon qu'à Auxerre. Mais comme il a ûiUu me borner dans cette collection, je me contenterai de produire ici ce qui m'a été fourni par plusieurs pieux et savsiats personnages qui l'ont connu particulièrement, et par d'autres qui l'ont vu en différentes occasions, à quoi j'ai ajouté ce que j'ai trouvé par mes recherches particulières.
La patrie de ce prélat étoit la ville de Reims. Il y écoii né Tan 1628. Il y avoil commencé ses études, les avoit continuées à Paris , où il avoit reçu le bonnet de docteur au sortir de la licence dont il avoit été prieur ; ensuite de quoi, étant bibliothécaire du roi (1), il avoil été élevé. Tan 1661 , à l'évéché de Luçon , où il avoit fait des biens infinis. Ayant âonc succombé aux instances de sa famille , qui craignoit pour sa santé, il se disposa â subir le nouveau fardeau qui alloit lui être imposé. Il se retira à Reims , où sa principale occupation après la prière, ia lecture et ses lettres écrites , fut de visiter les lieux de piété et les sanctuaires de la ville. A la prière du Chapitre, il officia pontificalemeni aux grandes fêtes qui se rencontrèrent pendant le reste de l'année 1671. 11 fit plusieurs fonctions épiscopales à la réquisition des vicaires-généraux du cardinal Antoine Barberin , archevêque ; il anima à Tétude et a la piété quantité déjeunes ecclésiastiques, el montra partout une modestie et un recueillement que tous les fidèles admirèrent et firent remarquer à leurs enfants, afin que la mémoire s*en perpétuât.
Les bulles de sa translation étant arrivées, il prit congé de sa famille et se hâta de se rendre à Auxerre, où Ton étoit prévenu avec justiceen sa faveur et plein d'espérance d'avoir en lui un pasteur selon le cœur de Dieu et un protecteur en cour. Le Chapitre de la cathédrale députa six du eoi-ps pour aller jusqu'à Joigny au devant de lui et l'accompagner jusqu'à Auxerre ; il fut reçu dans la ville le 27 janvier, comme on auroit reçu le roi ou le gouverneur de la provjnce; c'est-à-dire que le maire et les cchevins, avec toute la bourgeoisie enarmos, éloient allés
:i) L'histoire de la Bibliothèque du roi dit 1 jusqu'à sa mort, qu'il fut bibliothécaire depuis Tan 1656 {
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io:s }t 1676. I>Î6D loin hors de la ville au devant de lui , où ceux qui représenloieul la communauté des habitants lui firent leur harangue. Mais comme il ne fut point curieux de se faire porter par les quatre barons, depuis Téglise de Saint-Germain jusqu'à la cathédrale, il se rendit droit au palais épiscopal, où il se prépara pendant deux jours de recueillement il sa prise de possession. Le 29, il pftsa de son palais à la cathédrale par la porte de communication, qui est derrière le chœur, et alla dans la chapelle de Notre-Dame-des- Vertus, située à côté du grand portail; là, s'élant habillé pontificalement, il se présenta à la grande porte de l'église pour y être reçu. Le doyen, à la tête des chanoines, tous revêtus des plus belles chapes, lui ayant fait un discours; lui présenta le livre des évangiles pour prêter le serment suivant la formule ancienne qui y est écrite. Comme ce serment fait mention des droits et immunités de l'église d'Auxerre , il fil réponse qu'il s'y conformeroit lorsqu'il les auroit vus, et de là il.avança au chœur qui étoit orné de tapis* séries nouvelles, et il y fut intronisé à la manière accoutumée. Le Chapitre lui fit ensuite les présents ordinaires de pain et de vin pour sa nouvelle venue, et dès le même jour ou le lendemain il offrit à la cathédrale quelques-uns de ses ornements pontificaux. Mais il ne donqa aucun repas, réservant tout ce qu'il avoit d'argent pour les pauvres qu'il savoit être en grand nombre et dans un grand besoin (I).
 peine étoit-il en possession et avoit-il reçu les harangues des différents corps de la ville, qu'ayant appris qu'il n'y avoit point encore de séminaire érigé pour l'instruction des jeunes ecclésiastiques, et que son prédécesseur n'avoit point fait d'attention à cet article des bulles, il prit les moyens d'en établir un sans aucun délai. Il destina d'abord pour cela tout le bas du palais épiscopal où il fil faire de petites chambres. Il donna un mandement le 5 mai, par lequel il faisoit savoir que ceux qui se disposoient aux ordres pourroient se présenter dès le i8 du même mois; et, après avoir réuui un nombre d'ecclésiastiques des plus vertueux, il leur do^na pour supérieur Louis Habert, docteur de
(1) J'ai vu une lettre en original du P. Duneau, jésuite francois, résidant à Rome, du 19 avril 1672, k un chanoine d'Auxcrrc. qui conlîentcpt éloge de Nicolas Colbcrt :
« Je commencerai en me conjoùissant avec » vous ef avec toute la ville d'Auxerre, d'a- » voir un évèque si pieux et si homme de > bien qu'est le votre. »»
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Sorbonne, natif de Blois. L'année d'après il acheta pour la même fin 1^3,1.76. 00 grand corps de logis situé dans la paroisse de Saint-Loup, qui avoit appartenu à M. Pierre Camus, bailli d'Âuxerre. Depuis ce temps*là on Ty vit souvent aller pour y prendre ses repas, v donner des avis salutaires et y pratiquer l'humilité. Persuadé que la réforme d'un diocèse dépend des nouveaux prêtres qu'on y met en place , il prit dès lors toutes les précautions possibles pour n'imposer les mains qu'à de bons sujets et bien éprouvés ; et, afin de n'y être pas trompé, il se prépara à chaque ordination par un jour de retraite au tombeau de saint Germain ; il s'y rendoit le vendredi, à sept heures du matin, restoit ou à genoux dans les grottes, ou debout dans le chœur, chantant l'office avec les religieux, et vers les sept heures du soir, quelques domestiques revenoient vers lui pour l'accompagner lorsqu'il retourneroit à Tévéché où on lui servoit k manger pour la première et unique fois de ce jour-là.
Il fut aisé de reconnoitre, à ce premier trait, que ce prélat étoit un homme de prières et de mortification. Mais ce qu'on lui vit faire à Aoxerre étôit ce qu'il avoit pratiqué à Luçon pendant dix ans. Dans toute sa conduite, son régime de vie et son domestique, il n'innova rien en passant d'une église à l'autre, que sur un seul article ; encore le fit-il à la sollicitation de sa famille. Ce fut qu'au lieu que jusqu'alors il o'avoit point eu de vaisselle d'argent, mais seulement d'étain , il commença à en avoir d'argent à Auxerre , à cause que la ville est située sur une route où passent souvent des personnes du premier rang. Il se levoit a cioq heures et ne se retiroit qu'après neuf heures du soir. Loin de mener une vie de fantaisie, de caprice, et sans règles, il récitoit l'office divin, autant qu'il le pouvoit, aux heures de l'église. Il assistoit k l'office entier de la cathédrale les dimanches et fêtes chômées. Chaque dimanche, après matines, il passoit derrière le grand autel; là on lui ôtoit sou camail, il quittoit son rochet, et aussitôt il se mettoit à genoux et se confessoit à la vue de tout le monde ; ensuite il célébroit la messe. Il s'assujettissoit che% lui à une suite uniforme d^occupations, à moins qu'une affaire extraordinaire ou quelque bien supérieur ne l'obligeât de s'en écarter. Ainsi , s'il donnoit ses audiences à des heures réglées, c'étoit sans s'y astreindre nccessairemenl. Quoique son abord fût un
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peu troid , il receyoit ud chacun avec un visage égal , et un air de booté qui inspiroit de la confiance , toujours cependant avec les distinctions qui sont dues. Ceux qui sortoient de son audience où ils n'étoient entrés qu'en tremblant, étoient charmés des douceurs de sa charité, et publioient par tout qu'ils venoient de parler a un saint. Ses chevaux étoient d'un prix médiocre et des plus simples; ses meubles n'avoient rien qui frappât les yeux ou qui fût affecté. On ne servoità sa table, à diner, après la soupe, qu'une entrée et le bouilli avec quelques fruits, à moins qu'il n'y eût une personne de distinction ; durant tout le repas, on faisoit la lecture. En un mot tout étoit chez lui comme le prescrit le quatrième concile de Garthage, et la régularité y étoit si grande qu'on vit on gentilhomme choisir son palais épiscopal pour y faire une retraite spirituelle. Lorsqu'il alloit par la ville, c'étoit toujours à pied et accompagné d'un ecclésiastique ; ayant pour maxime qu'un évêque ne doit point sortir sans avoir un clerc pour témoin de ses actions. Jamais il ne mangea de viandes délicates, comme perdrix, levreaux, etc., quoiqu'on en servit sur sa table dans les cas extraordinaires. Il usoit si pea de vin qu'il ne faisoit que rougir son eau, et le plus souvent il la buvoit pure. On ne savoit ce qu'il aimoit le mieux, ne demandant jamais rieo pour soi. Les jours déjeune, il ne faisoit qu'un seul repas ^ sept heures du soir. La semaine sainte, il s'abstcnoit de poisson et n' usoit que de légumes, quoiqu'il travaillât tonte la journée. En ces jours-lk il sortoit de chez lui k l'heure de midi , lorsque sa famille se mettoit h table, et alloit passer au tombeau de saint Germain une grande partie de la soirée, jusqu'à ce qu'un de ses domestiques vint le reprendre à l'heure qu'il avoit marquée. Ses habits étoient fort simples, mais avec la bieoséance convenable k son état ; il ne vouloit pas que ses chemises fussent amples ni de toile fine. Sa maison n'étoit composée que des personnes absolument nécessaires pour son service et celui de son diocèse. Il n'y admettoit .que des domestiques de bonnes mœurs, n'avoit que deui laquais seulement, un postillon et un portier. Un des ecclésiastiques éloit chargé de veiller sur 'eux, et tous vi voient en poix et sans avoir jamais aucun démêlé. Il avoit quitté les livrées de sa famille avant le mariage du marquis de Seignelay, craignant d'être oblige d'en prendre de trop magnifiques, et il fit habiller ses domestiques de violet. Toutes les
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expédilioûs d'actes se faisoient gratuitement h l'évêciié. Il vouloit que iminime. ses domestiques fussent exempts de tout soupçon d*avarice ; il n'en auroit souffert aucun qui eût été convaincu d*avoir reçu quelque présent. Il donnoit aussi gratis toutes les charges de ses terres ^ et seulement à la considération du mérite ; jamais il ne se qualifia évêque à la tête des actes publics, autrement que par la permission divine.
Son amour pour la prière ne se bornoit point à réciter l'office divin ou k y assister; il se levoit encore la nuit, donnant ordre deTéveiller s'il nePétoit pas ; et il passoit un long espace de temps ^ prier ou au pied de son crucifix, dans sa chambre, ou dans Péglise cathédrale dont il gardoit une clé. Ceux qui ont été témoins des prières quMl y faisoit le jour devant le saint-sacrement, ont assuré que la ferveur de son oraison et la modestie qu'il y observoit, touchoient les cœurs des plus grands libertins et les portoienth la dévotion. Il s'y tenoit deux heures entières, la tête nue et sans remuer en aucune manière, tant l'âme éioit absorbée en Dieu. Quoique la modestie fût naturellement peinte sur son visage, elle éclatoit encore plus singulièrement pendant les offices divins ; en sorte qu'il portoit tous ceux qui le regardoienl à la révérence envers les saints mystères ; et lorsqu'il célébroit lui même le sacrifice , son recueillement et sa gravité ordinaires augmentoient encore davantage ; il étoit tellement pénétré de la grandeur du mystère et de la majesté divine, qu'il souffroit plutôt les piqûres les plus violentes des insectes que de lever la main pour les chasser. La prière publique ne lui étoit pas moins chère que l'eraison mentale. Outre qu'il assistoit à tout l'office, tant, de nuit que de jour, les dimanches et fêtes , il ne se dispensoil d'aucune des prières qui ont été instituées pour les nécessités publia ques, et il assistoit même aux trois processions des Rogations, qui sont les plus longues de toute l'année , surtout le troisième jour, où le Chapitre parlant k six heures ne revient que vers le midi, et cela à jeun, sans avoir pris aucune nourriture. Gomme il tàchoit d*étre dans le chœur un modèle parfait h tout le clergé, et qu'il ne s'y occupoit que de l'office qu'on célébroit actuellement, il ne permettoit pas que les chanoines se comportassent d'ane autre manière, ni qu'ils récitassent l'office en particulier au lieu de chanter ; bien moins encore qu'ils prévinssent l'office public par des récitations particulières du même office,
1673 2i 1676. °* «nêoie qu'on lût des livres de piété pendant la messe. Il fit dire un jour au Chapitre, par un chanoine , que s'il se trouvoil des particuliers qui violassent ces règles fondées sur les saints canons, on ne trouvât pas mauvais qu'il envoyât son aumônier pour avertir ces personnes de fermer leurs livres ou leur bréviaire et de s'unir au chœur. L'église de la ville, où sa dévotion Tattiroit davantage après l'église cathédrale, fut celle de Saint-Germain, au tombeau duquel il alioit, au moins une fois par semaine, célébrer les saints mystères ; il ne revenoit jamais de ce saint lieu qu'il ne sentit son zèle enflammésde nouveau.
Après l'établissement du séminaire, Nicolas Golbert prit toutes les autres voies nécessaires pour faire fleurir l'ancienne discipline dans le clergé de son diocèse (a). Visites des églises, synodes , conférences, rien ne fut oublié. Ne trouvant point, dans le commencement de sou épiscopat, des sujets du diocèse assez formés pour être employés, il attira d'excellents prêtres d'ailleurs pour remplir les cures qui vaquoient. Il recueillit , h l'exemple de deux autres évêques , quelques sujets de mérite qui , par respect et obéissance pour l'autorité épiscopale, quittèrent la congrégation de la Doctrine chrétienne, afin de se donner tout entier au service de ses peuples. Il publia / dans son synode de l'an 1674, quelques statuts; mais de crainte d'effrayer les anciens curés par l'idée d'un nouveau joug, il fit remarquer à son clergé que, pour ce qui regardoit la conduite, ce n'étoit pas de nouvelles ordonnances qu'il présentoit et qu'il ne faisoit que suivre les anciennes. En effet, il n'y prescrivoit rien sur ce qui concerne les mœurs des ecclésiastiques, qui ne fût dans les canons ou dans les ordonnances des évêques précédents ; et comme dans le petit volume qu'il fit imprimer il ne pouvoit leur prescrire tout ce qui parut nécessaire pour l'administration du sacrement de pénitence, il fit distribuer séparément les avis de saint Charles aux confesseurs, enjoignant, par un article spécial de ses ordonnances, h tous les confesseurs du diocèse de les avoir, de les lire et de les mettre en pratique. Le duel ayant été oublié parmi les cas
(a) Le correcteur des Minimes de Gien ayant refusé de subir un examen sur sa capacité, il interdit à la communauté de faire des prédications aux fidèles jusqu à obéissance. — Arch. de l'Yonne, -^- (iV. d. E.)
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réservés imprimés h la tète du bréviaire qai paroissoit depuis Tan 1670, il l'y fit ajouter (1).
Les deux autres docteurs quMI avoit amenés à Âuxerre, outre M. Haberl, éloieut M. Barré et M. François Louis (2). 11 fit le premier des deux oflScial du diocèse ; il retint le second auprès de lui et parut lui donner sa plus intime confiance. Tous les trois étoient parfaitement au fait du gouvernement d'un diocèse; ils venoient de celui de Luçon où ils avoient travaillé sous ses ordres. Mais quoiqu'il fût bien persuadé de la science profonde de ces trois personnages, jamais on ne Taccusa de se laisser gouverner. Il avoit tout le discernement nécessaire pour ne pas prendre, dans les délibérations de son conseil, l'apparent pour le vrai, l'incertain pour le certain. Quand il lui restoit quelques difficultés, il avoit recours h ceux qu'il connoissoit les plus éclairés à Paris. H avoit de grandes liaisons avec M. de Gondrin, son métropolitain. Cependant, il ne crut pas que le diocèse d'Auxerre fût en état d'admettre le règlement que ce prélat lui conseilloit d'y faire ; et il paroit, par un des articles de ses ordonnances concernant les ecclésiastiques, qu'il ne s'astreignit point à suivre la décision que M. de Sainte-Beuve avoit faite sur cette matière (5). Il étoit inexorable pour les grâces qu'on lui demandoit, quand les sujets n'avoient pas les dispositions. G'étoit une maxime générale dont il ne se départit pas même h l'égard de ceux qui appartenoient à ses principaux officiers. La crainte de succomber ne l'empéchoit point d'entreprendre ce qui étoit nécessaire pour corriger un pécheur ; les embarras ne lui inspiroient point de timidité, la dépense ne l'arréioit pas. Il étoit éloigné de ces foiblesses, parce qu'il avoit un vrai zèle pour le salut de ses diocésains. Il étoit, au reste, bien persuadé que l'élévation des évêques au-dessus des prêtres , n'est pas à la manière de la domination séculière qui commande despotiquement. Méditant souvent le commandement de J.-C. sur l'humilité, il ne souffrit jamais qu'on lui Tit des harangues dans les sermons, et il ne laissa jamais un prêtre découvert en sa présence. Il parloit k tous
(1) Ordonnances Syn. pag. 2.
(2) Ce dernier étoit du diocèse de Rouen, et avoit été reçu chanoine d'Auxerre le
1 février 1672.
(3) Tome 1, cas 199.
167S k \mc.
1^9 il im. <^^us qui étoienl revêtus du sacerdoce avec toute Taffabiliié possible. Quand il désiroil quelque chose d'eux, il s'expliquoit en termes si humbles et en même temps si pressants , qu'il falloit être bien rebelle pour ne pas obéir k ses volontés. Il n'abusa point de son crédit pour réduire par des voies de* fait les curés ou autres bénéficiers, coupables ou incapables, à abandonner leurs postes* Il ne s'arrêtoit pas non plus aux premières plaintes; il suspendoit son jugement jusqu'à ce qu'il eût tout approfondi. 11 considéroit de qui on lui parloit, qui étoit celui qui se plaignoit, examinoit si ce n'étoit point par vengeance ou par opposition à la discipline de l'Église; et quand même il connoissoit avec certitude les défauts de quelques pasteurs, il ne s'armoit point aussitôt pour les châtier, mais il usoit de charitables remontrances pour les porter à changer de vie; il les menaçoit ensuite, s'il en étoit besoin, et il ne faisoit commencer leur procès que lorsqu'il y avoit absolument . nécessité , et c' étoit toujours de manière à n'être pas obligé de l'achever, tant il avoit soin que ces ecclésiastiques déréglés se convainquissent eux-mêmes du tort qu'ils avoient et qu'une résistance opiniâtre leur seroit inutile. Souvent on en a vu qui venoient le trouver et lui avouoient ingénument leurs fautes ; il pardonnoit h ceux-là , leur disant : « Mon frère, allez, travaillez, il ne faut plus penser au passé , mais à mieux vivre dans la suite et à faire des fruits dignes de pénitence. » Â l'égard de ceux qui vouloient entrer dans des cures par présentations de patron ou par provisions de cour de Rome , il les examinoit lui-même, et son secrétaire présent rédigeoit le procès-verbal de ses demandes et de leurs réponses , sur lequel, après l'avis de son conseil et quelques délais accordés , s'il étoit convenable , il les déierminoit d'ordinaire avec autant de force que de douceur, à renoncer à des droits dont ils n'étoient pas dignes. Sa fermeté, en ces occasions, lui attira des injures et même des menaces ; mais sa religion le faisoit mettre au-dessus de tout ce qui échappoit k ces ecclésiastiques qui lui paroissoient mal appelés ou peu propres au ministère* Quoiqu'il fût d'un tempérament sec et chaud , bien loin de défendre sa réputation au préjudice de celle des autres, il Texposoit souvent pour cacher leurs fautes. Il lui auroit été facile d'empêcher la censure qu'on faisoit quelquefois de ses actions et d'obvier aux murmures : il suffisoii pour cela qu*on en dit les
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raisons; mais parce qu'il ne le pouvoil faire sans donner alleinte à la repu- ^^s i^ i^q, tation des coupables, il aimoit mieux garder un secret impénétrable en leur faveur, et souffrir avec humilité que le blâme quMls avoient mérité retombât sur lui.
Mais si ce prélat souffroit avec une grande palieuce les injures qui éloienl faites à sa personne et même les médisances , il avoit un grand zèle pour punir celles qui étoient faites aux curés, surtout si c'étoit dans les exercices de lepr ministère. Il ne pouvoit souffrir qu'on parlât mal en public de ceux qui étoient en place, mais il aimoit au contraire à en entendre dire tout le bien possible, pourvu que ce ne fût pas en leur présence. Un jour qu'un des premiers de la cathédrale loua hautement un curé présent qui avoit prêché devant lui, il garda un profond silence, corrigeant par là celui qui louoit excessivement, et préservant celui qui étoit loué du péché de vaine gloire. Les bons prêtres étoient reçus chez lui avec honneur et il les admettoit à sa table. Il les aidoit même de son argent lorsqu'il étoit informé que le revenu de leur cure ne suiBsoit pas pour les faire subsister selon leur condition. Il y eo eut un d'auprès de Goulanges-sur-Yonne qu'il trouva mal vêtu lorsqu'il vint le voir k Âuxerre, le bon prélat se dépouilla h l'instant de ses propres habits et lui en fit présent. Il donna souvent h d'autres des chemises de toile commune, telles qu'il les portoit.
Assistant de ses biens les pauvres ecclésiastiques, il n'eut pas moins d'attention envers le reste du troupeau qui pouvoit être dans la misère; il prit soin des pauvres honteux et de tous les autres misérables. Avant qu'il fût venu à bout d'établir un hôpital, il ordonna qu'on distribuât du pain trois ou quatre fois la semaine dans son palais épiscopal ; et avant celte distribution, un de ses aumôniers faisoit aux pauvres assemblés un petit discours de piété. L'hôpital étant établi en conséquence d'une assemblée de ville tenue à l'évéché et avec la participation de l'intendant, il fit confirmer cet établissement par des lettres-patentes du mois de mars de l'an 4675 (1). Tous les mardis, quittant ses emplois les plus sérieux , il se trouvoit aux assemblées qui se tenoient
(l) Cet hôpital fut d'abord dans la paroisse 1 du Panier-Terd à la porte du Pont, et porta de SaiDt-Père au lieu où étoit rhôteUerie | le nom de Saint-Nicolas.
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chez lui avec huit administrateurs, tanl ecclésiastiques que laïques, dont il ayoit fait choix. Ce n'étoit pas assez quMI eût trouvé un corps de logis pour placer les pauvres, il entretenoit cette maison de blé, de vin, de bois ; et comme cet hôpital étoit uniquement pour les pauvres de la ville et des faubourgs , s'il en faisoit entrer qui fussent de quelques-unes des terres du temporel de l'évéché, il donnoit pour eux uoe somme d'argent réglée. Bien souvent il alla visiter les pauvres de ce lieu pour connoitre l'état de la maison. Il ne dédaigna pas de servir à manger auxinGrmes de l'Hôtel-Dieu. On le vit, sans répugnance, exhorter un agonisant , le visage penché contre celui du moribond. Mais comme il remarqua qu'à cause de ces visites de THôtel-Dieu on avoit conçu une haute estime de sa charité, il s'abstint d'y aller davantage ; et même longtemps après , comme un de ses docteurs lui représentoit les besoins spirituels qui manquoient dans les prisons, il dit qu'il s'abstenoit d'aller dans ces sortes de lieux, parce qu'il craignoit d'acheter la réputation de saint à trop bon marché. Un hiver ayant été fâcheux, il fit acheter de la viande que l'on distribuoit trois fois la semaine h Âuxerre, à Régennes et dans ses autres terres. Les pauvres honteux ne recevoient pas moins de secours de sa bonté paternelle, et toujours avec prudence. Il y avoit dans Âuxerre un certain nombre de familles qu'il entretenoit de ses charités, les faisant par lui-même, suivant la connoissance qu'il avoit de leurs besoins. Il alloit a pied dans ces maisons , accompagné seulement d'un jeune clerc qui porloit la bourse, et suivi d'un ou deux domestiques. Mais lorsqu'il approchoit le coin de la rue, il ordonnoit k ses gens de ne point passer outre, afin qu'ils ne vissent pas chez qui il entroit. Il observoit, même étant dans la rue, de s'arrêter auprès de quelques personnes auxquelles on ne pdhvoit pas soupçonner qu'il eût à faire l'aumône, et lorsqu'il s'apercevoit qu'on ne le regardoit plus, il entroit promptement dans ces maisons, et le jeune ecclésiastique lui remettoit sa bourse dont il faisoit usage en peu de temps (1). Sachant un jour qu'un notable bourgeois peu accommodé avoit des filles qui n'osoient sortir à cause qu'elles étoient mal vêtues, il envoya un habit qui convenoit au père, mais dont
(l) J'ai su ce fait d'un des chanoines qui avoit porté quelquefois cette bourse-