NICOLAS
iffrs à 1676. r^ux, archidiacres, officiai ou autres ecclésiastiques, avec défenses ^ tous juges royaux d'en connoitre, conformément aux déclarations de Charles IX, Henri III , Henri IV et Louis XHI.
Quoiqu'il eût visité une grande partie des reliques du diocèse, et particulièrement le trésor de Téglise collégiale de Yarzy qui en est richement fournie, on ne voit point qu'il en ait fait aucune translation d'une église en une autre , ni aucune distraction ; il laissoit les ossements des saints dans Fétat où il les trouvoit, se contentant de les honorer , de les invoquer, et d'imiter leurs vertus autant qu'il pouvoit, réservant son revenu plutôt pour fournir des habits aux pauvres, que pour couvrir de feuilles d'argent ou autre matière précieuse les ossements qu'il trou* voit assez décemment renfermés. On sait que, bien loin d'avoir fait sortir hors du diocèse des reliques des saints tutélaires , il y en a apporté d'ailleurs, et qu'il employa dans les autels portatifs qu'il bénit en grand nombre les reliques des martyrs de Reims, dont on lui avoit fait présent lorsqu'il alla en cette ville sur la fin de l'an 1671. S'il ne fit distribution d'aucunes reliques des saints du diocèse d'Auxerre, qui soit venue à notre connoissance , il n'en supprima aussi aucune de celles qu'on lui présenta enchâssées avec décence, dans les églises où subsis* toicnt encore les tombeaux des saints ou quelque autre titre de cette nature; et il étoit trop instruit pour exiger des procès-verbaux ou autres attestations juridiques à l'égard des siècles où la coutume n'étoit pas encore d'en dresser.
Lorsqu'il arriva à Âuxerre, il n'y avoit qu'un an que le diocèse étoit pourvu d'un nouveau bréviaire qu'on avoit été près de trente ans b composer. Il ordonna, par un des articles de ses statuts synodaux, qu'on s'en servit et que l'on se conformât au chant et cérémonies de la cathédrale, autant que faire se pourroit. Il avoit commencé à travailler lui-même a l'édition du missel qu'il se proposoit de publier ; et pour cet effet, il rccbercboit à son lemps de loisir l'origine des différences du missel d'Auxerre d'avec le romain, recherche nécessaire pour ne pas prendre le change. Il médita aussi une collection de statuts synodaux du diocèse, qui auroit paru sous le nom de Synodicon^ en commençant par ceux de saint Aunaire et continuant jusqu'à son temps. Mais sa mauvaise sanlc et ses occupations ne lui permirent pas d'avancer extrê-
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memenl ces sortes d'ouvrages. Un chanoine sous-diacre , qui étoit en possession de prêcher el k qui le prélat avoit fait défense de continuer, à moins qu'il ne prit le diaconat, crut devoir s'éclaircir vers M. de Sainte-Beuve, touchant le droit qu^ont les diacres de prêcher au-dessus des sous-diacres , et en même temps il lui demanda ce qu'il pensoit d'une des cérémonies de la cathédrale d'Auxerre. Le docteur consulté, évita de donner une solution satisfaisante sur la cérémonie ; mais il approuva entièrement la démarche du prélat contre le sous-diacre (1). Il j eut aussi, de son temps, quelques chanoines qui essayèrent d'iiitroduire des nouveautés dans les cérémonies de l'office, et tentèrent pour cela le suffrage du même docteur ; mais ce fut inutilement, on étoit alors très-attaché à l'observation des usages louables ; et si Ton ne pouvoit réformer les pratiques nouvelles introduites sous les trois ou quatre évêques précédents , on ne vit rien proposer de sa part qui fût de cette espèce. Son séminaire étant sur le pied des anciennes communautés , aucun des sujets qui en sortoit , n'étoit porté à introduire le changement dans les églises où il étoit bénéficier; et Ton ne vit de son temps, ni supprimer les offices attachés aux bénéfices, ni placer aucunes parties de l'office canonial à des heures indues.
Voyant, en 1676, que depuis quatre ans qu'il étoit évêque, il n avoit pas encore visité toutes les paroisses du diocèse d'Auxerre (a), qui ne montent qu'au nombre de deux cent dix ou douze, il résolut, après P&ques , d'avancer cette année-lii l'œuvre de Dieu et de le mettre à sa perfection. Le carême qu'il avoit fait h l'ordinaire (2) Tavoit telle-
fl) Cas de conscience, t. 3, cas 141, 11 août (2) Quelques-uns ajoutent ici la circons-
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tance de la violence qu'il fut obligé de se faire au sujet d'un curé qui le quitta en le menaçant.
(a) L'évêquc visitant à cette époque (1675) Tabbaye Sain(-Laurent-lez-Cosne, la trouva dans un état complet de décadence. Quatre religieux la composaient, ils savaient à peine la règle de saint Augustin sous laquelle ils vivaient, et ne pratiquaient plus la communauté. L'église était en mauvais état, la ne/ et les deux ailes étant entièrement ruinées; ce que les moines attribuaient aux guerres du temps de Charles VII. L'abbé commandatairc, M. de Phelipeaux, s'élant plaint au prélat de leurs dérèglements, avait enfln obtenu qu'ils seraient obligés à robscrvanec de leur règle: mais ce fut encore sans succès. ~ Arch. de l'Yonne, — ~ (IS\ d. E.)
lersk IC76. ^^^^ échauffé qu'il lui revenoit de temps en temps une hémorrbagie par le nez. On eut beau h lui représenter que ses forces diminuoient et que les chaleurs de Télé Tincommoderoient encore plus qu'il ne rétoit, s'ilentreprenoit la pénible fonction qu'il s'étoit proposée, il répondit qu'il étoit évoque et qu'il fallait persévérer dans le travail jusqu'à la fin ; de sorte que ses ecclésiastiques se virent obligés de seconder son zèle, et dire comme on lit dans les actes : c Cum ei suadere non possemus , quievimus dicentes : Domini voluntas fiât. » Il se ressentit de ses incommodités plus fortement qu'à l'ordinaire, dans un petit voyage qu'il fit à Paris, immédiatement après Pâques. En étant de retour, il ne se donna pas le loisir de reprendre ses forces, et il partit aussitôt pour ses visites. Une des premières fut celle de la ville de Goulanges-la-Yineuse , dont j'ai déjà parlé, où il distribua ce qui lui étoit resté d'argent. Il avoit eu un érésipèle à la tète dont il n'étoit pas encore entièrement guéri ; mais les besoins de son diocèse l'appe-* lant du côté de La Charité-sur-Loire, il y fit renaître son mal par la fatigue qu'il essuya dans le voyage. Après qu'il eut passé les plus grandes chaleurs de l'été dans les fonctions apostoliques, la Providence divine le conduisit à Varzy pour s'y reposer et essayer d'y guérir son érésipèle. Il travailla d'abord à y établir un collège (a), et une communauté de filles pour l'éducation de la jeunesse. Pendant ce temps-là, l'insomnie augmenta, et il sentit que ses forces diminuoient de plus en plus. Uo de ses curés l'étant venu voir alors, l'évéque se jeta à ses pieds, lui demanda d'être écouté en confession, alla ensuite lui chercher un siège, un surplis, et il commença, dès-lors, à se préparer au sacrifice de sa vie, quoique toutes ses actions précédentes eussent été autant do préparations à ce terrible passage. Les dames de Yarzy souhaitèrent ardemment de s'employer tout entières au soulagement de leur pasteur et seigneur ; mais il refusa cette assistance pour mourir en l'unique
(a) On ignore sur quoi Lebeuf base ce qu'il avance de rétablissement d'un collège à Varzy par M. Colbert. On a vu, à la vie de M. de Donadieu, que cette institution eiistaitdéjà. — Une lettre de M. Gbaseraj^ de Tan 1674^ montre que révoque projetait alors une semblable institution pour la ville de Gien. —Archives de l'Yonne,
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présence de Dieu. Une fièvre violente étant survenue , il fit sa dernière 1^73 j, 167g. confession à deux d'entre les docteurs de Sorbonne qu*il avoit avec lui, qu'il pria de l'interroger parce qu'ils le connoissoient assez et qu'ils savoient ses devoirs, et il usa de cette voie \k cause que la douleur de la tête Tempéchoit de s'appliquer autant qu'il auroit souhaité ; il les pria de ne le point épargner et voulut qu'ils lui déclarassent toutes les choses dans lesquelles il pouvoit avoir manqué pendant sa vie aux devoirs de son ministère. Après une telle revue de sa conscience, M. Louis , Tun des deux , qui étoit son confesseur ordinaire, lui donna Tabsolution , et aussitôt il ébaucha un testament par lequel il léguoit à l'hôpital-général d'Âuxerre les deux tiei*s de sa vaisselle d'argent , et Tautre tiers à l'hôpital des malades, et tous ses autres meubles à ses domestiques. Ensuite, voulant garder la bienséance sans affectation, il déclara de vive voix qu'^ l'égard de sa sépulture il ne vouloit rien de trop simple ni rien de superflu ; mais il ne put achever ni signer ce testament. Son frère, le ministre , envoya un médecin de Paris qui ne put arriver assez tôt pour prévenir la suite de la maladie. Le médecin du pays assurant que le moment étoit précieux pour lui donner un remède , et que c'étoit l'abandonner que de différer, on ne put lui administrer le saint viatique. Le danger paroissant ensuite sans ressources et la guérison désespérée, ses domestiques entrèrent dans sa chambre, et s'étant mis à genoux autour de son lit , ils le prièrent de leur donner sa bénédiction , à quoi il répondit avec les sentiments les plus vifs d'humilité : < Gomment oserai-je donner la bénédiction qu'on me demande, moi qui suis sur le point de subir le terrible jugement de Dieu, où je suis en danger de recevoir sa malédiction. i> Un des chanoines , député du Chapitre de la cathédrale, pour lui témoigner la part que la compagnie prenoit k sa maladie, s'étant servi, dans son co-upliment, de termes tirés de l'histoire de la vie de saint Martin et attribués à ce prélat agonisant, il releva modestement la comparaison dont usoit ce député : « Monsieur, répondit-il , à Dieu ne plaise que j'ose me comparer à un si grand évéque , il faut être saint Martin pour parler comme lui. D On ne différa point de lui administrer le sacrement de Fextrémeonction, pendant qu'il avoit encore une pleine connoissance. Il déclara, au commencement de cette cérémonie, que s'il avoit su sa fin si proche,
1673 ï 1676. îl S6 seroii bien mieux disposé à la consommer dans l'amour de Dieu ; et il ne pouvoit s'empêcher d'avoir toujours des reproches à se faire, disant qu'il est écrit ; « Que celui qui est saint se sanctifie encore. » Après la réception du sacrement des infirmes, les convulsions survinrent, ses forces diminuèrent plus visiblement ; mais son visage ne fit rien paroitre de chagrin pendant ses douleurs, on ne vit aucun mouvement déréglé pendant ses convulsions , et il proféra encore quelques paroles qui marquoient sa patience extrême et sa sagesse. Son agonie dura pendant près de douze heures, sans qu'on aperçût aucune posture ni aucun geste qui sentit l'impatience, et il mourut ainsi comme un autre Moïse dans le baiser du Seigneur , le samedi , cinquième jour de septembre, k neuf heures du matin , à l'âge de 48 ans.
Ce qu'on lui trouva d'argent k sa mort, n'alloit qu'à cent ou deux cents livres. Au lieu d'une somme plus considérable , on trouva dans son cabinet plusieurs instruments de pénitence. Alors « les personnes qu'il avoit obligées au secret, commencèrent à parler et k raconter ses aumônes secrètes et les différents genres de mortification dont il usoit. La ville d'Auxerre fut dans la consternation lorsqu'elle eut appris sa mort, el elle ne trouva matière de consolation qu'en ce qu'elle apprit que son corps seroit rapporté dans son enceinte comme avoit été celui de saint Germain. Le clergé alla processionnellement au devant du convoi jusqu'k la porte de la ville. Le charriot ayant été déchaîné à l'entrée de l'église, il fut porté par les chanoines tortriers, chapelains et sacristains. Il fut inhumé, le 11 du mois, aux pieds des deux tombes qui sont au milieu du sanctuaire. On sent assez quelle perte ce fut pour l'Eglise, et quelle affliction pour son diocèse qu'une mort arrivée sitôt ; et ce fut avec bien de la raison que le docteur de Paris, qui fit son oraison funèbre le jour de son enterrement , appliqua au peuple d'Auxerre ce que saint Grégoire, pape, avoit dit de la ville de Syracuse : « Infelix plebs, qu8B tantum pastorem diu habere non meruil. » Il y eut encore une seconde oraison funèbre, prononcée le 22 octobre suivant, dans la cathédrale, par le trésorier de la même église, et jamais on ne vit tant d'affluence qu'il y en eut pour entendre le panégyrique de ce saint prélat. On ne voit point de tombe sur sa sépulture ; mais« en 1713 , M. Colbert, marquis de Torcy, son neveu , fit ériger le mau-