‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 59 sur 122 · CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D AUXERRE. 31 I · texte numérisé non relu

CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D AUXERRE. 31 I

Ses adversaires, et il n'en manqua pas , coolrediseni un peu ces 1704 à 1751. éloges. M. Languet, archevêque de Sens y son supérieur, a longtemps combatlu ses opinions ; son successeur n'épargna guère sa mémoire ni sa personne (1) ; le Saint-Siège Ta condamné plus d'une fois. Quoique notre but soit moins d'entrer dans de longs détails sur les querelles religieuses du dernier siècle que de tracer Thistoire diocésaine , nous ne pouvons cependant nous dispenser de parler de quelques-uns des faits généraux du temps , auxquels M. de Caylus prit une si grande part. Nous tâcherons, au milieu de ce dédale, d'être exacts et véridiques. Les tendances jansénistes ont été réprouvées par TËglise catholique ; vouloir les réhabiliter dans un ouvrage de notre temps serait folie. Les faits parleront et le lecteur en déduira les conséquences naturelles.

Daniel-Charles-Gabriel de Thubières de Caylus était Gis de messire (le Thubières de Grimoard, de Pestel, de Lévy, marquis de Ca^lus, et de dame Claude de Fabert , fille du maréchal de ce nom. Il appartenait donc k une des plus grandes familles de France. Il naquit le 20 avril 1669. Ses premières années d'études se passèrent chez les Pères Jésuites, au collège Louis-le-Grand. Il devait singulièrement payer plus tard cette dette de l'enfance. Sorti des Jésuites, il fit sa philosophie au collège du Plessis, entra au séminaire de Saint*Sulpice et y reçut les ordres jusqu'au diaconat. Il ne négligea pas non plus d'obtenir ses grades et les couronna par le titre de docteur en théologie. On lui donna alors la charge d'aumônier du roi. Ses relations avec Bossuet, évéque de Meaux, développèrent son esprit et son jugement. Louis XIV avait pour M. de Caylus une bienveillance marquée et aimait beaucoup

(1) M. de Caylus avait une figure noble et enjouée^ comme le montrent ses portraits gravés ; mais it paraît qu'il était disgracié de la nature. M. de Gondorcet, qui plaisanta un jour sur cette infirmité, s'attira ces vers qu'on trouve dans le recueil manuscrit du chanoine Blonde.

D'où sais- tu Gondorcet , que Caylus fut bossu , Oses-tu te vanter de ravoir jamais vu ? Après mille combats et blanchi de victoires , Les armes à la main il mourut plein de gloire. II faisoit face à tout ; cet illustre héros , Jamais aux ennemis ne découvrit son dos.

1704 b 1754. ^ le queslioDoer, lorsque son service d'aumônier rappelait auprès de lui. M. de Noailles , archevêque de Paris, en fil son grand- vicaire et lui confia la direction du collège des Hibernois^ appelé les Lombards. C'est en accompagnant son supérieur dans ses visites diocésaines qu'il prit ce goût des recherches et des détails d'administration qu'on remarque dans ses registres diocésains. En i 704, les évéchés de Meaux et de Toul lui furent successivement destinés, et il en fut écarté pour différentes raisons. Enfin , celui d'Auxerre étant venu à vaquer par la mort de M. André Golbert, M. de Gaylus y fut nommé par le roi le 18 août de la même année. Sa consécration eut lieu à Paris, le i*^' mars 1 705, après qu'il eut obtenu du pape des bulles exemptes de presque tous les droits, attendu sa parenté avec Guillaume de Grimoard, pape, en 1562, sous le nom d'Urbain V (1). Le 22 du même mois, il prit solennellement possession de son siège épiscopal avec les cérémonies d'usage. Une compagnie de jeunes gens h cheval alla au devant de lui jusqu'à Régennes. Mais il ne voulut pas exercer le droit de portage dû par les quatre barons du diocèse. Il se rappelait sans doute les plaisanteries qu'on avait faites li la cour sur son prédécesseur, au sujet de Mme de Yeniadour (2). Les deux derniers évêques d'Auxerre laissèrent aussi tomber cet usage féodal en désuétude. Le 28 avril suivant, il prêta serment d'obéissance à son métropolitain , sur le grand pontifical de Sens.

M. de Gaylus modifia , à son entrée en fonctions, la coutume de suspendre tous les pouvoirs donnés par le Ghapitre pendant la vacance. Il était, a plus forte raison, loin de vouloir étendre cette interdiction aux autres prêtres, comme l'avaient fait plusieui^s de ses prédécesseurs. Gependant , deux ans après, l'union qui régnait entre le prélat et son Ghapitre faillit être détruite par la conduite du dojen qui , lui ayant promis de renvoyer^n sieur Lalouat, confesseur du Ghapitre, ne le fit pas. M. de Gaylus, qui vit dans cet acte une atteinte h la discipline, résolut de révoquer les douze confesseurs que le Ghapitre était dans

(1) Il était de règle, a Uome , que les évêques qui avaient eu quelque parent pape fussent exempts de payer les droits de bulles.

(2) Celle dame se plaignit au roi que M. Colbert voulait qu'elle le portât.

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i'asage de se oommer, indépendamment de Févéque, chaque année» le jeadi-sainl.

Les chanoines, redoutant la. suite des ordres du prélat, firent en corps une démarche auprès de lui, mais en vain. Les choses en étaient arrivées à ce point qu'on allait plaider, lorsqu'enfin il y eut un accommodement verbal portant qu'à l'avenir l'évéque approuverait, la veille du jeudi-saint , un certain nombre de confesseurs parmi lesquels le Chapitre se choisirait les siens. L'année suivante, les chanoines, à l'instigation du sieur Herson, chantre, essayèrent de décliner rengagement pris, mais M. de la Yrillière ministre d'Ëtat les invita nettement à obéir et l'affaire s'assoupit.

Le gouvernement du diocèse attira tout d'abord l'attention de M. de Gaylus; il résolut d'en visiter successivement toutes les paroisses. Comprenant toute l'importance de cette opération, il fit dresser un registre imprimé en forme de questionnaire, destiné à recevoir des réponses succinctes mais précises sur l'état de Téglise paroissiale, les vases sacrés, autels et ornements , sur le service divin, les fêles et confréries, l'état des bâtiments, des presbytère et cimetière, des chapelles isolées, la conservation des titres des fabriques, etc. Sa sollicitude se porta particulièrement sur les prêtres ou les vicaires de la paroisse, sur les maîtres et les maîtresses d'école et les sages-femmes , enfin sur le nombre des communiants.

Il commença sa visite, le 29 novembre 1705, par la ville d'Auxerre; mais, détourué de temps en temps de ce travail par d'autres occupations, il ne Tacheva qu'en 1712. L'état du diocèse, sous le rapport de l'instruction primaire, était encore bien peu satisfaisant. 11 n'y avait de maîtres d'école que dans trente-sept gros boutas ou petites villes (I), et plusieurs d'entr'eux n'étaient pas approuvés de l'évéché. Dans quatorze de ces paroisses on fait mention de maîtresses d'école pour les filles. Il faut compter dans ce nombre quelques congrégations de sœurs de la Providence. Dans la plupart des lieux ce sont les femmes ou les filles des instituteurs qui remplissent ces fonctions. L'évéque redou-

(1) Il n'y en avait que trente sous M. A. Colbert. La déclaration du roi, de 1698, ne paraît pas avoir clé cxccuice bien sérieusement.

1704 à 1754. ^^^ '^ danger de la réaDion des deux sexes dans Técole, répète souvent la défense de les enseigner colleclivement II exhorte en vain les habitants des nombreuses paroisses privées de maîtres d*école , à faire les fonds pour s'en pourvoir. La misère des temps en empêchait souvent, et plusieurs fois des instituteurs ont été obligés de quitter leurs paroisses qui ne pouvaient plus les nourrir. Le curé ou son vicaire devaient suppléer à Fabsence de l'instituteur ; Tévéque leur recommande surtout d'instruire les enfants, qui paraissent souvent peu éclairés sur les vérités de la religion.

Les ordonnances qui terminent la visite de chaque paroisse révèlent l'administrateur ferme et sage. M. de Caylus ne traduisait plus publiquement devant lui le curé de la paroisse, afin de recevoir de ses ouailles les plaintes qu'elles auraient ^ faire contre lui. Ce moyen en^ traînait trop souvent des débats scandaleux. Mais il recevait les plaintes en particulier et n'hésitait pas à punir lorsque le curé avait manqué gravement. Une retraite de quelques mois au séminaire était le mojeo ordinaire employé pour rappeler le coupable dans le droit chemin.

Le cruel hiver de 1709, qui fit tant de victimes et détruisit tout espoir de récoltes, exerça noblement la charité de M. de Caylus, et son clergé ne demeura pas indifférent dans cette circoiislance. Le bureau de la chambre ecclésiastique s'assembla au palais épiscopal et dressa le rôle des pauvres de la ville auxquels le clergé devait fournir du pain pendant la deuxième quinzaine de janvier. L'évêque fat taxé à 75 pauvres par jour, son Chapitre à 50, l'abbaye Saint-Julien à 45, etc. ; en somme, il y avait alors 528 personnes à nourrir ; an mois de juin on en comptait encore 544 (1). Les ressources de M. de Caylus étant épuisées, il vendit sa vaisselle d'argent pour continuer à secourir ses malheureux diocésains, et depuis ce temps, dit l'abbé Dettey, il n'eut plus sur sa table que des assiettes et des plats de terre (2).

L'évéque ne se contentait pas de faire l'aumône aux malheureux : par ses exhortations et ses mandements il redoublait d'instances auprès

(1) UnBeg. d'éphémérides de labbayc SainlGcrmain porte à 3,000 le nombre des pauvres de la ville d'Aoxerre^

(2) Vie de M. de Caylus, i, p. 32.

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