‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 68 sur 122 · CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE D AUXERHE · texte numérisé non relu

CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE D AUXERHE

lique, il avail bien fallu les tolérer. Cela avait eu lieu à Conrson où une ^^qq ^ ^^^^ émeute de femmes menaçait l'agent national ; à Diges où les habitants privés de curé faisaient néanmoins Toifice c à Tex-manière » , dit l'agent ; à Hailly-Châleau où Ton avait en vain scellé les portes de l'église avec des crampons de fer ; à Saint-Bris où le peuple s'opposait vivement à la fermeture de l'église, et n'assistait pas aut décades. En l'an iv, les prêtres du canton de Saint-Fargeau, constitutionnels ou non, s'étaient tous mis en lègle pour reprendre leurs fonctions. Il en fut de même dans tout le canton de Toucy et dans celui de Yermanton.

Mais bientôt, comme nous venons de le dire tout à Theure, le gouvernement inquiet, du mouvement des esprits et de l'abandon des fêtes décadaires, remit en vigueur les lois sur la déportation des prêtres et la suppression des signes extérieurs du culte. Les croix des églises et des champs, qui étaient restées debout pendant la Terreur, furent abattues en détail. L'administration du département mit un soin particulier à faire exécuter sur ce dernier objet, non sans de graves résistances en plus d'un lieu, la loi du 7 vendémiaire an iv (sept. 1795). La venie des presbytères devint aussi le motif de vives agitations. Â Sacy, en l'an V, les femmes du village arrachèrent les portes et les croisées de la maison ; à Lain il fallut des gendarmes pour mettre l'acquéreur en possession. Le pays ne se soumettait pas du 'tout, en matière de culte, au régime qu'on voulait lui imposer. L'administration du département se plaignait au commencement de fructidor an iv, que les lois sur la police des cultes étaient mal exécutées, que les émeutes à l'occasion des prêtres réfraclaires «qui travaillent sourdement contre l'État » se renouvelaient de plus en plus.

Cette situation étrange d'un gouvernement tout au moins sceptique, persécutant la religion de la majorité des citoyens, dura de l'an vi à l'an vm. La maison de réclusion d'Auxerre reçut de nouveaux prêtres prisonniers, dont plusieurs prirent le chemin de l'exil (1). Parmi les victimes de cette réaction on cite M. Hilarion, curé de Saint-Bris, qui

(1) Cest par suite de l'esprit tracassicr qui animait alors le Directoire, qu'on vit arriver à Auxerre, à la fin de l'an vir, trente-quatre prêtres de l'Alsace. Ils étaient en réclusion ou en surveillance; et nccusés d'avoir provoque à la rébellion et à la

Il 25

1760 à 1801. ^^^'^ caché les reliques de saint Prix , el qui fut conduit à Sinnamary. D'autres furent emmenés à File de Rhé.

En 1799, la persécution devint encore plus active; il semblait qae le Directoire redoublait d'autant plus d'efforts qu'il se sentait plus près de sa chute. Bon nombre d'églises furent encore fermées comme en 93. Champs, Courgis^Courson, Héry, Mailly-Chàteau, Saint-Bris, etc., se signalent par leur résistance au fanatisme persécuteur.

C'était surtout, comme le disaient les agents nationaux, les jours de fêtes patronales qui soulevaient les populations. On employa en vain la force armée à Chevannes, en l'an vi, pour empêcher la célébration de la fête de saint Pierre, le jour où elle tombait dans l'ancien calendrier. A Irancy, même chose arriva le jour de Saint-Germain ; k Héry, Tannée suivante , l'agent municipal demanda des gendarmes pour empêcher la fête de saint Loup. Les agents nationaux eux-mêmes, accusés de violer les lois sur l'observation des fêtes décadaires ou de laisser célébrer les anciennes fêtes ou apports, étaient frappés de suspensions.

En même temps les théophilanthropes, protégés par un des membres du gouvernement directorial, ambitionnaient la succession catholique, lis professaient une sorte de déisme mitigé qui eut à Âuxerre quelques rares sectateurs, dont les réunions se tenaient dans l'église Saint-Ëosèbe. Il y en avait aussi à Saint-Fai^ean et à Migé (i).

Les débris de l'église constitutionnelle avaient entrepris de se relever en 1795. Un concile fut assemblé k Paris au mois d'août. M. Frappier, ancien chanoine d'Auxerre, y assistait. On connaît l'inutilité des efforts de cette espèce de concile pour la restauration de l'église nationale (2). Elle fut dissoute par le fait de l'accord du premier consul avec le pape Pie VU.

contre- révolution dans leur pays. Us furent détenus jusqu'au mois de Qoréal an vm époque où le premier consul les ût mettre en liberté. Ils étaient tous plus que sexagénaires, et quelques-uns même octogénaires.

(1) En Fan viii, les théophilanthropes d'Auxerre donnèrent beaucoup d'embarras au préfet par leurs mauvais procédés envers les catholiques , dans Téglise Saint- Eusèbe. Ils s'étaient emparés de l'autel de ces derniers et occupaient une place démesurée dans Téglise.

(2) Il circula dans les campagnes, en germinal an vi, une brochure imprimée des

CENT CINQUl&MB ÉVÉOOB D*AUXBRRB. S87

Le concordat entre le gouYemement français et le souverain-pontife fnt signé le 15 juillet 1801. Ce fat le commencement de la rénovation do coite catholique en France. Les églises se rouvrirent, les prêtres exilés rentrèrent et retrouvèrent leurs ouailles heureuses de leur retour.

Le département de l'Yonne était demeuré sans évéque depuis la mort de M. de Loménie, car on ne peut donner ce nom k un M. Ponsignott, qui parut en cette qualité au concile de 1801 et qui se fit mettre sur la liste des évoques démissionnaires. H. de Cicé habitait toujours k Halberstadt, oii il achevait tristement sa carrière, qu'on hasard fâcheux vint encore tourmenter. Sa sœur Adélaïde fut impliquée dans le procès de la machine infernale par suite de quelques rapports indifférents qu'elle avait eus avec Limoelan, l'un des conspirateurs. On trouva chez elle des lettres de son frère, du moment même de l'événement; elles concernaient les affaires de son diocèse, mais elles étaient conçues dans une forme vague et déguisée qui pouvait &ire naître des soupçons.

Le nom du petit P. François Y. s'y rencontrait avec éloge et comme le facteur le plus aeridu et V agent principal de la boutique. Ce fut une caose d'erreur pour la justice qui cruty reconnaître le préparateur de la machine infernale qu'on nommait le petit François. Ce rapprochement de noms tout fortuit en lui-même, car l'évêque parlait de François Yiart, son zélé vicaire-général , devint un grave motif d'accusation contre M"® de Cicé. Cependant, grâce k H. Bellart, son éloquent défenseur, elle fut reconnue innocente.

Lorsque le pape demanda aux évê([ues leur démission pour pouvoir organiser Icb nouveaux diocèses avec le premier consul , M. de Cicé, qoi était très-âgé , ne voulut pas abandonner son titre (1). Cependant, il ne fit aucune opposition, et concéda aux évêques que le pape mit en

coostitutionnels d'Auxerre, annonçant le rétablissement du culte et ayant pour titre : Lettre pastorale du pretbytère d^Àuœerre à tous Us curés , vicaires, etc^ et à Ums les fidèles du département.— Archives, pièces sur la révolution.

(i) Il paraît que des tentatives avaient eu lieu par M. Viart, dans le diocèse, pour demander sa radiation de la liste des émigrés. Le commissaire du canton de Thnry signale le curé comme colportant une circulaire imprimée tendant à solliciter les signatures des fldèles dans cette intention. — Archives, floréal an viii.

388 M. DE Ciۃ,

17G0 h 1801. possession des diverses parties de son diocèse, les pouvoirs nécessaires pour les administrer.

Le déparlement de l'Yonne fut, par le concordat, compris dans le diocèse deTroyes, dont M. de Noé devint titulaire. Le reste de Tancien diocèse d'Âuxerre demeura presqu'en entier au diocèse de Nevers, comme nous Tavons dit plus haut.

Le dernier souvenir du pauvre évoque exilé à son troupeau mérite d'être conservé à la fin de sa biographie. Le village de Gy-rEvéque avait été dévasté par une inondation ; M. de Cicé l'apprit dans sa retraite, et envoya aux habitants, dans le mois d'août 1800, vingt louis d'or pris sur ses modiques ressources, en leur exprimant le regret de ne pouvoir faire davantage (i). Il mourut dans l'émigration, le 16 novembre 1805, k Halbertadt, en Prusse, dans le couvent des Franciscains où il fut enterré. Il était dans sa quatre-vingt-unième année.

Ainsi fini t le dernier évêque d'Âuxerre. Remarquable parla prudence

(1) Voici sa lettre , telle qu'elle est publiée dans le plaidoyer de M. Bellart pour Mlle A. de Cicé. 3 août 1800.

« Ghers habitants y

»rai appris avec douleur, par les gazettes, raflreux ravage que Fouragan etTinoDdalion du 9 juillet ont causé dans les villages de Gy-VEvéque et de Vallan. Pendant longtemps j'ai joui d'une portion des revenus de Pévéché dans votre paroisse que je n'ai jamais cessé d'aimer. On n'y doute pas sûrement que si je m'en étais ' trouvé à portée je n'y fusse promptcmcnt accouru pour régler avec vous les divers soulagements qu'il m'eût été possible de vous offrir et pour tâcher de retenir dans votre seiu les famiUes qui ont le plus souffert.

I) Dans mon éloignement, après toutes les pertes et les différents malheurs que j ai éprouvés , les faibles ressources qui me font subsister ne me permettent pas de rassembler actuellement plus de 20 louis d'or de France pour les joindre à la masse des secours à distribuer parmi vous dans la proportion des pertes et des besoins. Sûrement nos bons habitants d'Auxerre et des environs se sont empressés de venir à votre secours avec le zèle qu'ils ont toujours eu pour soulager Tin fortune et qu'ils ont montré depuis longtemps contre le fléau de la mendicité. C'est une consolation pour moi de m'associer encore aujourd'hui pour vous à l'œuvre de leur charité. Bientôt je ne pourrai plus en exercer aucune -, et quoique ma santé, grâces à Dien, soit meilleure que je n'eusse dû l'espérer, mon Âge de soixante-quinze ans m^avertit que dans peu je n'aurai plus pour moi-môme d'autres besoins que ceux des prières qu'on voudra bien faire pour mon éternel repos. Je me recommande aux vôtres avec confiance , etc. »

CENT CINQUIÈME ÉVÉQUB D AUXERRB. ^9

ei i'élévalîoo do sod esprit, M. de Cicé avait eotrepris dans sod diocèse ^^ ^ isq^. le rélablissemeot de raatorité du saioi^iége compromise par le jansénisme. Les événements ne lui permirent pas d*alteindre son but» mais ils donnèrent raison à ses prévisions (1). Il put voir de sa retraite le courage d'une partie de son clergé et la faiblesse de Taûtre. La persécution épura son troupeau; quoique la leçon fût cruelle, elle dut lui paraître comme à beaucoup de bons esprits une épreuve de la Providence.

Voici le texte de l'inscription que les Franciscains d'Halberstadt placèrent sur sa tombe :

<r Ânno ab incarnatione Domini 1805, die 16 novembris, hora 1 12°'^ meridiana etdimidia, sanctis ecclesiœ sacramentis munitus, ^ pie in Domino obiit, anno setalis suœ Sl™^'.

» III. agRev. in Christo Pater D. D. Joannes-Baptista-Maria » CHAMPION DE CICÉ, âutissiodorensis episgopus.

1 Hic in sedem suam pontificalem inthronisatus die 3fi^ martii anno

> 1761 , Gregem sibi commissum verbo pavit et exemple, maguà

> moram integritate, sincero religionis amore, fide pure, paterne in » clerum sibi subditum aflectu, providentiâ ergà pauperes, singulari s in omnes affabilitate conspicuns. E Galliâ profugus posteh quam » fugerat ex unàcivitate in aliam, Halberstadium advenit; ubi, edifi-

> catis per totum decennium exemple virtutum suarum fidclibus, » complevit peregrioationis suae dies, in ecclesia Franciscanorum

(1) La manière de voir de M. de Gicé, en politique, était inspirée par les besoins du temps. Il disait , en 1789, à rassemblée des trois Ordres réunis à Auxerre : a Remercions Dieu d'avoir inspiré au coeur de notre monarque le projet salutaire des états généraux. Un monarque ne rend jamais son autorité plus sacrée qu'en conservant les libertés nationales. Jamais aussi les peuples n'assurent mieux leurs droits qu'en respectant ceux du souverain.

« C'est rendre à la couronne son véritable lustre ; c'est servir les bonnes et justes intentions de S. M. que de nous réunir, j'ose le dire, avec elle contre le torrent des abus qui font gémir depuis si longtemps tant de citoyens de tous les ordres, surtout dans lés classes les moins aisées, accablées sous le poids de leurs charges. » — Arch. de l'Yonne, documents historiques.

590 M. DB ClCtj CBNT CINQUIÈME ÉVÉQUE d\uXBBIUS.

1700)11801. * sepultas. Enixë rogantor sacerdotes et fidèles, ut piè defanclo

» sacnficiis ac precibus succurrant, qaateaùs, si quae terrenae ei adhae^

» seruDt maculse, cité divin» propitiationis gratià deleantar, et coi ooa

> licuit in terreslrem pairiam remeare, pateat aditos in Jerasalem cœ-

» lestem, et Ecclesiam primitivoram qui conscripti sont in cœlis.

» REQUIBSGAT IN PACE. >

P. K FRANGISCAKl COHVERTCS HALB£RSTAmE5SI&

Page 1