‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 67 sur 122 · CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE · texte numérisé non relu

CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE

ei de dénoncer leurs manœuvres qui tendaient a provoquer des troubles, ^^^o ^ ^goi. Les citoyens furent également invités h dénoncer les actes séditieux que les prêtres pourraient commettre. On voulut bien, toutefois, rappeler encore le respect qui leur était dû comme citoyens, et que l'on ne devait menacer ni leur liberté ni leur sécurité (1).

Jusque-là la répression n'atteignait les réfractaires que dans leurs ressources, mais les événements se pressaient. Le décret du 26 août ordonna leur sortie du royaume sous quinzaine^ sous peine d'être déportés k la Guyane. Les moines, prêtres ou non, furent compris dans cette mesure. Les sexagénaires et les infirmes en furent seuls exempts ; on les réunit dans des maisons de réclusion. Le décret ne fut pas tout d'abord exécuté à la lettre ; mais, après la mort de Louis XYI, les autorités du département ayant été renouvelées, on sévit rigoureuse* ment. Au mois d'avril 1795, sur des plaintes survenues contre les menées des prêtres réfractaires, qu'ils appellent des fanatiques et des êtres malfaisants , les commissaires de la Convention , Gamier et Turreau, prescrivent la stricte exécution de la loi du 26 août. Les visites domiciliaires chez les prêtres furent ordonnées (2) et des maisons de réclusion furent établies dans tous les lieux un peu importants.

Trente-sept prêtres furent mis à la foison réclusion à'Auxerre, dans la maison des Yisitandines , (aujourd'hui le séminaire). Parmi eux étaient les chanoines Viart, Bobée, Digard et Delart, que leurs relations avec M. de Cicé rendaient plus suspects. Ils restèrent en prison jusqu'au 21 juillet et furent mis en liberté, sauf à être gardés dans leur domicile jusqu'à la fête de la fédération du 10 ao&t ; ce qui eut lieu en effet.

A mesure que la révolution devenait plus violente, le clergé était exposé à de nouvelles persécutions. Les prêtres détenus au séminaire d^Auxerre ne pouvaient recevoir de lettres sans qu'un membre du

(1) Reg. da conseil général du département.

(2) L'hôpital générai d'Auxerre, que dirigeait l'abbé Duplessis, servit d'asile à l'an d'eux, et Ton assure que le culte catholique y fut toujours pratiqué malgré la Terreur. L'abbé célébrait extérieurement dans la maison les fêtes décadaires, mais en dépit des menaces, il ouvrait en secret aux fidèles la chapelle; dont la nef était remplie de foin, et qui cachait Tau tel aux yeux des malveillants.

1760)11801. comité de salut public n'assistât à leur ouverture (1). Les prêtres coDStitutioDoels, eux-mêmes, ne furent pas épargnés.

Une loi du 20 septembre 1792 avait interdit au clergé de recevoir les actes de Tétat civil des citoyens. L'évêque du département n'avait pas tenu sérieusement la main k l'exécution du décret, et l'administration le dénonça pour ce fait. An mois de mars suivant, d'expresses recommandations furent faites pour Tapplication de cette loi qui enlevait au clergé une des prérogatives auxquelles il tenait le plus.

Les saturnales de la déesse Raison vinrent ensuite mettre le comble aux désastres du culte. Prêtres assermentés ou non, tout fut enveloppé dans la ruine universelle. La loi du 20 brumaire an ii (10 novembre 1795) établit le culte de la Raison et proscrivit tout signe extérieur de la religion catholique. Un arrêté du maire d' A uxerre ordonna la fermeture de la cathédrale et la cessation du culte à compter du 1®' janvier 1794. Mais cette mesure ne s'accomplit pas sans résistance. Le peuple ameuté força encore les prêtres constitutionnels k célébrer la messe dans cet antique sanctuaire, le jour de la Circoncision. Mais, à partir de ce moment, la cathédrale, qui servait depuis quelque temps aux séances publiques des sociétés populaires , devint le théâtre d'ignobles scènes que la plume se refuse de retracer. La frénésie fut portée à ce point que Tiniàme Harat y reçut des hommages qui n'étaient dus qu'à la Divinité.

M. de Loménie devait, k la vue de tout ce qui se passait, éprouver de secrets remords de l'adhésion qu'il avait donnée à l'organisation nouvelle du clergé. Son orgueil de grand seigneur et sa fierté de prélat se révoltaient. Cependant, il courba encore la tête devant le décret du 5 octobre 1795, qui abolit l'ère vulgaire et établit l'ère républicaine. Il publia donc, au mois de brumaire, un Avertissement atuc citoyens curés du département^ en leur adressant le bref républicain qu'ils auraient à suivre dans la célébration de l'ofSce divin. Il y justifie le nouveau calendrier du reproche d'être en opposition avec la religion. Il ne trouve aucune diificulté pour la translation de l'ofiice du dimanche aux jours

(1) On vit cependant, au mois de mars 1793, Tadministralton faire un actcdecondescendance envers les prêtres reclus. Elle leur accorda quelques ornements pour le service divin.

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des décades ; cependaDt , à cause des obstacles matériels d*exécQtion, il noo ï isoi. s'en tient provisoirement à l'ancien état de choses. Mettant les lois civiles au-dessus des lois religieuses, il déclare que le repos prescrit poor certains jours n'est pas un précepte divin, maïs une loi de l'Eglise qui n'oblige même les dimanches que hors le cas de nécessité. Ses concessions sur le jeûne et l'abstinence du carême, sur la juridiction, le costume des prêtres, vont aussi loin que possible, et il ne reconnaît plus d'autre autorité dans l'ordre religieux que la puissance temporelle.

Cette triste palinodie ne dut pas même faire échapper M. de Loménie \i la mort. Arrêté au mois d'août 1795, il fut jeté en prison, puis relâché pour être repris bientôt après, et il mourut d'une façon lamentable le 16. février 1794 (1). Son coadjuteur , Martial de Loménie, arrêté comme lui, périt sur l'échafaud le même jour que la reine Harie-Ântoinette.

Tandis que le chef-lieu du département était le théâtre de scènes inqualifiables, certains villages exploités par des fanatiques de matérialisme ne furent pas mieux traités. Ces furieux commirent dans les églises des actes de vandalisme inouï, décapitant les statues des saints, brisant les vitraux, violant les tombeaux des anciens seigneurs. Mais généralement ils étaient regardés avec horreur par la population chez laquelle l'enthousiasme patriotique n'excluait pas le sentiment religieux.

Il j eut alors des prêtres constitutionnels qui faiblirent devant le danger. Neuf curés, presque tous jeunes, du district de Saint-Fargeau, s'étaient mariés ; beaucoup de prêtres abdiquèrent leurs fonctions et déposèrent leurs lettres de prêtrise, espérant apaiser la Terreur par ce sacrifice (2).

(1) Il succomba, dit-on, à une attaque d'apoplexie foudro jante déterminée par les mauvais traitements que lui firent éprouver les soldats chargés de l'arrêter. Ces misérables lui ayant donné jusqu'au lendemain pour le conduire en prison, passèrent la nuit à boire chez lui. Echauffés par le vin, il leur prit fantaisie d'aller réveiller l'évéque pour le faire manger avec eux. M. de Loménie se leva et malgré sa répugnance il fut obligé de céder au caprice de cette soldatesque qui le maltraita ensuite. La peur et les coups qu'il avait reçus, joints an travail d'une digestion pénible, lui occasionnèrent une attaque d'apoplexie dont la mort fut la suite. — Biographie universelle,

(2) Arch. de l'Yonne, administration ecclésiastique.

17G0 k 1801. Cependant une telle anarchie morale ne pouvait durer. Déjà une première réaction s'était opérée, lorsque Robespierre eût écrasé Chaumette et le parti des matérialistes dans la Convention. La liberté des cultes fut de nouveau reconnue dans la loi. Quoique cette déclaration fût à peu près illusoire, elle devint néanmoins dans les provinces un frein légal contre les démagogues.

Au commencement de Tan m (i795), on vit reparaître Tabbé Yiart et ses fidèles compagnons, dont l'activité savait profiter de toutes les circonstances favorables. Le décret du 50 mai 1795, qui autorisait les habitants des paroisses à reprendre pour Texercice de leur culte les églises qui n^avaient pas été aliénées, en permit le rétablissement. La cathédrale d'Âuxerre fut nettoyée, et le 27 juin on rendit grâces à Dieu, par une messe solennelle, de la liberté dont on recommençait à jouir.

Mais cette liberté ne fut pas de longue durée : dès le mois de janvier 1796, la persécution recommença rigoureusement, et la réclusion fut de nouveau décrétée contre les prêtres réfractaires. On vit alors dans les campagnes quel contraste régnait entre l'esprit des autorités et celui des populations. Les premières, inspirées par le paganisme du Directoire, célébraient gravement les fêtes de la Jeunesse, de l'Agriculture, des Ëpoux et de la Vieillesse, lisant aux jours des décades les lois et les instructions du gouvernement, tandis que le peuple, qui ne comprenait rien aux variations continuelles qu'il avait sous les yeux, restait étranger à ces cérémonies et se reportait avec ardeur vers le culte de ses pères.

A défaut de prêtre, un ancien chantre lisait les psaumes dans l'église ; les cloches étaient-elles enlevées, on battait le tambour daus les rues du village pour convoquer les fidèles. L'autorité faisait-elle fermer les portes de l'église . on arrachait la serrure ; la résistance répondait a la persécution.

L'expérience des faits montrait chaque jour combien Tesprit des campagnes était demeuré religieux au milieu des saturnales du temps. Lors de la promulgation de la loi de Tan m qui rétablissait la liberté des cultes, les prêtres constitutionnels, remplissant les formalités voulues, avaient repris Texercice de la religion, et les habitants ayant également fait leur déclaration de s'assembler à reiïct de pratiquer le culte catho •

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